Paolo Toschi, entre Benedetto Croce et Benito Mussolini. Une histoire du folklore italien pendant le fascisme

Maurizio Coppola

IIAC (Institut interdisciplinaire de l’anthropologie du contemporain, EHESS)

2021

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Pour citer cet article

Coppola, Maurizio, 2021. « Paolo Toschi, entre Benedetto Croce et Benito Mussolini. Une histoire du folklore italien pendant le fascisme », in Bérose - Encyclopédie internationale des histoires de l'anthropologie, Paris.

URL Bérose : article2482.html

Publié dans le cadre du thème de recherche « Histoire de l’anthropologie italienne », dirigé par Giordana Charuty (EPHE, IIAC).

Dans l’histoire des disciplines anthropologiques de l’Italie du XXe siècle, l’image de Paolo Toschi (Lugo di Romagna, 1893 – Rome, 1974) constitue un point de référence essentiel, en particulier pour le développement institutionnel du folklore. On se souvient de lui pour ses contributions et ses apports théoriques, certes considérables, dans les domaines de la poésie et du théâtre populaires, mais aussi et surtout pour avoir favorisé le développement rapide du folklore (ou, comme on le définit souvent en Italie, des « traditions populaires ») au sein du monde académique et de la société. Il est l’un des premiers à occuper une chaire universitaire en la matière, dans l’Italie de l’après-guerre (1949) [1] et, en 1956, il devient le premier directeur du musée national des Traditions populaires à Rome. Le succès de Toschi au cours de cette période historique s’explique en partie par ce qu’il a pu construire pendant vingt années de fascisme, période durant laquelle il devint le protagoniste de nombreuses initiatives dans le domaine du folklore, dont certaines furent soutenues par le régime lui-même. Grâce à sa capacité à tisser un réseau dense de relations avec les responsables politiques et culturels de l’Italie de l’époque, il a également eu l’occasion d’entrer en relation avec Benito Mussolini en personne.

C’est précisément son rapport au Duce qui fait l’objet de cet article, dans lequel nous tenterons de reconstituer les raisons ayant poussé Toschi à dialoguer directement avec Mussolini. Dans le même temps, ce travail vise aussi à contribuer au débat historiographique sur l’histoire des disciplines folkloriques pendant la période fasciste. De fait, ce n’est qu’au cours des 20 vingt dernières années qu’une analyse historiographique plus approfondie de cette période a commencé à voir le jour. Il paraît alors utile, voire nécessaire, de se concentrer sur l’expérience de l’un de ses principaux protagonistes, de manière à démêler certains nœuds sur la relation complexe entre folklore et fascisme.

Afin de mettre en exergue cette expérience biographique et scientifique, nous utiliserons diverses sources, notamment la documentation conservée aux Archives centrales de l’État à Rome, composée d’une vingtaine de documents – parmi lesquels figurent des télégrammes, des lettres, des cartes de visite et divers actes administratifs. Ces archives couvrent une période d’environ seize ans, allant de 1926 à 1942 [2]. En outre, nous utiliserons, dans une démarche comparative, certaines lettres illustrant les échanges de Toschi avec le philosophe Benedetto Croce, l’une des personnalités les plus emblématiques de la culture italienne de l’entre-deux-guerres, et fervent représentant du monde intellectuel italien opposé au fascisme [3].

Les premières années et Benedetto Croce

Passionné de folklore dès son plus jeune âge, Toschi obtient son diplôme à l’université de Florence en 1919, en présentant une thèse sur la poésie religieuse en Italie sous la direction de Pio Rajna [4], lui-même élève d’Alessandro D’Ancona [5]. Toschi se forme au sein de l’« école historique [6] » de la philologie, et sa carrière a suivi celle de la longue tradition d’études sur la poésie populaire, ayant caractérisé le folklore italien depuis le XIXe siècle [7].

L’excellent travail de Toschi l’encourage à publier sa thèse en 1921 (Toschi 1921) sous le titre La poesia religiosa del popolo italiano (La poésie religieuse du peuple italien). L’ouvrage emprunte la structure « classique » des études sur la littérature populaire, dans laquelle la collecte du matériel folklorique est suivie d’une analyse philologique des textes, d’un point de vue morphologique et historico-linguistique [8]. Cependant, pour Toschi, la poésie religieuse ne doit pas être interprétée uniquement comme une « survivance » d’époques lointaines. En revanche, il soutient que le document populaire représente une trace active du caractère des Italiens, et notamment du caractère religieux, autrement dit quelque chose qui appartient au tissu culturel – ou plutôt « spirituel » - d’une collectivité nationale et qui la caractérise dans son identité historique et actuelle. Dans le cas de la religion, Toschi reconnaît l’identité des Italiens au sein de la tradition chrétienne et catholique. Il ne renonce pas à associer la méthodologie positiviste à une approche dérivée des instances romantiques car, pour lui, étudier le folklore signifie contribuer à l’histoire culturelle d’une nation et définir le caractère qui la distingue des autres dans le présent [9]. Cette façon de concevoir les traditions populaires comme des éléments « vivants » aura des conséquences dans sa conception politique du folklore.

Afin de donner à son œuvre une plus grande visibilité au niveau national, Toschi offre son livre à Benedetto Croce, en lui demandant aimablement d’en faire la critique dans sa revue La Critica [10]. Quelques années plus tard, Croce abandonnera toutefois l’idée d’un dualisme entre la poésie populaire et la poésie littéraire. Toschi voit en Croce un point de référence possible pour la promotion des études sur les traditions populaires en Italie, grâce à son rôle majeur sur la scène culturelle et politique italienne, mais aussi en raison du fait que, dans sa jeunesse, Croce s’est intéressé personnellement au folklore [11]. Ce dernier accepte la sollicitation du jeune érudit et publie une critique du livre en 1923 (Croce 1923 : 102-104), dans laquelle il juge l’ouvrage de manière positive, souhaitant voir la poursuite de telles recherches : « Il faudrait maintenant continuer le travail pour les poésies lyriques d’autres sujets, pour les fables, pour les petits drames, et pour tout autre genre de compositions » (Ibid. : 103).

Encouragé par cette critique favorable, Toschi poursuit son échange épistolaire avec le philosophe. Avec deux lettres au printemps 1923 [12], il propose à Croce de fonder une revue sur les traditions populaires qui suivrait le chemin et s’inspirerait du titre de l’Archivio de Giuseppe Pitrè, ou de la revue Lares de Lamberto Loria [13]. Le jeune Toschi cherche en Croce un soutien possible, non seulement d’un point de vue moral, mais aussi matériel et intellectuel, en lui demandant d’intercéder directement auprès de quelques éditeurs italiens, tels que Laterza ou Principato. Ce projet d’une nouvelle revue ne verra jamais le jour. Il faudra attendre l’année 1925 pour voir réapparaître en Italie une revue sur les traditions populaires de portée nationale, Il Folklore Italiano [14], à l’initiative de l’ethnographe et folkloriste Raffaele Corso. Bien que la tentative avec Croce ait échoué, Toschi reste en contact avec le philosophe les années suivantes. Le 7 novembre 1925, il lui envoie sa nouvelle œuvre, Romagna Solatia (Toschi, 1925), un texte sur les us et coutumes de la Romagne, principalement écrit comme support pédagogique pour ses collèges [15].

La première « rencontre » avec Mussolini

Le livre Romagna Solatia est également l’occasion de s’adresser à Benito Mussolini. Tous deux sont en effet originaires de Romagne (de la ville de Lugo, pour Toschi, et de Predappio, pour Mussolini). D’après l’auteur, le livre, qui retrace les coutumes et les traditions de la région, ne pouvait qu’intéresser le Duce. Le 26 février 1926, il lui envoie le texte en y joignant une lettre de présentation [16]. Dans cette lettre, Toschi mentionne leur origine commune qui lui semble une raison décisive pour leur rapprochement, non seulement culturel, mais aussi politique. En effet, pour souligner leurs racines partagées, Toschi cite deux proverbes en dialecte de la Romagne (« Bona testa, gnit paura » [Tête bien faite ignore la peur] et « Chi guarda al nuval non viaza mai » [Qui regarde le nuage ne voyage jamais]) qui lui semblent correspondre aux valeurs et à l’action politique du fascisme comme quelque chose d’énergique, de fort, d’impétueux, typique des hommes que les obstacles n’arrêtent pas et qui avancent résolument vers leurs objectifs. Afin d’attirer l’attention du Duce, il met en relation le folklore et le fascisme, comme s’il s’agissait de deux éléments manifestant le même sentiment national (Coppola 2021 : 235).

Il convient de souligner que cette lettre montre avant tout la participation de Toschi à l’idéologie avant-gardiste et révolutionnaire utilisée par Mussolini et le fascisme pour se présenter face à la scène politique et à la société italiennes. En effet, comme l’a souligné Emilio Gentile, le fascisme s’est développé dans le sillage de toute une série de mouvements politiques et philosophiques qui, dès le début du XXe siècle, dénonçait l’idée de la décadence morale et civile de l’Italie bourgeoise et libérale, en lui opposant la nécessité d’une « régénération spirituelle » des Italiens, aboutissant à l’idée d’un « homme nouveau » (Gentile 1996). Plusieurs de ces mouvements ont utilisé les traditions populaires comme argument en faveur de la renaissance spirituelle de la nation, parmi lesquels on retrouve, par exemple, le groupe qui gravitait autour de la revue La Voce. Ce groupe estimait qu’une partie de ce renouveau spirituel devait passer par un retour à la province, c’est-à-dire par la redécouverte des valeurs et de l’esprit de la « véritable » Italie [17]. Malgré son aspiration à la modernité, le futurisme s’était lui aussi tourné vers les traditions populaires, afin de s’en inspirer pour renouveler le champ des arts italiens, notamment à travers l’œuvre d’un autre natif de Lugo et ami de Toschi : le musicien Francesco Balilla Pratella [18].

En réalité, tous ces mouvements partagent l’idée d’une modernité différente, dans laquelle le mécanicisme, le déterminisme et le matérialisme du positivisme sont remplacés par la foi dans les forces spirituelles de l’homme, dont l’énergie renouvelée garantirait à la nation l’avènement d’une nouvelle ère de prospérité. Ces idées avant-gardistes alimentent également le discours du fascisme, qui se présente comme « l’alternative » politique capable de revitaliser les Italiens et de leur donner un rôle à part entière dans l’histoire et dans le monde (Coppola 2021 : 157-206).

C’est cet esprit d’avant-garde que l’on retrouve dans la deuxième partie de la lettre de Toschi adressée à Mussolini. Il joint à sa lettre des exemplaires de la revue Gli Arrisicatori qu’il avait fondée à Livorno en 1926 – alors qu’il était professeur à l’Institut nautique de la même ville – et qu’il présentera ainsi bien des années plus tard : « Il s’agissait […] d’une revue d’avant-garde dans le champ littéraire et artistique, d’une inspiration spirituelle affirmée et polémique sans indulgence contre ceux qui, à l’époque, dominaient le monde de la littérature et de l’art [...] » (Toschi 1967 : 97). La nouvelle publication, à laquelle collaborent certaines figures du futurisme, comme Giovanni Papini et Francesco Balilla Pratella, vise à renouveler le champ de l’art italien comme l’avaient fait auparavant des revues d’avant-garde telles que La Voce ou même Lacerba [19]. Le point dominant de la réflexion de Toschi consiste à repérer dans les arts l’énergie nécessaire au renouveau culturel italien.

La proximité entre folklore et avant-garde, démontrée par le double envoi de Toschi, est symbolisée par le titre même donné à la revue, formé à partir du verbe « arrisicare », qui signifie « oser, agir, prendre des risques », mais qui, à Livourne, désignait les « rudes marins toujours prêts à risquer leur vie pour sauver les navires pris dans les terribles tempêtes du Libeccio » (Toschi 1942 : 261). C’est par analogie avec les marins de Livourne que Toschi s’imagine, en tant qu’intellectuel et folkloriste, agir avec courage pour régénérer la nation, en s’inspirant notamment directement du monde populaire (Toschi 1967 : 97).

Le projet d’une grande collecte de traditions populaires

Pendant la seconde moitié des années 1920, Toschi réitère ces concepts dans une série d’articles publiés dans le quotidien de Bologne Il Resto del Carlino, au fil desquels il relance l’idée de collecter et d’utiliser le folklore pour la renaissance spirituelle des Italiens [20]. Selon lui, les traditions populaires constituent « un ensemble imposant de formes d’art et de vie que le génie de notre peuple, dans la variété de ses races et dans l’unité de son esprit fécond, a su créer et conserver à travers les siècles » (Toschi 1926b : 3). Il ne s’éloigne pas d’une vision politique romantique typique de la période du Risorgimento dans laquelle le folklore est précisément l’expression de l’esprit national et, partant, capable d’« éclairer » les Italiens à la recherche de leur propre identité. Ce faisant, Toschi avance dans les pages du journal la proposition d’une grande collecte de traditions populaires italiennes. Comme il l’explique : « Une telle entreprise n’a pas une simple valeur scientifique, mais elle assume une valeur nationale et humaine » (Ibid.). Bien que la collecte doive respecter la rigueur de la méthode scientifique, elle acquiert une fonction politique pour Toschi, le folklore devenant un instrument de valorisation nationale.

Comme le soutenait un article paru en 1927, la collecte des traditions populaires a pour objet de permettre à chaque individu de disposer de points de repère au sein de la communauté, et ce en facilitant la rencontre spirituelle entre l’individu et la culture à laquelle il appartient. Les traditions populaires seraient en mesure de répondre aux besoins de chaque individu visant à renouer avec ses racines, son cercle, son histoire, son « être ». La tradition revêt ainsi une valeur humaine, dans la mesure où elle permettrait à la fois de fournir des repères identitaires et de se reconnaître dans une collectivité qui lui est familière. En outre, les études folkloriques supposent une « valeur nationale », car cette identité collective ne peut être que la nation. C’est ainsi que les traditions populaires et leur étude remplissent une fonction politique qui s’exerce de manière continue dans le temps (Toschi 1927 : 3).

Pour Toschi, les traditions ne sont pas des vestiges ou des reliques, mais une force active et créative et, en tant que telles, elles traversent les siècles. Suivant la pensée ancienne que le philosophe allemand Johann Gottfried von Herder a développée vers la seconde moitié du XVIIIe siècle, pour le folkloriste italien, il y aurait un Volksgeist, ou « esprit du peuple », qui assurerait la continuité de son identité à travers l’histoire. Une identité qui n’est pas figée, mais qui s’enrichit au fil du temps de nouveaux éléments et de nouvelles formes qui lui confèrent également une spécificité vis-à-vis des autres nations. La tradition acquiert ainsi une valeur absolue en tant que facteur constituant l’identité d’un peuple. Cette fonction se traduit par une forme esthétique propre, qui se prolonge au fil des siècles, permettant de tisser le « lien » entre le passé et la modernité (Coppola 2021 : 236-237).

Ainsi conçue, la tradition devient avant tout un phénomène artistique, un « style » capable d’exprimer une identité esthétique du peuple, qui se reconnaît dans la « beauté » idéale qu’elle lui transmet. Il s’agit d’un phénomène qui ne concerne pas seulement certaines activités, comme le chant ou la littérature, mais qui se manifeste de manière générale dans tous les domaines de la culture populaire. Selon le folkloriste, la description des traditions populaires relève du devoir civique et éthique du gouvernement car, de cette manière, il serait possible de saisir l’unité de l’esprit de la nation. Les traditions sont, par conséquent, essentielles à la recherche d’une unité nationale solide et organique, contrairement à la littérature ou aux œuvres d’art des « grands artistes » qui répondent généralement à des intérêts individuels. Toschi invite à réaliser une collecte globale du folklore national, selon une méthode précise qui vise à souligner le caractère propre du peuple italien. Comme il l’affirme lui-même, une telle œuvre « offrira à l’Italie et au monde un merveilleux témoignage du génie et de la richesse spirituelle de notre race » (Toschi 1926b : 3).

La pensée de Toschi, comme nous l’avons déjà dit, n’est pas isolée, bien au contraire ; elle est proche de la réflexion politique qui caractérise les auteurs de la réforme scolaire de 1923, à savoir Giovanni Gentile [21] et Giuseppe Lombardo Radice [22]. Eux aussi voyaient dans les traditions populaires un puissant langage esthétique et citoyen sur lequel une nouvelle conscience nationale pouvait être fondée, puisqu’ils partageaient l’idée que le folklore constitue la façon la plus naturelle et la plus simple pour former une identité nationale. L’étude du folklore favoriserait la création d’un « esprit italien » fondé sur le sentiment d’appartenance des élèves à leur communauté locale [23].

Cette instrumentalisation du folklore d’un point de vue national est également possible pour Toschi car, étant une représentation directe et réelle de la nation, les traditions peuvent répondre au projet politique du fascisme de renouvellement du peuple italien. Il pense que le fascisme ne peut manquer de soutenir une entreprise de cette ampleur. La création d’une collection de folklore correspond donc parfaitement à la période historique vécue par l’Italie :

Ce réveil dans l’étude des traditions populaires a été animé ces dernières années par un nouvel esprit lié au renouvellement de la conscience nationale ; notre folklore a été étudié non plus par simple curiosité et intérêt scientifique, mais pour retrouver les qualités particulières de notre race, pour un développement des attitudes et du génie de nos gens, selon la ligne idéale tracée par la tradition (Toschi 1926a : 3).

Toschi est persuadé que son initiative aboutira grâce au fascisme, car les traditions populaires sont d’un intérêt et une valeur nationale, ce à quoi il ajoute : « Et je dirai enfin le fond de ma pensée : je pense que la chose se fera parce qu’à la tête du gouvernement, il y a Mussolini, une intelligence multiforme et pratique, extrêmement sensible à tous les problèmes de la culture, amoureuse des grandes entreprises, y compris dans le champ des études, et désireuse de les voir concrétisées » (Toschi 1926b : 3). C’est également pour cette raison que Toschi a refusé d’utiliser des termes de « folklore » ou « démopsychologie », préférant une dénomination moins technique et plus facilement compréhensible telle que « traditions populaires ». C’est avec cette volonté « d’italianiser » le folklore plutôt que de créer une « discipline italienne » que Toschi s’adresse à Mussolini.

Selon les sources archivistiques, les appels de Toschi pour la création de la collection sont examinés par le cabinet du Duce. Le secrétaire particulier de l’époque, Alessandro Chiavolini, répond dans une lettre, datée du 28 avril 1929, au ministre de l’Éducation, Giuseppe Belluzzo, en écrivant : « Son Excellence le chef du gouvernement souhaite que Votre Excellence examine la proposition ci-jointe du professeur Toschi [24] ». La proposition de collection ne s’est pas pour autant concrétisée et il en est difficile d’expliquer les raisons. On peut supposer que le renforcement de la politique totalitaire mise en œuvre par le fascisme dans la seconde moitié des années 1920 a provoqué un déclin de l’intérêt pour l’enseignement des cultures régionales. Le fait qu’à cette période, le ministère de l’Éducation élabore le livre unique de l’État, qui conduira à l’abandon des manuels de culture régionale dans les écoles, renforce cette hypothèse. En outre, à la fin des années 1920, poursuivant son projet totalitaire, le fascisme commence à canaliser la plupart des initiatives scientifiques et non scientifiques dans le domaine du folklore au sein de l’Œuvre nationale du temps libre (Opera Nazionale Dopolavoro, OND) dans le but de les faire devenir un instrument d’éducation des masses (D’Amato 2009 : 128-133). En 1929, le fascisme fonde le Comité italien des arts populaires – section italienne du Comité international des arts populaires – dirigé par le député Emilio Bodrero.

L’essor de Toschi dans le domaine des traditions populaires et la quête d’une audience avec le Duce

Nonobstant l’échec de la grande collecte de traditions populaires, c’est précisément en 1929 que la carrière de Toschi démarre concrètement dans ce domaine. D’abord en Toscane, où il fait la connaissance du jeune folkloriste Giuseppe Cocchiara qui, suivant les conseils de l’ethnographe Raffaele Corso, se trouve dans la région, afin d’approfondir ses connaissances sur le folklore et de rechercher des adhérents en vue d’organiser un congrès sur les traditions populaires dans un futur proche. Comme cela a été reconstitué en détail par Alessandro D’Amato, Toschi est entré en contact avec Cocchiara en décembre 1926 et il le rejoint dans l’organisation du congrès, qui aura lieu à Florence en mai 1929 [25].

Après ce congrès, la carrière de Toschi progresse rapidement. Directeur de la revue Lares – rétrogradé par la suite au rang de directeur adjoint, lorsque la revue revient à l’OND et qu’Emilio Bodrero est nommé à sa place, Toschi restant chef de la rédaction –, il obtient en 1932 une chaire de professeur de littérature et de traditions populaires à l’université de Rome [26]. En 1931 et 1934, il fait partie du comité d’organisation du deuxième et du troisième congrès sur les traditions populaires, qui se tiennent respectivement à Udine et à Trente. Dans les deux cas, Toschi dirige, en qualité de président, les sections sur la religiosité populaire [27].

C’est dans ce domaine qu’il poursuit ses activités de recherche folklorique. En 1935, il publie, avec l’éditeur Leo Olschki, La poesia popolare religiosa in Italia {}(Toschi 1935), pour la bibliothèque de l’Archivum Romanicum. Ce texte représente une évolution par rapport au livre publié au début des années 1920. Toschi y maintient sa rigoureuse méthodologie philologique, qui caractérise son approche de folkloriste. Ce livre constitue une nouvelle occasion de se rapprocher du Duce. Le dossier conservé aux Archives centrales de l’État révèle que le 6 avril 1935, Toschi se rend au ministère de l’Intérieur pour parler au secrétaire particulier du Duce, Osvaldo Sebastiani, d’une éventuelle audience avec Mussolini, afin de lui présenter personnellement le livre qu’il vient de publier. Toschi apporte avec lui la carte postale dédicacée que le chef du gouvernement lui avait envoyée des années auparavant pour le remercier du don du livre scolaire sur la Romagne. Par ailleurs, pour s’assurer une meilleure chance d’audience, Toschi se munit d’une lettre de recommandation écrite par Alfredo Rocco et adressée au secrétaire du Duce  :

Illustre Commandeur,
Le professeur Paolo Toschi, secrétaire de cette commission, a récemment publié chez l’éditeur Leo Olschki – dans la bibliothèque de l’Archivum Romanicum [28] dirigée par S.E. Bertoni [29]– le volume : la poesia popolare religiosa in Italia.
Il souhaiterait pouvoir offrir personnellement un exemplaire gracieux de ce volume à Son Excellence le Chef du Gouvernement. Compte tenu de l’intérêt du sujet et du sérieux du travail, je vous demande de bien vouloir présenter le souhait du professeur Toschi à S.E. le Chef du Gouvernement. Le professeur Toschi est chargé de cours en littérature et traditions populaires à l’université royale de Rome et collabore depuis de nombreuses années au Popolo d’Italia.
Je saisis cette occasion pour vous faire part, Illustre Commandeur, de l’expression de ma profonde considération.
Rocco [30]

Le sénateur ne tarit pas d’éloges en présentant Toschi, notamment comme un collaborateur d’Il Popolo d’Italia [31]. De fait, c’est dans le journal de Mussolini que Toschi relance l’idée d’un « folklore d’avant-garde ». Dans un article paru en 1930, il explique que les chansons populaires sont non seulement originaires du peuple, mais qu’il est possible de construire de nouvelles formes de chant sur la base de ce type de chansons :

En ce qui concerne les chants populaires, il faut distinguer les authentiques de ceux créés par le goût des chansons traditionnelles avec des paroles et des musiques d’aujourd’hui. Après les magnifiques expériences réalisées par Martuzzi, Pratella, Spallicci et d’autres poètes et musiciens, plus jeunes mais valeureux, de la Romagne, personne ne doutera qu’il est possible de créer quelque chose de nouveau dans le respect et le développement naturel des chansons traditionnelles : mais nous devons penser que ces artistes ont réussi dans leur difficile entreprise parce que leur art et leur inspiration étaient enracinés dans l’âme populaire ; elle incarnait la tradition de leur propre terre (Toschi 1930a : 3).

Reprenant la tripartition des chants populaires élaborée par l’érudit Ermolao Rubieri [32] au cours du XIXe siècle en « chants populaires pouvant être composés soit par le peuple et pour le peuple ; soit pour le peuple mais pas par le peuple ; soit ni par le peuple ni pour le peuple mais adoptés par lui, car ils sont conformes à sa façon de penser et de sentir » (Rubieri 1877 : 237), Toschi affirme la possibilité de l’existence de formes « popolareggianti  », c’est-à-dire de compositions artistiques individuelles inspirées de formes populaires traditionnelles. Il ne s’agit pas de distinguer la vraie et authentique chanson populaire de ses « falsifications » au sens négatif du terme, mais plutôt de définir quels sont les mécanismes historiques, politiques et culturels qui permettraient la naissance de nouvelles compositions artistiques, nées de la rencontre entre le passé et le présent, et entre la nation et l’individu [33].

Le fascisme représenterait précisément un de ces moments historiques d’union et de régénération spirituelle de la nation, de sorte qu’entre les chants créés par le peuple et ceux créés pour le peuple, il ne resterait qu’une distinction de forme. Afin de le prouver, il cite les musiciens Cesare Martuzzi et Aldo Spallicci [34], tous deux originaires de la Romagne comme Toschi et le Duce, auteurs de chansons en langue régionale qui font écho aux composantes populaires. Spallicci lui-même avait été, entre autres, le fondateur de la revue La Piê, dont le but était la récupération des traditions de la Romagne en vue d’une régénération spirituelle de la nation [35]. L’importance de la poésie populaire exprime aussi indirectement la conception de peuple soutenue par Toschi, qui s’identifie à toute la nation [36]. Par conséquent, plutôt que de souligner les éléments rituels et symboliques du folklore, Toschi met l’accent sur sa valeur esthétique et sa fonction politique et civile [37].

Avec ces appuis, Toschi se prépare à l’audience avec le secrétaire du Duce. Toutefois, une autre lettre au secrétaire révèle que l’audience n’aura pas lieu :

Illustre Commandeur,
Le Secrétaire Général de la Commission de Coopération Intellectuelle [38] m’informe ici, où je suis venu passer les fêtes de Pâques chez ma mère, que Son Excellence le Chef du Gouvernement, dans l’impossibilité de m’accorder une audience pour le moment, sera heureux de recevoir le volume que je désire lui offrir.
Je m’empresse donc de vous envoyer, séparément, le volume La poesia popolare religiosa in Italia, en vous priant instamment de le présenter au Duce.
J’espère que la Fortune m’accordera, dans une autre circonstance plus favorable, le grand honneur d’être reçu par lui.
Veuillez agréer, Illustre Commandeur, les sentiments de ma plus haute considération.
Paolo Toschi [39]

L’envoi de l’ouvrage est accompagné d’une dédicace au Duce [40]. Le 21 avril, il reçoit un télégramme de remerciements du secrétaire particulier de la part de Mussolini. Là encore, il n’est pas possible de reconstituer les détails de l’annulation de l’audience. Cependant, il est probable que le Duce ait été occupé à cette même période par la conférence de Stresa (Piémont), aux côtés du Premier ministre britannique Ramsay MacDonald et du ministre français des Affaires étrangères Pierre Laval [41].

La dernière tentative et le retour vers Croce

Dans les années 1940, Toschi est une personnalité reconnue dans le domaine des traditions populaires. En plus d’enseigner à l’université de Rome, il a fait partie du comité d’organisation de l’Exposition des traditions populaires mise sur pied à l’occasion de l’Exposition universelle de 1942. Grâce au soutien de Giovanni Papini, en juin de la même année, Toschi demande au nouveau secrétaire particulier, Mario De Cesare, de transmettre une lettre à Mussolini, dans laquelle il propose à nouveau l’idée d’un recueil des traditions populaires italiennes :

Duce,
Quand, il y a seize ans, je vous ai envoyé en cadeau mon livre Romagna Solatia et le premier numéro d’Arrisicatori, vous avez accueilli ce cadeau en m’écrivant une belle lettre, qui a toujours été mon viatique spirituel. Depuis lors, ces études que, dans ma jeunesse, j’avais brièvement consacrées à notre terre […] vivante, je les ai ensuite progressivement approfondies et étendues sur une aire nationale. Maintenant, plus mûr par les années et l’expérience, je ressens comme un devoir, l’impulsion d’affronter une tâche plus vaste, celle de donner à l’Italie le corpus de ses traditions populaires.
Je voudrais vous parler de cette entreprise et, en général, de la manière de promouvoir l’étude critique de la vie traditionnelle du peuple italien.
Je vous prie de bien vouloir me recevoir.
Bien à vous,
Paolo Toschi [42]

Toschi se présente ici comme une personne plus mûre dans le domaine du folklore. De fait, le folkloriste de Lugo bénéficie d’un prestige non négligeable, confirmé également par sa collaboration assidue avec le Comité italien des arts populaires et par sa direction de Lares. Il est toutefois difficile de comprendre pleinement les raisons ayant conduit Toschi à demander directement au Duce son soutien pour la collection de traditions populaires. Pourquoi ne pas s’adresser directement au Comité italien pour les arts populaires et à l’OND ?

Une réponse possible est attribuable au malaise existant entre Toschi et le Comité. Comme l’a montré Alessandro D’Amato, au début des années 1930, le Comité national italien des traditions populaires de Florence, dont Toschi était membre, et qui avait organisé les deux premiers congrès sur les traditions populaires, avait été intégré au Comité italien des arts populaires [43], géré par l’OND. L’absorption du groupe de Florence par celui de Rome avait provoqué un certain mécontentement au sein du groupe florentin, qui se sentit dès lors privé de ses fonctions (D’Amato 2009 : 128-133). En outre, à la fin des années 1930, Toschi s’opposa à l’ingérence totalitaire du fascisme, au point de prendre part, à de nombreuses reprises, à des conflits ouverts (Cavazza 2003 : 106-107).

Il est probable que la proposition individuelle faite au Duce soit également due aux ambitions professionnelles et académiques de Toschi, qui vise à titulariser son enseignement – cela ne se produira qu’après la guerre (1949), lorsque le premier concours universitaire de traditions populaires sera officialisé [44]. De ce point de vue, on peut concevoir le fait que Toschi ait demandé le soutien de Giovanni Papini, qui, entre-temps, est devenu Académicien en 1937 [45].

Les documents nous révèlent que, le 4 août 1942, le secrétaire privé envoie un télégramme au préfet de Rome pour demander des renseignements urgents sur Toschi. Le préfet répond :

En réponse à votre télégramme, n. 54560 du 4 mai, je vous informe que Paolo Toschi, fils d’Enrico, né à Lugo di Romagna le 8 mai 1893, professeur de langues, [...], a une conduite morale et politique régulière.
Il est aryen, catholique et membre du Parti national fasciste depuis le 3 mars 1925, en tant qu’ancien combattant.
Il est marié et a un fils de 16 ans, étudiant [46].

La lettre du préfet rassure le secrétaire particulier qui, le 6 septembre, rédige un brouillon – qui est aussi le dernier document dans l’ordre chronologique que nous avons trouvé – afin d’organiser une éventuelle audience avec le Duce. Nous ignorons si Toschi a pu être reçu par Mussolini. Ce qui est clair, c’est qu’aux yeux de Toschi, il restait un point de repère et un interlocuteur important pour sa carrière scientifique et intellectuelle.

Après la chute de Mussolini et la libération de Rome par les forces alliées, entre le printemps et l’été 1944, Toschi reprend ses contacts avec Benedetto Croce, de retour sur la scène politique et ministre au cours du second mandat du gouvernement Bonomi. Toschi fait part au philosophe des Abruzzes de son intention de le rencontrer dans la capitale [47].

Les contacts avec Croce se sont poursuivis. Le 5 septembre, dans une autre lettre signée par Toschi ainsi que par Fulvio Maroi et Raffaele Pettazzoni, Croce est informé de la naissance d’une nouvelle Société de traditions populaires : « Afin de rétablir, après les déviations de l’OND, l’étude des traditions populaires dans le champ de la recherche historique, nous avons jugé opportun de reconstituer la société italienne fondée par Lamberto Loria et ses collaborateurs [48]. ». Il est invité à adhérer à la nouvelle organisation en tant que membre honoraire [49]. Mais ce n’est qu’en 1949 que la nouvelle Société reprend ses activités, ainsi que la publication de la revue Lares. Il est probable que ce retour vers Croce s’explique par la volonté de redonner de la crédibilité à une discipline qui avait été inéluctablement impliquée dans les activités du régime et de se mettre sous la protection d’une personnalité prestigieuse, qui assume un rôle culturel important dans l’Italie de l’après-guerre [50].

Cet article a retracé la façon dont l’histoire biographique et l’histoire disciplinaire se rejoignent pour former un seul et même horizon historiographique. Dans une position incertaine, Toschi cherche continument un soutien institutionnel et scientifique. Cette condition le conduit à dialoguer avec divers représentants du monde politique et intellectuel italien, souvent situés aux antipodes du spectre politique. Son vécu biographique montre la fragilité d’un savoir folkloriste qui, pendant les années du fascisme, cherchait avec force sa place dans la société italienne, et se voyait obligé de négocier des compromis avec les institutions et l’idéologie du régime pour assurer son propre espace vital. Le projet totalitaire du fascisme avait développé de nouveaux paradigmes et une nouvelle idée de la tradition, contraignant les folkloristes à s’adapter aux exigences du régime. Il semble évident que la versatilité et l’opportunisme politique de Toschi ne concernent pas seulement le choix d’un parti politique ou sa volonté personnelle. Au contraire, analysées au sein de cette anthropologie des savoirs, l’histoire, la politique et la biographie cohabitent dans les mêmes fractures épistémologiques.

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[1La dénomination officielle de l’enseignement est « Histoire des traditions populaires ».

[2La référence archivistique de cette documentation est la suivante : Archives centrales de l’État, Rome, Secrétariat particulier du Duce, Correspondance ordinaire, Lettres de Paolo Toschi, f. 539708 (ci-après, ACS, SPD, CO, f. 539708). Certaines parties de ce matériel ont été analysées dans S. Cavazza (2003) ; A. D’Amato (2009 : 99-209).

[3La correspondance de Toschi avec Croce comprend douze lettres datant de 1922 à 1946 et est conservée aux archives de la Fondation Benedetto Croce de Naples (ci-après, ABC).

[4Pio Rajna (1847-1930) a été professeur de langues et littératures néolatines à l’Académie scientifique et littéraire de Milan, puis à l’université de Florence.

[5Alessandro D’Ancona (1835-1914), professeur à l’université de Pise, est philologue et historien de la littérature. Il est notamment connu pour ses études dans le domaine de la poésie et du chant populaire.

[6Par « école historique », on se réfère notamment au mouvement des études philologiques de caractère positiviste, diffusé après l’unité italienne (1861) au sein de l’université.

[7Pour une étude sur la poésie populaire du XIXe siècle, cf. Cirese (1987 : 239-300).

[8Pour une biographie de Toschi et une analyse de l’ouvrage sur la poésie populaire cf. Dei (2019).

[9Cf. en particulier l’introduction dans Toschi (1921).

[10ABC, lettre de Paolo Toschi à Benedetto Croce, 21 décembre 1922. La revue La Critica (1903-1944) a été fondée par Benedetto Croce et représentait les courants néo-idéalistes italiens.

[11Quelques années plus tard, Croce abandonnera toutefois l’idée d’un dualisme entre la poésie populaire et la poésie littéraire. En 1929, Croce refusait l’idée que la poésie populaire puisse avoir une origine différente de la poésie dite « d’art », ou « haute poésie ». Pour Croce, la poésie populaire fait partie de l’histoire de la poésie tout court. Cf. Cirese, (1958 : 59-75). Toschi rédigea un article sur les études de littérature populaire de Crce un an après sa mort. Cf. Toschi (1953 : 1-7).

[12Les lettres sont datées respectivement du 7 avril et du 5 mai 1923, ABC.

[13L’Archivio per lo studio delle tradizioni popolari a été fondé et dirigé par Giuseppe Pitrè, de 1882 à 1909. La revue Lares a quant à elle été publiée de 1912 à 1915. Elle a été dirigée la première année par Lamberto Loria et les années suivantes par le philologue Francesco Novati. Les deux lettres sont datées du 7 avril 1923 et du 16 mai 1923, ABC.

[14La revue Il Folklore Italiano a été publiée de 1925 à 1935, et de 1935 à 1941, uniquement avec le sous-titre Archivio trimestrale per la raccolta e lo studio delle tradizioni popolari italiane. De 1946 à 1959 (dernière année de publication), le périodique s’intitulait Folklore.

[15ABC, lettre de Paolo Toschi à Benedetto Croce, 7 novembre 1925. Quelques semaines plus tard, Toschi envoie également une copie de son travail à Giovanni Gentile, comme en témoigne sa lettre datée du 25 novembre 1925 et conservée à la Fondation « Giovanni Gentile », Archives Gentile, Série 1, correspondance, sous-série 2, lettres de Paolo Toschi à Giovanni Gentile.

[16ACS, SPD, CO, f. 539708, Lettre de Paolo Toschi à Benito Mussolini, 26 février 1926.

[17La revue La Voce, fondée par Giovanni Papini et Giuseppe Prezzolini, a été publiée à Florence de 1908 à 1916. Pour une étude sur l’enquête dans les provinces de La Voce, voir E. Gentile (1972).

[18Francesco Balilla Pratella (1880-1955) est originaire de la même ville que Paolo Toschi : Lugo. Il est principalement connu pour être l’auteur du manifeste des musiciens futuristes (11 octobre 1910) et comme l’un des plus importants représentants de ce mouvement. Parmi ses études sur le folklore, citons en particulier Pratella(1919).

[19La revue Lacerba a été fondée à Florence en 1913 par les intellectuels Giovanni Papini et Ardengo Soffici.

[20Pour une liste exhaustive des articles, cf. Coppola (2021 : 233-239).

[21Le philosophe Giovanni Gentile (1875-1944) a été ministre de l’Éducation lors du premier mandat de Mussolini, de 1922 à 1924.

[22Giuseppe Lombardo Radice (1879-1938) a été pédagogue et philosophe, chargé de la réforme de l’école élémentaire par Gentile.

[23En résumé, la réforme établit l’introduction de l’enseignement de la culture régionale dans les écoles primaires à l’aide de deux nouveaux supports didactiques : l’Almanach de la culture régionale et le livre de traduction du dialecte en italien. Il existe une vaste bibliographie à ce sujet : pour une étude approfondie, voir Dimpflmeier (2013 : 92-106).

[24. ACS, SPD, CO, f. 539708, Télégramme du secrétaire particulier du Duce au ministre de l’Éducation nationale, 29 avril 1929.

[25Pour une histoire du congrès, cf. D’Amato (2009).

[26Il convient de signaler que, la même année, Giuseppe Cocchiara enseigne le même cours à l’université de Palerme.

[27Lors du premier congrès sur les traditions populaires de Florence, la présidence de la section portant sur la religiosité populaire est dirigée par Raffaele Pettazzoni.

[28L’Archivum Romanicum. Nuova rivista di filologia romanza est une revue de philologie publiée de 1917 à 1941.

[29Giulio Bertoni (1878-1942), linguiste et philologue, a été professeur à l’université de Turin, puis à l’université de Rome.

[30ACS, SPD, CO, f. 539708. Lettre d’Alfredo Rocco au secrétaire particulier, 5 avril 1935.

[31Il Popolo d’Italia a été le quotidien fondé et dirigé par Benito Mussolini.

[32Ermolao Rubieri (1818-1879) a été un politicien et historien italien, auteur de Storia della poesia popolare italiana, Florence, Barbera, 1877. Pour une étude sur cet ouvrage, voir Coppola (2021 :75-81).

[33Toschi propose les mêmes argumentations dans un autre article. Cf. Toschi (1930b : 3).

[34Domenico Giulio Cesare Martuzzi (1885-1960) a été un musicien italien qui a composé sur les poésies en langue régionale d’Aldo Spallicci (1886-1973). Ce dernier, politicien et poète, a étudié le folklore et l’ethnographie de la Romagne.

[35La revue La Piê a été publiée de 1920 à 1933, et de 1946 à 2018. Il convient de noter néanmoins que Spallicci a été antifasciste et a dû s’exiler à cause du régime. Cf. Balzani (2018).

[36Une telle vision s’écarte également du jugement qu’Antonio Gramsci porte sur la tripartition de Rubieri, et sur le folklore en général. Pour Gramsci, le peuple est principalement identifié aux classes populaires, qui existent dans une condition dialectique de subalternité avec les classes dominantes. Par conséquent, les seules chansons populaires sont celles « adoptées par le peuple » parce qu’elles sont conformes à sa façon de penser. Cf. Dei (2018).

[37À cet égard, dans cet article, Toschi demande que les collections de l’exposition d’ethnographie italienne de 1911 soient exposées au public afin de « montrer à nos artisans des modèles authentiques et significatifs auxquels aspirer », (Toschi 1930a : 3).

[38Le secrétaire est le magistrat Michelangelo Giuliano (1882-1963).

[39ACS, SPD, CO, f. 539708, Lettre de Paolo Toschi au secrétaire particulier, 18 avril 1935.

[40La dédicace se présente comme suit : « À Benito Mussolini, Duce d’Italie, ce volume qui, pour la première fois, révèle l’existence et la beauté d’une épopée religieuse du peuple italien, Votre dévoué ». ACS, SPD, CO, f. 539708.

[41La conférence, organisée du 11 au 14 avril à Stresa, dans le Piémont, avait été mise en place dans le but de créer un front commun pour faire face à la pression de l’Allemagne hitlérienne.

[42ACS, SPD, CO, f. 539708, Lettre de Paolo Toschi à Benito Mussolini, 11 juin 1942.

[43Cette organisation représentait la section italienne du Comité international des arts populaires auprès de la Commission internationale de coopération intellectuelle.

[44Le concours a donné lieu à un trio de lauréats. Aux côtés de Toschi, appelé à occuper la chaire à Rome, se tenait également Giuseppe Cocchiara, à l’université de Palerme et Carmelina Naselli, à Catane. Cf. Alliegro (2011).

[45Cf. Aveto (2014). Il est probable que Toschi ait rencontré Papini pendant ses études à l’université de Florence, c’est-à-dire pendant les années 1910, interrompues en partie par sa participation à la Grande Guerre.

[46ACS, SPD, CO, f. 539708, Télégramme du préfet de Rome au secrétaire particulier, 31 août 1942.

[47. ABC, Lettre de Paolo Toschi à Benedetto Croce, la lettre est seulement datée de l’année 1944. On peut toutefois supposer qu’en raison de la guerre, Croce ne s’est rendu à Rome qu’après sa libération de l’occupation allemande, c’est-à-dire après le 5 juin 1944. En outre, Toschi souligne qu’une rencontre avec Croce a eu lieu en septembre 1945. Cf. P. Toschi (1958 : 122).

[48. ABC, Lettre de Paolo Toschi à Benedetto Croce, 5 septembre 1944.

[49. La société ne renaîtra officiellement qu’en 1949, à la reprise de la publication de Lares.

[50. Dans Fabri del folklore, Toschi publie deux lettres qui lui sont adressées par Benedetto Croce, datées de novembre 1945 et de janvier 1946, concernant la parution d’un volume sur les villanelles alla napoletana (genre de poésie populaire), qui ne sera jamais édité. Voir P. Toschi (1958 : 122-124).