> Thèmes de Recherche

Présentation

Thèmes de Recherche

Histoire de l’anthropologie française et de l’ethnologie de la France (1900-1980)

  • Sous la direction de Christine Laurière (IIAC-LAHIC, CNRS, Paris)

Nicolas Adell (Université Jean-Jaurès, Toulouse)
Arnauld Chandivert (Université de Montpellier, CERCE)
Claudine Gauthier (Université de Bordeaux, IIAC-LAHIC)
Fabrice Grognet (MNHN, Paris)
Thomas Hirsch (CRH, EHESS, Paris)
Christian Hottin (Institut national du patrimoine)
André Mary (IIAC-LAHIC, CNRS, Paris)
Damien Mottier (Université Paris Nanterre)
Yann Potin (Archives Nationales)
Sylvie Sagnes (IIAC-LAHIC, CNRS, Paris)
Luis Felipe Sobral (Université de São Paulo, département d’anthropologie)

Histoire de l’anthropologie et des ethnologies allemandes et autrichiennes

  • Sous la direction de Jean-Louis Georget (Sorbonne Nouvelle, Paris), Hélène Ivanoff (Institut Frobenius, recherches en anthropologie culturelle, Francfort-sur-le-Main), Isabelle Kalinowski (CNRS,Laboratoire Pays germaniques UMR 8547, Ecole Normale Supérieure, Paris) Richard Kuba (Institut Frobenius, recherches en anthropologie culturelle, Francfort-sur-le-Main), Carlotta Santini (CNRS, ENS) et Céline Trautmann-Waller (Université Sorbonne nouvelle-Paris 3/IUF).

Philippe Siegert (Université Sorbonne Nouvelle)

Histoires de l’anthropologie au Brésil

  • Sous la direction de Stefania Capone (CNRS, CéSor) et Fernanda Arêas Peixoto (Universidade de São Paulo).

Histoire de l’anthropologie néerlandophone

  • Sous la direction de Thomas Beaufils (Université de Lille, IRHiS UMR CNRS 8529)

L’anthropologie néerlandophone est un domaine de recherche peu exploré par les chercheurs en sciences humaines et sociales . Pourtant, il s’agit d’un champ d’étude considérable et bon nombre d’archives – dont l’accès est peu aisé en raison de l’apprentissage peu courant de la langue néerlandaise –, et de terrains mériteraient d’être investis et prospectés de manière plus intensive. Si quelques figures ont acquis une notoriété somme toute plutôt assez modeste, il faut bien se rendre à l’évidence que les délimitations géographiques complexes de ces « mondes » néerlandophones et les terminologies foisonnantes parfois nébuleuses utilisées pour désigner ces territoires ne favorisent pas la lisibilité et la compréhension d’une anthropologie dont il est bien difficile de deviner la logique et l’unité. Difficile en effet pour le profane de saisir ce que recouvrent réellement des termes tels que Pays-Bas, Pays-Bas anciens, Pays-Bas espagnols, Pays-Bas autrichiens, Hollande, Flandre, Flandres, Flandres françaises, Frise, plat pays, république des Provinces-Unies, sans oublier la Belgique dont il n’est pas forcément aisé pour tout un chacun de distinguer la part francophone de la part néerlandophone.

Des missionnaires, des administrateurs et des voyageurs néerlandais ou flamands se firent l’écho des habitudes de vie des populations rencontrées en situation coloniale, et ce dès l’implantation de comptoirs aux XVIIe et XVIIIe siècles. De ces multiples contacts, est née une foisonnante anthropologie de langue néerlandaise. Le royaume des Pays-Bas constitua au XIXe siècle un vaste empire colonial formé essentiellement des Indes néerlandaises, du Suriname et des Antilles néerlandaises ; la production anthropologique dans le cadre de l’expansion coloniale de la Belgique doit être également être prise en compte, tout comme celle de l’Afrique du Sud, en raison de ses populations d’origine néerlandaise. Aussi bien des agents coloniaux que des savants et des écrivains néerlandais et flamands firent part de leurs expériences et de leurs découvertes dans des ouvrages souvent de qualité, mais qui pouvaient également s’avérer dénigrants ou subjectifs vis-à-vis des populations étudiées. La naissance de l’anthropologie en Belgique et aux Pays-Bas se place essentiellement dans ce contexte colonial.

Sur un plan intérieur, Néerlandais et Flamands entreprirent également des études ethnographiques pour, d’une part, recueillir, essentiellement à partir des années 1910, des données de terrain sur le folklore et les traditions populaires en voie de disparition, supplantées par les modes de vie modernes. La langue néerlandaise fait la distinction entre Volkenkunde (ethnologie des civilisations extra-européennes) et Volkskunde (ethnologie des Pays-Bas et de la Flandre, traduit souvent par folklore). C’est aussi à partir des années 1910 qu’un autre type d’ethnologue fit son apparition, tel J. P. B. de Josselin de Jong, chef de file de la fameuse école anthropologique de Leyde, qui se distancia de la politique coloniale de l’État néerlandais et qui prit même partie pour les populations colonisées jusqu’à s’engager, intellectuellement s’entend, dans la lutte pour leur indépendance.

Depuis les années 1950, l’anthropologie néerlandophone ne se limite plus uniquement aux anciens terrains coloniaux et nationaux mais elle s’est très largement ouverte à des terrains extrêmement diversifiés de par le monde. De nombreuses figures ont marqué ou marquent toujours l’anthropologie néerlandaise et belge de l’après-guerre. La fin des colonies et la transformation profonde de leurs sociétés a entraîné un changement radical de paradigme pour les anthropologues belges et néerlandais, suivant une nouvelle sensibilité post-coloniale. En revanche, c’est assez tardivement que la discipline cesse d’être un domaine d’étude exclusivement réservé à une intelligentsia masculine. Dans le cadre du thème de recherche « Histoire de l’anthropologie néerlandophone », Bérose se propose de rendre plus visible la diversité et les transformations de cette anthropologie et de participer à une meilleure délimitation de ce champ d’étude à travers des dossiers documentaires qui présenteront les ethnologues et anthropologues, les revues et les institutions qui constituent l’histoire de cette anthropologie.

La numérisation massive de documents et de collections ethnographiques, actuellement en cours en Flandre et aux Pays-Bas, favorise une collaboration renforcée entre chercheurs, organismes de recherche, bibliothèques et institutions muséales du monde entier. On ne peut qu’espérer que cet effort considérable de mise à disposition de documents permettra de produire de nouvelles recherches dans le domaine de l’histoire de l’anthropologie néerlandophone et de donner naissance à une génération de jeunes chercheurs qui s’emparera à son tour de cette matière passionnante à étudier. Les contributions présentées dans Bérose participeront de cet effort et mettront plus particulièrement en lumière les liens féconds et les interactions entre l’anthropologie néerlandophone et les autres traditions nationales.

Thomas Beaufils

Version abrégée de Beaufils, Thomas, 2019.« Anthropologie néerlandophone : une introduction historique » , in Bérose - Encyclopédie internationale des histoires de l’anthropologie, Paris.


Anthropologie des basses terres sudaméricaines

  • Sous la direction d’Isabelle Combès (IFEA, CIHA - Santa Cruz de la Sierra ; TEIAA Barcelona), Lorena Córdoba (CONICET, Buenos Aires - CIHA - Santa Cruz de la Sierra) et Diego Villar (CONICET, Buenos Aires - CIHA - Santa Cruz de la Sierra)

Histoire de l’anthropologie colombienne

  • Sous la direction d’Aura Lisette Reyes (Colciencias-Université Nationale de Colombie, ICANH)

Histoire de l’anthropologie et archives ethnographiques portugaises (19e-21e siècles)

  • Sous la direction de Sónia Vespeira de Almeida (CRIA/NOVA FCSH, Lisbonne) et Rita Ávila Cachado (CIES-IUL, Lisbonne)

Histoire de l’anthropologie italienne

  • Sous la direction de Giordana Charuty (EPHE, IIAC)

Histoire de l’anthropologie japonaise

  • Sous la direction d’Alice Berthon (CRJ/EHESS et CEJ/INALCO) et Damien Kunik (Musée national d’ethnologie du Japon, Université de Genève, FNS)

Histoire de l’anthropologie en Australasie (1900-2000)

  • Sous la direction de Geoffrey Gray (University of Queensland)

Horizons anthropologiques, histoires de l’ethnologie et du folklore en Turquie

  • Sous la direction de Hande Birkalan-Gedik (Johann Wolfgang Goethe Universität, Institut für Kulturanthropologie und Europäische Ethnologie, Frankfurt am Main) et Abdurrahim Ozmen (Dicle Üniversitesi, Diyarbakir)

Réseaux, revues et sociétés savantes en France et en Europe (1870-1920)

  • Sous la direction de Claudie Voisenat (IIAC-LAHIC, Ministère de la Culture, Paris) et Jean-Christophe Monferran (IIAC-LAHIC, CNRS, Paris)

Alfonsina Bellio (IIAC-LAHIC, Paris)
Maria Beatrice Di Brizio (Laboratoire d’anthropologie sociale, Paris)
Claudine Gauthier (IIAC-LAHIC, Université de Bordeaux)
Mercedes Gómez-García Plata (CREC – Sorbonne Nouvelle)
David Hopkin (Hertford College / Faculty of History, University of Oxford)
João Leal (Universidade Nova de Lisboa)
Fañch Postic (CRBC, CNRS,rest)

L’invention de l’art populaire (1840-1857)

  • Sous la direction de Michela Lo Feudo (IIAC-LAHIC, Università degli Studi di Napoli Federico II)

Histoire de l’ethnomusicologie

  • Sous la direction de François Gasnault ((IIAC-LAHIC, Ministère de la Culture, Paris) et Marie-Barbara Le Gonidec (IIAC-LAHIC, Ministère de la Culture, Paris)

Histoire des rapports entre droit et anthropologie

  • Sous la direction de Frédéric Audren (CNRS - CEE / École de droit de Sciences Po) et Laetitia Guerlain (Université de Bordeaux, IRM-CAHD et CAK)

L’axe « histoire des rapports entre droit et anthropologie » de l’Encyclopédie internationale des histoires de l’anthropologie Bérose entend s’emparer des aspects normatifs de la culture, sous l’angle historique. Lier ainsi droit et anthropologie n’a rien d’évident, tant les relations entre ces deux branches du savoir sont complexes et difficiles. L’anthropologie, en effet, s’est construite dans un rapport distancié avec les catégories occidentales du droit, mais également en rejetant l’idée d’une autonomie du droit par rapport aux autres secteurs sociaux. À cet égard, le « droit », du moins tel que pourrait l’entendre un juriste, est le plus souvent absent dans les travaux des anthropologues : il peut être question de parenté, de filiation, de propriété, de pouvoir ou encore de rites (des catégories familières aux juristes), mais le concept de « droit », sa cohorte de règles, la structuration de ces dernières en systèmes et en ordres juridiques sont le plus souvent, quasi systématiquement, absents de cette production de l’anthropologie, fût-elle sociale et culturelle. Au-delà des différences nationales mais également des aires géographiques, l’anthropologie remet traditionnellement en question les évidences d’une tradition juridique particulière.

À l’inverse, le droit, tout particulièrement dans la tradition civiliste occidentale, issue du droit romain, s’attache à édicter, interpréter et appliquer un ensemble de textes normatifs. Dans cet espace normatif, le travail du juriste se pense indépendamment de toute considération culturelle, sociale ou économique. Cela ne signifie naturellement pas que le droit n’a pas des implications culturelles, sociales ou économiques mais le « bon » juriste n’a pas besoin, pour mener correctement les opérations du droit, de faire, dans son travail ou au cours de sa formation, un détour par l’anthropologie ou la sociologie. Nul besoin d’une connaissance plus fine et plus aiguë de la société, de ses spécificités et de ses besoins pour (bien) dire le droit. D’une manière exemplaire, de nombreuses facultés de droit en Europe (et tout particulièrement en France), héritières d’une tradition légaliste, n’ont jamais manifesté d’intérêt particulier pour les disciplines sociologiques et anthropologiques, qu’elles se sont efforcées de maintenir à l’extérieur de leurs murs.

Les rapports entre le droit et l’anthropologie seraient-ils condamnés à osciller entre mésentente, indifférence ou incompréhension ? Il est vrai que de nombreux juristes ont réglé cette question en lui déniant tout intérêt : l’anthropologie, ses questions et ses méthodes n’ont guère de dignité à leurs yeux et n’ont jamais été en mesure d’infléchir leurs visions du monde et leur pratique professionnelle. Les anthropologues, quant à eux, ne pouvaient complètement esquiver la dimension normative de la vie sociale, quand bien même cette dernière semblait ignorer toute instance juridique isolable ou tout corps de règles sanctionnées. Il leur a fallu, par conséquent, trouver des solutions pour penser le droit en société dans des groupes sociaux qui, justement, méconnaissent le concept de « droit ». Les uns se sont ainsi refusés à parler de droit et ont proposé une théorie du social qui ne distingue plus entre le politique, le juridique ou le religieux. D’autres réservent ce concept de droit aux sociétés disposant d’un appareil de contraintes. Les troisièmes ne séparent pas le social et le juridique et absorbent la règle de droit dans la règle sociale. Enfin, certains considèrent comme étant du droit tout ce qui produit les mêmes effets que le droit. Les stratégies des anthropologues sont multiples pour affronter cette difficile irréductibilité du droit aux relations sociales.

Certains auteurs, anthropologues et juristes, tenteront toutefois de poser les bases d’une anthropologie juridique ou chercheront à la développer, domaine de la recherche qui viendrait prendre place à côté d’une anthropologie culturelle, une anthropologie politique ou une anthropologie économique. À partir de l’œuvre d’Henry Sumner Maine (1822-1888), cette perspective connaît un succès réel dans le monde anglo-saxon, grâce aux pères de la « décennie prodigieuse » (A.-L. Kroeber) de l’anthropologie, qui lient intimement droit et anthropologie, à l’instar de Lewis Morgan, John McLennan ou encore, pour le monde germanique, Johann-Jacob Bachofen. Une telle perspective, toutefois, demeure plus modeste dans d’autres pays comme en France malgré les efforts de certains durkheimiens (Marcel Mauss, en particulier). La question de l’anthropologie des juristes ne saurait d’ailleurs se réduire à la seule institutionnalisation d’une discipline spécifique au sein des facultés de droit. Quand bien même cette discipline n’existe pas encore ou, inversement, s’effondre, les juristes ne renoncent pas pour autant à mobiliser quantité d’arguments anthropologiques dans leurs pratiques ou leurs édifices intellectuels. La question de l’homme resurgit constamment par la bande, dans les discours des juristes, à travers les catégories du droit : droit naturel, droits de l’Homme, coutume, etc.

L’axe « histoire des rapports entre droit et anthropologie » de Bérose se propose donc d’éclairer la manière dont les juristes occidentaux, tout au long des XIXe et XXe siècles (et même, incontestablement, antérieurement), ont cherché à mener des enquêtes ethnographiques, à mettre par écrit le droit coutumier, à découvrir le substrat culturel se cachant sous les règles formelles du droit, à alimenter leurs édifices intellectuels à l’aide de publications à caractère anthropologique, ou encore à élaborer des concepts propres d’anthropologie juridique. Ces différentes démarches s’effectuent le plus souvent en dehors des institutions universitaires. Le rôle des administrateurs coloniaux est bien connu. Mais, plus largement, des juristes (avocats, magistrats, professeurs) n’ont pas hésité à s’engager dans un travail d’observation pour rapporter quelques conclusions sur des institutions et des dispositions normatives dans d’autres sociétés. S’appuyant sur les réseaux et les milieux aussi bien de l’anthropologie physique que sociale, ces juristes apportent une contribution non négligeable non seulement à l’anthropologie juridique, mais également à une anthropologie générale. C’est dire qu’un certain nombre de juristes, depuis deux siècles, ont explicitement perçu ce lien entre droit et anthropologie et se sont directement saisi de la question anthropologique au cours de leurs recherches.

L’axe « histoire des rapports entre droit et anthropologie » de Bérose entend par conséquent ouvrir l’enquête sur ce processus d’émergence d’une anthropologie du droit dans toute son épaisseur historique, en proposant trois types d’entrées :

1) des entrées concernant des ethnographes, ethnologues ou anthropologues du droit, au sens très large. Il pourra s’agir d’érudits, de savants, d’administrateurs coloniaux ayant souhaité rédiger les coutumes en contexte colonial, de professeurs de droit, etc. (Henri Labouret, René Maunier, Jean Poirier, Michel Alliot, Jacques Flach, etc.)

2) des entrées concernant des institutions et revues liées à l’anthropologie du droit, comme des sociétés savantes, des congrès, des écoles, des entreprises, etc. (Coutumiers juridiques de l’Afrique occidentale française de 1939 ; collection « Études de sociologie et d’ethnologie juridiques » fondée par René Maunier ; Centre d’histoire et d’ethnologie juridiques de l’université de Bruxelles ; Laboratoire d’anthropologie juridique de Paris ; Association internationale de droit africain ; revue Nomos. Cahiers d’ethnologie et de sociologie juridique (1974), etc.)

3) des entrées liées aux thèmes, concepts et traditions en anthropologie du droit (pluralisme juridique, évolutionnisme juridique, communisme primitif, droit coutumier, etc.)

Frédéric Audren, Laetitia Guerlain