Verrier Elwin, du missionnaire gandhien à l’ethnopoète philanthropologue (1928-1939)

Raphaël Rousseleau

Université de Lausanne

2019

Référence complète

Rousseleau, Raphaël, 2019. « Verrier Elwin, du missionnaire gandhien à l’ethnopoète philanthropologue (1928-1939) », in Gaetano Ciarcia & André Mary (dir.), Ethnologie en situation missionnaire, Les Carnets de Bérose n° 12, Paris, Bérose - Encyclopédie internationale des histoires de l’anthropologie, pp. 250-278.

Verrier Elwin (1902-1964) est connu parmi les indianistes comme l’auteur de nombreuses monographies sur les « tribus » de l’Inde ou adivasi. Il est lui-même revenu sur son parcours atypique à plusieurs reprises, en se définissant comme un « philanthropologue ». Le mot résume en effet bien sa position, à la fois comme serviteur des pauvres (au sens de l’engagement franciscain) et converti à l’anthropologie comme ethnographe formé sur le terrain au moment même où la discipline se professionnalisait en Inde, entre 1920 et 1947 (Vidyarthi 1978). Sans revenir sur toute sa biographie, je me concentre ici sur les douze années au cours desquelles il a vécu une série de conversions personnelles, de missionnaire anglican en contexte colonial à ethnologue fonctionnaliste officiel d’une Inde sur la voie de l’indépendance. Ayant quitté l’habit du missionnaire, il ne fut cependant que partiellement reconnu par ses collègues académiques, Malinowski le considérant comme un amateur trop porté sur l’ironie pour être sérieux, tandis que ses successeurs comme Evans- Pritchard le jugèrent, quant à eux, trop intéressé par la sexualité pour être honnête (...)