Une vie de recherche tient-elle dans un appartement ? L’inventaire après décès d’Alcide d’Orbigny

Pascal Riviale

Archives nationales (DECAS), EREA (LESC), IFEA

2019

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Pour citer cet article

Riviale, Pascal, 2019. « Une vie de recherche tient-elle dans un appartement ? L’inventaire après décès d’Alcide d’Orbigny », in Bérose - Encyclopédie internationale des histoires de l'anthropologie, Paris.

URL Bérose : article1752.html

Le recours aux documents d’archives autorise bien des découvertes et des surprises. Ils peuvent contribuer à jeter une lumière nouvelle sur un moment de l’histoire, une situation, un personnage. L’inventaire après décès du naturaliste Alcide d’Orbigny est de ceux-là. En réalité, il conviendrait de parler plutôt d’une double découverte, puisque nous avons récemment localisé dans les archives du Minutier central des notaires de Paris, conservées aux Archives nationales, l’inventaire dressé en 1842 [1], suite au décès de Pamela Martignon (la première épouse de d’Orbigny), puis celui établi en 1857 [2] après la mort du naturaliste. On dispose donc d’un inventaire des biens d’Alcide d’Orbigny dressé en deux occasions : les deux actes étant séparés par quinze ans, ces deux « photographies » de son appartement (et de ses dépendances) nous permettent d’avoir une vue dynamique de son intérieur et de ce que cela nous révèle du personnage, de ses activités ; elles nous permettent aussi d’entr’apercevoir l’envers du décor de sa vie publique. Au-delà des informations nouvelles que nous en avons tirées sur le voyageur naturaliste et son expédition en Amérique du Sud, l’analyse de ces actes notariés est l’occasion de nous interroger, sur un plan méthodologique, sur les éventuelles difficultés d’interprétation de ce type de document et sur les limites de cet exercice.

Rappelons tout d’abord quelques jalons de la vie et de la carrière d’Alcide d’Orbigny.

Né le 6 septembre 1802 à Couëron (Loire-Atlantique), il est le fils de Charles d’Orbigny, médecin et naturaliste ; c’est ce dernier qui initiera son fils à l’étude de l’histoire naturelle. En 1825 survient un concours de circonstances qui sera décisif dans le cours de sa vie : une société minière britannique implantée à Potosi, dans ce que l’on appelle alors le « Haut-Pérou » (la Bolivie, qui venait d’acquérir son indépendance), propose au Muséum national d’histoire naturelle (mnhn) d’accueillir un de ses chercheurs. Une mission d’exploration est alors rapidement montée et c’est Alcide d’Orbigny qui est choisi pour la mener à bien ; il est admis au Muséum en tant qu’élève naturaliste [3].

Il parcourra l’Amérique du Sud de 1826 à 1833, en passant successivement par le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay, l’Argentine, le Chili, la Bolivie, et plus rapidement le Pérou, d’où il rembarque (depuis le port du Callao) pour la France. À son retour, d’Orbigny entreprend le lent et long travail d’analyse et d’exploitation des spécimens et des informations réunies au cours de ses pérégrinations. Il publie des résultats de son voyage entre 1835 et 1847 dans une somme de 9 tomes en 11 volumes. En 1840, alors que la publication de son voyage sud-américain n’est pas encore achevée, il entame un autre ouvrage : Paléontologie française (dont la publication ne sera achevée qu’après sa mort, le dernier volume paraissant en 1889), puis entre 1849 et 1852 il écrit un Cours élémentaire de paléontologie et de géologie stratigraphiques. Son insertion dans le monde académique n’est pas aisée ; outre ses multiples échecs auprès de l’Académie des sciences, ce n’est qu’en 1853 qu’il obtient enfin la chaire de paléontologie du Muséum, où il se trouve confronté à l’hostilité de ses collègues professeurs (notamment de zoologie et de botanique qui voient d’un mauvais œil cette « concurrence » sur le terrain des fossiles). Il s’installe alors avec sa seconde épouse dans le logement de fonction qui lui est attribué. La localisation de ce logement n’est pas très claire : on sait par un dossier conservé aux Archives nationales que les choses ne se sont pas déroulées aisément et que d’Orbigny a dû insister pour obtenir ce à quoi il pouvait prétendre en tant que professeur du Muséum. Une note contemporaine de sa nomination, rédigée par un administrateur de l’institution, résume les desiderata du paléontologue. Voici ce qu’il dit sur le logement :

D’après l’article 3, chapitre 1er du règlement précité du Muséum, tous les professeurs ont le droit d’être logé dans l’intérieur du Muséum. En attendant un logement complet, M. d’Orbigny désirerait obtenir un des deux appartements précédemment concédés à M. de Jussieu. Cet appartement se composait de six pièces et cuisine au 2e étage, et de six pièces et trois mansardes au 3e étage, rue Cuvier n° 61. S’il n’était pas possible d’obtenir un de ces deux étages, M. d’Orbigny se contenterait de deux ou trois pièces ci-dessus indiquées pour y placer ses collections particulières. Enfin, il voudrait obtenir pour placer son laboratoire l’ancien logement de M. Laurillard, lequel se compose d’une pièce au rez-de-chaussée et de trois pièces au premier rue Cuvier n° 47 [4].

Dans l’album accompagnant l’exposition du mnhn consacrée au naturaliste en 2002, Édouard R. Brygoo écrit que les professeurs du Muséum auraient manœuvré pour interdire à d’Orbigny la jouissance du logement de fonction auquel il pouvait prétendre (Taquet 2002 : 120) ; l’inventaire après décès analysé ici démontre que ces manœuvres échouèrent et que la paléontologue put s’installer au Jardin des plantes, dans le « pavillon de Buffon » (apparemment rue Geoffroy-Saint-Hilaire).

Quelques années plus tard, sans doute déjà malade, il alla loger chez son beau-frère, André Gaudry, à Pierrefitte-sur-Seine, où il décéda le 30 juin 1857. À la demande de la famille du défunt, Bertrand Maillefer, notaire à Paris, rue du Havre, entreprit, à partir du 29 juillet 1857 (et durant plusieurs jours), de dresser l’inventaire des biens d’Alcide d’Orbigny ; il était assisté en cela d’Émile Sibire, commissaire-priseur, lui-même assisté de François-Paul Evans, naturaliste-préparateur, sis quai Voltaire. Cette minute de l’acte rédigé par Bertrand Maillefer se trouve dans les archives de l’étude notariale au sein de laquelle celui-ci exerçait, fonds conservé sur le site parisien des Archives nationales. Afin de s’approcher au plus près de la matérialité des biens et collections du naturaliste, nous suivrons ici l’ordre adopté par le notaire et le commissaire-priseur.

L’inventaire commence bien entendu par le plus courant, à savoir le linge de maison, les affaires personnelles, la vaisselle et le mobilier trouvés dans l’appartement des d’Orbigny. Le tout est décrit et « prisé » (estimé) au fil des pièces parcourues par Maître Maillefer et ses assistants. Sur un plan méthodologique, il convient de souligner le fait que cette description des biens de la maisonnée, pour triviale qu’elle puisse paraître, comporte des enseignements potentiellement intéressants sur le niveau social, le goût et la personnalité du défunt. Nous ne nous y attarderons pas ici dans le cadre de cet essai, pour rentrer immédiatement dans le vif du sujet, à savoir les collections de curiosités qui parsemaient le logement familial.

Archéologie - ethnologie

Dans le salon et peut-être dans d’autres pièces de l’appartement – on nous décrit des objets accrochés au mur, ou bien rangés dans des caisses –, le commissaire-priseur dénombra plus de cent trente objets précolombiens et un nombre indéterminé (mais apparemment assez important) d’objets ethnographiques sud-américains :

1) environ 55 vases en terre de différentes formes provenant des tombeaux des Incas, estimés ensemble la somme de 300 francs ;
2) environ 75 figurines mexicaines antiques, sceaux, cachets en terre cuite, en jade, jaspe et autres matières estimés ensemble 250 francs ;
3) trois autres figurines mexicaines [5] en argent repoussé estimées ensemble 60 francs ;
4) huit poupées ou figurines du Pérou [6] costumées en étoffe estimées ensemble 180 francs ;
5) des ustensiles divers servant aux Américains en bronze, bois, ivoire et autres matières pour 80 francs ;
6) une collection d’armes des indigènes américains composée de poignards, arcs et flèches, casse-têtes et autres, estimés ensemble 150 francs ;
7) collection de costumes et pièces d’étoffes des mêmes peuples, de divers tissus ornés de peintures, ou des costumes en plumes, en peaux d’animaux, estimés en tout 350 francs ;
8) deux costumes de Patagons en peaux [7] pour 180 francs ;
Différents objets tels que éperons, étriers, colliers, bracelets, ceintures, chaussons, instruments de musique, grandes calebasses, peignes, paniers, estimés ensemble 160 francs ;
Deux tapis dont un en peau de jaguar pour 180 francs.

Ces curiosités étaient estimées, dans leur ensemble, 1 890 francs. En 1842, lors de l’inventaire dressé après le décès de Pamela Martignon, cette même collection avait été évaluée à un montant total de 2 020 francs. Dans la mesure où les deux inventaires n’ont pas été conçus de la même manière, il est difficile de dire si des changements étaient intervenus dans la composition de cette partie ethnographique et archéologique des collections de d’Orbigny entre 1842 et 1857, mais globalement, on peut considérer que l’ensemble est plus ou moins identique et que leur estimation est quasiment la même. Leur valeur paraît bien dérisoire en regard de celle estimée pour les collections d’histoire naturelle (à savoir 69 080 francs pour leur totalité), dont le nombre était, il est vrai, nettement plus important. On peut sans doute interpréter cette faible estimation par le peu d’intérêt généralement accordé aux « curiosités américaines » sur le marché de l’art à cette époque. Mais quelle est l’origine de cette étonnante collection, qui comprenait notamment de nombreux objets du Mexique, pays où d’Orbigny ne s’était jamais rendu ?

Avant le départ du naturaliste pour l’Amérique du Sud, Alexandre Brongniart, directeur de la manufacture de porcelaine et de son musée de céramiques à Sèvres, lui avait demandé de collecter au cours de son périple divers spécimens représentatifs des différentes techniques céramiques sud-américaines. Dans le même temps, le baron de Férussac qui depuis plus d’un an pressait le roi Charles X d’ouvrir un musée ethnographique au Louvre, suggéra au duc de Doudeauville, ministre de la Maison du Roi de charger Alcide d’Orbigny de collecter des artefacts pour le musée à venir :

Vous pourriez le prier de chercher à se procurer tout ce qu’il pourra en fait d’armes, d’ustensiles, de produits de l’industrie, vêtements, ornements, monuments de la religion des peuples qu’il va parcourir, l’autoriser même à faire discrétionnairement quelques achats lorsqu’il ne pourra pas avoir autrement ces objets [8]...

En effet, à ce moment précis un musée ethnographique était en projet au musée du Louvre. Avec l’expansion maritime européenne, notamment dans le Pacifique, les navigateurs observaient une diversité humaine inattendue qui amenait les savants à s’interroger sur les manifestations et les causes de cette diversité. Dans le même temps, on constatait déjà un début d’acculturation de ces sociétés autochtones : on estimait donc nécessaire de collecter autant que possible des témoignages de ces industries indigènes avant qu’elles ne disparaissent complètement et de les mettre à l’abri dans une sorte de conservatoire de l’humanité primitive. En 1826, la création de ce musée semblait donc actée ; d’où les instructions données à certains voyageurs naturalistes ou navigateurs de ramener des collections pour ce musée ethnographique en gestation. Alcide d’Orbigny partit muni d’instructions particulières concernant la collecte d’objets ethnographiques. En octobre 1828, il écrivait depuis Buenos Aires pour annoncer un premier envoi d’objets (provenant principalement des Indiens guaranis) et promettait d’en faire d’autres par la suite [9]. Mais, à Paris la situation avait changé : le projet de musée ethnographique avait été supplanté par celui d’un musée dédié à la marine [10]. Il était donc expressément demandé à d’Orbigny de cesser ses acquisitions ethnographiques. Les poteries guaranis furent attribuées au musée de la Manufacture de Sèvres [11], tandis que les autres artefacts (arcs, flèches et objets divers, provenant d’Indiens tobas et payaguas) envoyés par d’Orbigny en 1828 furent attribués au musée naval du Louvre, qui comportait déjà une section ethnographique, qui ne cessa dès lors de se développer [12]. Cependant, en dépit des préventions adressées au naturaliste, on peut supposer qu’il se passionna pour ces études nouvelles pour lui, car il les poursuivit tout au long de son voyage : il fit des observations ethnographiques, fit (ou fit faire) des relevés de vocabulaires et de chants, collecta des objets et des vêtements des différentes populations indigènes, s’essaya aux fouilles archéologiques, effectua des relevés de monuments précolombiens, etc. Au début de l’année 1833 il se trouvait à Chuquisaca (l’actuelle Sucre, en Bolivie), où il entendit parler d’une étonnante collection archéologique : il s’agissait de la collection qu’avait formée Benito María Moxo y Francoli, archevêque de La Plata, décédé en 1816. Ce bénédictin, qui avait commencé sa carrière ecclésiastique en Espagne, fut nommé évêque du Michoacán (Mexique) en 1803. C’est apparemment au cours de ses années mexicaines qu’il aurait commencé à se passionner pour les sciences, l’histoire et les vestiges archéologiques (Mayer Saez 2008). Il y avait formé un embryon de cabinet de curiosités qu’il emporta avec lui en Bolivie lorsqu’il fut nommé en 1806 à la tête du diocèse de La Plata. Après son installation à Chuquisaca, il semble y avoir développé considérablement ses collections archéologiques, les enrichissant probablement à l’occasion de ses déplacements dans la vice-royauté du Pérou, ou bien grâce à des cadeaux qui pouvaient lui être faits par d’autres amateurs de curiosités. En 1816, au début des mouvements d’émancipation, l’archevêque Moxo, qui s’était rendu suspect par son attitude ambiguë vis-à-vis des forces indépendantistes, fut arrêté et incarcéré à Salta (Argentine), où il décéda peu après. Lorsqu’Alcide d’Orbigny vint visiter cette collection, elle avait déjà été en partie dispersée, néanmoins ce qu’il en subsistait demeurait encore impressionnant et digne d’intérêt. Le naturaliste obtint du général Santa Cruz (le chef de l’État bolivien) l’autorisation d’emporter cette collection archéologique (d’Orbigny 1835-1847, tome III : 350), qu’il ramena en France en 1834.

Il remit à Brongniart une vingtaine de pièces céramiques pour le musée de Sèvres et garda le reste. Il utilisa ces objets pour son étude sur « l’Homme américain » et pour la publication du récit de son voyage. Il est d’ailleurs à signaler qu’il avait fait représenter en peinture un certain nombre de poteries de sa collection ; ces illustrations font aujourd’hui partie du fonds d’Orbigny conservé à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle. Parmi ces illustrations, l’on peut reconnaître quelques-unes des poteries se trouvant aujourd’hui à Sèvres, mais aussi deux ou trois autres offertes à cette même institution par le capitaine Abel Aubert Dupetit-Thouars. Cet officier de marine commandait alors le Griffon, brick faisant partie de la station navale du Pacifique. Son bâtiment faisait relâche au Callao lorsqu’il fit la rencontre à Lima du naturaliste qui attendait un navire pour rentrer en France. D’Orbigny témoigna d’ailleurs dans le récit de son voyage du soutien dont il bénéficia dans ses dernières semaines sud-américaines : « Je rencontrai à bord du Griffon tous les secours imaginables pour mes courses d’histoire naturelle, et la société la plus aimable auprès de son digne capitaine et de tous ses officiers » (d’Orbigny 1835-1847, tome I : 402). Cette anecdote doit nous inviter à réfléchir sur la question de la coopération scientifique informelle entre voyageurs et sur la circulation des objets collectés au cours de leurs déplacements respectifs : les céramiques données à Sèvres par Dupetit-Thouars lui furent-elles offertes par d’Orbigny en remerciement de son aide ? Ou bien ce dernier emprunta-t-il ces artefacts à l’officier de marine le temps de leur copie par le dessin à titre documentaire ? Les autres objets peints, quant à eux, faisaient vraisemblablement partie de la collection que conserva d’Orbigny chez lui jusqu’à la fin de sa vie.

Cette collection fit probablement l’objet d’une vente aux enchères (dont il n’a pas encore été possible de retrouver trace par le biais d’un éventuel catalogue). Elle semble avoir été rachetée pour sa plus grande partie par le vicomte Alfred Frigoult de Liesville (1836-1885), un petit noble normand qui jouissait par héritage d’une belle fortune, qu’il consacra à acheter des collections disparates (histoire locale normande, Révolution française, histoire naturelle). En 1860 Liesville s’installa à Paris où il ouvrit un musée particulier, qui aurait malheureusement subi d’importants dommages à l’occasion d’un bombardement prussien durant le siège de de Paris en 1870 (Dumont 2005 : 13-14). Comment connaît-on ce lien entre d’Orbigny et Liesville ? Grâce à une information publiée par Ernest-Théodore Hamy. La Revue d’ethnographie (un périodique fondé par Hamy pour faire connaître les collections du musée d’ethnographie du Trocadéro) comprenait une rubrique « questions/réponses ». En 1883 il répondit ainsi à un lecteur s’interrogeant sur ce qu’était devenue la collection sud-américaine de d’Orbigny :

Presque tous les objets archéologiques recueillis par Alcide d’Orbigny au cours de ses voyages à travers le Pérou, et figurés dans son atlas, ont été acquis à la mort du célèbre naturaliste par M. Liesville dans le cabinet duquel on peut encore les voir actuellement [13].

À son décès, en 1885 (donc peu de temps après l’information publiée par Hamy), Liesville laissait par legs la plus grande partie de ses collections au musée Carnavalet, à l’exception des objets d’histoire naturelle qui étaient légués au musée d’Alençon [14]. Selon Cécile Dumont, le registre du musée signale d’ailleurs explicitement pour les années 1885-1889 l’entrée d’objets « mexico-péruviens » provenant des collections Liesville (Dumont 2005 : xx). Malheureusement, la trace de ces « curiosités » américaines semble s’être en grande partie perdue : il n’a été possible de retrouver dans les réserves du musée Carnavalet qu’une douzaine de céramiques que l’on peut associer dans leur majorité à des cultures préhispaniques du Pérou [15]. Que sont devenues les autres pièces amérindiennes de sa collection ? La question demeure pour le moment non élucidée [16].

Paléontologie 

Le premier août 1857 commençait une nouvelle phase de l’inventaire – nettement plus conséquente –, avec les collections d’histoire naturelle. Celles-ci se trouvaient dans un autre bâtiment situé à proximité de la galerie d’anatomie comparée fondée par Cuvier en 1802 : la galerie de paléontologie, donnant sur la « cour de la baleine » [17]. Cette partie de l’inventaire fut assurée par MM. Sibire et Evans. D’Orbigny est surtout connu pour ses activités en tant que paléontologue. Pour mener à bien ses travaux il avait constitué de nombreuses collections de spécimens. Ces collections n’étaient pas dans son appartement, et on le comprend aisément au vu du volume occupé par celles-ci. De fait, d’Orbigny ayant obtenu en 1853 la chaire de paléontologie, il put emmagasiner ses collections scientifiques dans des locaux mis à sa disposition par le Muséum – quand bien même ces locaux étaient assez délabrés, comme le souligne Brygoo (Taquet 2002 : 120). Voyons ici la transcription de l’inventaire réalisé pour cette partie des collections :

Au premier étage dudit bâtiment et dans une pièce ci-dessus désignée, à droite de l’escalier et dans un petit cabinet contigu.
La collection de paléontologie qui va être inventoriée se trouve dans les casiers et tiroirs sus désignés et prisés. Elle est rangée par ordre alphabétique et de famille. Cet ordre va être suivi dans la description qui va être donnée.
Lettre A. Premier casier composé de 30 tiroirs, contenant 24 familles, estimé 2 500 francs ;
Lettre B. Deuxième casier composé de 27 tiroirs, contenant 10 familles, estimé 2 500 francs ;
Lettre C. Troisième casier composé de 22 tiroirs, contenant 6 familles, estimé 1 600 francs ;
Lettre D. Quatrième casier composé de 12 tiroirs, contenant 4 familles, estimé 700 francs ;
Lettre E. Cinquième casier composé de 12 grands tiroirs, contenant 6 familles, estimé 2 800 francs ;
Lettre F. Sixième casier composé de 12 grands tiroirs, contenant 10 familles, estimé 2 800 francs ;
Lettre G. Septième casier composé de 12 tiroirs, contenant 5 familles, estimé 1 500 francs ;
Lettre H. Huitième casier composé de 12 tiroirs, contenant 5 familles, estimé 2 500 francs ;
Lettre I. Neuvième casier composé de 9 tiroirs, contenant 1 famille, estimé 1 200 francs ;
Lettre J. Dixième casier composé de 9 tiroirs, contenant 5 familles, estimé 800 francs ;
Lettre K. Onzième casier composé de 12 tiroirs, contenant 9 familles, estimé 1 500 francs ;
Lettre L. Douzième casier composé de 13 tiroirs, contenant 3 familles, estimé 1 500 francs ;
Lettre M. Treizième casier composé de 13 tiroirs, contenant 7 familles, estimé 1 600 francs ;
Lettre N. Quatorzième casier composé de 12 tiroirs, contenant 6 familles, estimé 1 500 francs ;
Lettre O. Quinzième casier composé de 19 tiroirs, contenant 9 familles, estimé 4 000 francs ;
Lettre P. Seizième casier composé de 19 tiroirs, sans étiquette de familles, estimé 2 500 francs ;
Lettre Q. Dix-septième casier composé de 19 tiroirs, contenant 3 familles, estimé 2 000 francs ;
Lettre R. Dix-huitième, dix-neuvième et vingtième casiers composés de 35 tiroirs, contenant 6 familles, estimés 3 000 francs ;
Lettre S. Vingt-et-unième casier composé de 15 tiroirs, contenant 4 familles, estimé 1 800 francs ;
Lettre T. Vingt-deuxième casier composé de 12 tiroirs, contenant 4 familles, estimé 1 600 francs ;
Lettre U. Vingt-troisième casier composé de 15 tiroirs, sans numéros de familles, estimé 3 000 francs ;
Lettre V. Vingt-quatrième casier composé de 9 tiroirs, contenant 2 familles, estimé 1 200 francs ;
Lettre X. Vingt-cinquième casier composé de 9 tiroirs, contenant 5 familles, estimé 1 200 francs ;
Lettre Y. Vingt-sixième casier composé de 9 tiroirs, contenant 4 familles, estimé 1 200 francs ;
Lettre W. Vingt-septième casier composé de 50 tiroirs, contenant 20 familles, estimé 3 000 francs ;
Vingt-huitième casier très grand composé de 60 tiroirs dont seulement 25 sont garnis, familles diverses, prisé 1 500 francs ;
Une collection de foraminifères et de bryozaires, sur cartons et en flacons, le tout renfermé dans 5 boîtes, prisée 600 francs ; Une encrine vivante montée sur tige en cuivre et sous globe en verre, prisée 500 francs ;
Un nautile géant et une grande ammonite, prisés ensemble 80 francs ;
Un lot d’environ 15 échantillons d’ancycloceas et mammites, estimés ensemble 800 francs ;
Une momie péruvienne sous globe en verre, prisée 100 francs ;
Au rez-de-chaussée du pavillon où il est procédé, dans une salle à gauche en entrant de la cour de la baleine et sur les planches et casiers ci-dessus inventoriés.
Un lot de fossiles des terrains anciens composé d’environ 45 pièces, parmi lesquelles plusieurs [illisible] et autres pièces remarquables, prisé 700 francs ;
Environ 212 pièces composées d’ammonites des terrains du Lés [?], toutes très belles et considérées comme très rares, estimées 3 000 francs ;
Environ 530 pièces composées principalement d’ammonites, prisées 4 000 francs ;
Environ 280 pièces faisant partie des terrains crétacés, prisées 2 000 francs ;
Environ 240 pièces composées de budistes [?], prisées 800 francs ;
Quatre très grandes ammonites des terrains crétacés, prisées 600 francs ;
Environ 150 boîtes et casiers contenant des doubles de la collection de paléontologie, classés comme il a été du plus haut et ci-dessus inventoriés, prisés 5 000 francs :
Une collection de polypiers nommés et classés dans cent boîtes en forme de livres, prisés 500 francs.
Total de la prisée des collections scientifiques 69 080 francs.

 

Il s’agit, on le voit, non seulement de spécimens recueillis par lui au cours de son expédition en Amérique du Sud, mais aussi et surtout de pièces réunies par d’Orbigny au cours de ses voyages en France pour la préparation de son ouvrage sur la paléontologie française, ainsi sans doute que de spécimens obtenus par échange ou par dons auprès de ses collègues français et étrangers. Le Muséum jugea ces collections suffisamment importantes scientifiquement pour les faire acquérir par l’État très rapidement. Deux rapports remis en décembre 1857 au ministre de l’Instruction publique par Hébert, professeur de géologie à la faculté des sciences, insistaient sur l’importance cruciale de ces collections dont le Muséum ne possédait pas d’équivalent :

La collection de paléontologie de M. d’Orbigny renferme plus de 100 000 échantillons, se rapportant à 9 224 espèces classées (mollusques et zoophytes). Sur ces 9 224 espèces, 3 330 ont été décrites et figurées par M. d’Orbigny dans sa « Paléontologie française » où elles occupent 1 440 planches, et 1 848 autres ont été nommées par lui dans son « prodrome », mais sans description détaillée. C’est donc un total de 5 178 espèces fossiles dont cette collection renferme les types. Parmi ces 5 178 types, 2 629 étaient nouveaux et ont été publiés pour la première fois par M. d’Orbigny [18].

Puis lors de la séance de la Cour des Pairs du 21 mai 1858, un rapport rédigé par Élie de Beaumont fut lu afin d’appuyer le projet de loi visant à voter un crédit extraordinaire de 55 000 francs pour l’acquisition de cette collection de fossiles [19]. Au vu de ce rapport favorable, les spécimens furent acquis et attribués au Muséum.

Dans un texte publié dans l’album qui accompagnait l’exposition consacrée au naturaliste, organisée au mnhn en 2002, Agnès Lauriat-Rage (2002) supposait que dans un premier temps ces collections avaient pu être hébergées dans sa famille à La Rochelle. On peut se demander si cette hypothèse est valide, lorsque l’on lit l’inventaire dressé en 1842 après le décès de Pamela Martignon (la première épouse d’Alcide d’Orbigny), des effets et mobiliers se trouvant dans leur appartement parisien, rue Louis-le-Grand, n° 5. Cet inventaire – commencé le 20 octobre 1842 – détaillait comme de coutume en premier lieu les effets personnels et le mobilier, puis le notaire, Me Fabien, avait chargé Me Renou, commissaire-priseur, de procéder à l’inventaire et à l’estimation des collections et de la bibliothèque d’Alcide d’Orbigny. Le commissaire-priseur était pour cela assisté de « M. Augustin Félix Pierre Michel de Roissy, entrepreneur de tabac, demeurant à Paris, rue Saunier n° 4 et M. Félix Édouard Guérin Méneville, naturaliste, demeurant à Paris, rue de Seine Saint-Germain n° 13, experts choisis à l’amiable par les parties [20] ». L’acte ne précise pas dans quelle(s) pièce(s) furent vus les éléments qui vont suivre. Force est de constater, en tout cas, que ces « documents de travail » devaient représenter un volume considérable au sein de l’appartement : se trouvaient-ils dans un cabinet annexe ? Impossible de le savoir [21]. Ces objets furent inventoriés en deux grands ensembles. Tout d’abord les « collections de coquilles » :

1° Collection de polypiers flexibles en sept boîtes, prisée 500 francs ;
2° Collection de coquilles de l’Amérique méridionale, venant de l’océan Atlantique, contenue en neuf tiroirs comprenant environ 1 150 pièces, prisée 1 950 francs ;
3° Collection de coquilles de l’Amérique méridionale, venant du Grand océan, contenue en neuf tiroirs comprenant environ 950 pièces, prisée 2 450 francs ;
4° Collection de coquilles des Canaries, contenue en quatre tiroirs comprenant environ 620 pièces, prisée 950 francs ;
5° Collection de coquilles des Antilles contenue en quatorze tiroirs comprenant environ 1700 pièces, prisée 1 200 francs ;
6° Collection de coquilles fossiles des terrains crétacés de France, contenue en soixante-cinq tiroirs comprenant environ 1 600 pièces, prisée 5 120 francs ;
7° Collection de coquilles fossiles des terrains jurassiques de France, contenue en soixante et un tiroirs comprenant environ 12 400 pièces, prisée 6 400 francs ;
8° Collection de coquilles microscopiques, composée d’environ 1 200 espèces de modèles sculptés et de dix collections de modèles unis en plâtre, prisée 1 150 francs ;
9° Collection de crinoïdes fossiles et vivants, contenue en douze tiroirs et comprenant 1 220 pièces, prisée 1 900 francs ;
10° Collection de coquilles fossiles des terrains tertiaires, contenue en trente-neuf tiroirs, comprenant 4 000 pièces, prisée 1 040 francs ;
11° Collection de fossiles de transition, contenue en quinze tiroirs, comprenant 1 500 pièces, prisée 1 225 francs ;
12° Collection de coquilles vivantes d’Afrique, de Madagascar et de France, contenue en soixante-neuf tiroirs, comprenant 2 600 pièces, prisée 2 100 francs ;
13° Neuf caisses de fossiles non déballées, prisées 250 francs. » [22]

Bien qu’il soit difficile de comparer les inventaires de 1842 et de 1857, il semble bien que cet ensemble corresponde plus ou moins aux collections paléontologiques contenues dans les vingt-huit casiers à tiroirs vus au Muséum par MM. Sibire et Evans en 1857. Ce premier ensemble était suivi dans l’inventaire de 1842 d’un second, intitulé « Collections diverses » :

1° Collection d’antiquités, comprenant 52 vases anciens trouvés dans les tombeaux des Incas, prisés 560 francs ;
2° Collection de 80 figurines de terre cuite et de jade, antiquités mexicaines, prisée 640 francs ;
3° Collection d’armes et de petites figurines anciennes du Pérou, prisée 320 francs ;
4° Collection ethnologique composée de costumes, d’armes offensives et défensives des indigènes américains, prisée 500 francs ;
5° Collection de doubles de coquilles d’Amérique, prisée 800 francs ;
6° Collection d’insectes contenus en 21 boîtes comprenant 2500 pièces, prisée 420 francs ;
7° Collection de plantes d’Amérique en 20 paquets contenant environ 2600 plantes, prisée 600 francs ;
8° Collection de fossiles en doubles, contenant environ 2000 pièces, prisée 300 francs ;
9° Collection d’oiseaux empaillés, contenant environ 500 pièces, prisée 900 francs.

 

On reconnaît dans les numéros 1 à 4 les objets ethnographiques et archéologiques également présents dans l’inventaire de 1857. En revanche, les numéros suivants (5 à 8), correspondant à divers ensembles de spécimens zoologiques et botaniques, n’apparaissent pas dans ce dernier inventaire : peut-être d’Orbigny les avait-il déjà donnés au Muséum d’histoire naturelle ou vendus à d’autres institutions ? On sait par exemple que le British Museum fit l’acquisition d’une collection de coquilles d’Amérique du Sud recueillies par le paléontologue [23]. En tout état de cause, en 1842 Alcide d’Orbigny n’avait pas encore achevé la publication de son voyage en Amérique méridionale ; on peut alors comprendre qu’il ait encore eu besoin d’avoir ses collections à portée de main. Mais on imagine la place qu’il lui fallait pour entreposer tout ceci (ne serait-ce que les 500 oiseaux empaillés !).

Revenons à l’inventaire des biens d’Alcide d’Orbigny établi en 1857, maintenant avec sa bibliothèque, dont la prisée fut effectuée sous l’expertise de Jean-Baptiste Ballière fils, libraire et éditeur réputé sur la place de la Paris [24].

Bibliothèque

L’analyse de la bibliothèque d’un savant est riche d’enseignement, sur ce dont il disposait pour travailler, ce qu’il avait sélectionné et conservé à travers le temps – même s’il nous semble que l’exercice a certaines limites, dans la mesure où rien ne nous dit que d’Orbigny n’avait utilisé que ses propres ouvrages. Néanmoins, la comparaison entre les deux inventaires (1842 et 1857) peut nous donner des indications sur ce qui avait changé entre ces deux moments : les livres dont il s’était éventuellement débarrassé, ou ceux qu’il avait acquis après 1842. Faute de temps et d’espace nous ne ferons pas ici cet exercice, mais signalons aux amateurs l’intérêt potentiel d’une telle comparaison. L’inventaire de 1842 détaille l’ensemble des titres de sa bibliothèque à la suite des « collections diverses » ; on ne sait donc pas précisément où elle se situait dans l’appartement. L’inventaire de sa bibliothèque en 1857 a été fait en deux temps, correspondant à deux catégories distinctes, bien qu’apparemment toutes deux situées dans le laboratoire attribué à d’Orbigny : tout d’abord une bibliothèque réunissant les ouvrages généraux, la littérature de voyage et des ouvrages plus spécifiquement américanistes, et ensuite une bibliothèque dite « scientifique ». Sans nous attarder sur ce second ensemble, signalons que dans son rapport sur les collections paléontologiques, Hébert notait qu’il serait important que le Muséum prévoyât un budget complémentaire de 5 000 francs afin de faire l’acquisition de nombre de ces ouvrages qui étaient alors absents des fonds de la bibliothèque de l’institution [25]. Nous nous intéresserons ici plus particulièrement aux ouvrages et manuscrits américanistes rapportés de son voyage en Amérique du Sud, qui constituent une véritable spécificité de sa bibliothèque personnelle.

Celle-ci comprenait tout d’abord une importante section consacrée à la littérature de voyages, non seulement les ouvrages traitant des Amériques, mais plus largement tous les grands auteurs du xviiie et de la première moitié du xixe siècle, ainsi que les grandes séries publiées en France durant cette dernière période, telles que les Annales des voyages, ou la Géographie universelle de Malte-Brun. On peut supposer que cette partie de sa bibliothèque lui avait servi de fonds documentaire, notamment lorsqu’il préparait la publication de son Voyage pittoresque dans les deux Amériques (d’Orbigny 1836) - qui était en fait une compilation de divers auteurs plus ou moins anciens -, la partie historique de son propre voyage, ainsi que le volume consacré à l’Homme américain (d’Orbigny 1835-1847). Ce dernier ouvrage était le résultat de son exploitation d’observations anthropologiques faites sur le vivant au cours de son voyage et sur les spécimens osseux collectés, d’observations ethnologiques et de documents écrits anciens. L’esprit de curiosité d’Alcide d’Orbigny se trouve ici particulièrement mis en lumière à travers ses collectes d’ouvrages et de manuscrits anciens, a priori très éloignés de son domaine de compétence. Car, effectivement, l’une des particularités de cette bibliothèque est la présence d’ouvrages imprimés et de divers manuscrits rédigés durant la période coloniale sud-américaine ; autant de volumes qu’Alcide d’Orbigny se procura vraisemblablement au cours de ses pérégrinations en Amérique du Sud entre 1826 et 1833. On y reconnaît quelques chroniques de la Conquête et de la période coloniale (Garcilaso de la Vega), mais aussi des documents administratifs ou à caractère historique manuscrits (« Informe general de la provincia de Santa Cruz de la Sierra » ; « Anales y Sucesos memorables de la ciudad de la Paz ») et, enfin, des itinéraires et des vocabulaires de diverses langues indigènes.

Cette collecte s’inscrit cependant dans une période particulièrement faste pour cela. L’indépendance des anciennes vice-royautés de l’empire espagnol venait de s’achever, entraînant l’ouverture des frontières aux grandes puissances politiques et commerciales : des diplomates, des négociants anglais, français, allemands, nord-américains, russes, s’installaient sur place ; un nombre croissant de voyageurs et d’émigrants circulaient d’un pays à l’autre. Certains d’entre eux avaient d’ailleurs été envoyés sur place afin d’en évaluer les richesses exploitables : minerais, plantes, laines, mais aussi les vestiges archéologiques. En effet, depuis la Conquête tous les témoignages s’accordaient pour évoquer l’existence dans le Nouveau Monde de vestiges architecturaux impressionnants, de bijoux fabuleux et de systèmes d’organisation politique complexes. En somme, les manifestations évidentes d’un niveau de civilisation avancé. La redécouverte au début du xixe siècle des grandes civilisations antiques d’Égypte, du Proche-Orient, de l’Inde, amenèrent les milieux académiques à se poser la question d’un éventuel passé commun, ou tout au moins à considérer qu’il y avait lieu de s’intéresser de près aux vestiges précolombiens afin de tenter de comprendre l’origine des civilisations du Nouveau Monde. Parmi les divers projets de musée ethnographique formulés en France dans le premier tiers du xixe siècle, Alexandre Lenoir, ancien conservateur du musée des Monuments français, estimait que la comparaison entre les diverses civilisations antiques pourrait être riche d’enseignement :

Placées au musée, à la suite des antiquités égyptiennes, [les antiquités précolombiennes] se rattacheraient naturellement à cette grande collection ; et toutes deux, réunies à ce que nous possédons à la Bibliothèque royale en idoles indiennes, formeraient un complément des monuments historiques et mythologiques qui serviraient à découvrir des vérités utiles [26].

Si l’on faisait beaucoup d’observations sur les monuments antiques, si l’on collectait de très nombreux objets, on s’efforçait également de recueillir des documents écrits durant la période coloniale. En effet, parallèlement aux mémoires et aux vocabulaires de langues vernaculaires produits par les missionnaires évangéliques et aux nombreuses enquêtes et rapports administratifs relatifs aux populations indigènes, la Couronne d’Espagne lança au xviiie siècle un grand nombre d’expéditions scientifiques dans tout son empire colonial : Sessé et Mociño en Nouvelle-Espagne ; Juan et Ulloa, puis Ruiz et Pavón dans les Andes centrales ; Juan Celestino Mutis en Nouvelle-Grenade ; Felix de Azara au Rio de la Plata – pour ne noter ici que les plus célèbres. L’ensemble de ces matériaux d’étude fut archivé en Espagne, cependant il existait également des copies de ces travaux conservées localement, auxquelles divers voyageurs ou négociants européens ou nord-américains établis sur place purent avoir accès après la disparition de l’administration espagnole, contribuant ainsi à la redécouverte d’un patrimoine historique et archéologique souvent tombé dans l’oubli (Riviale 2011). C’est ainsi qu’un Anglais se procura une copie du rapport de la première exploration du site maya de Palenque réalisée en 1785 par un certain Bernasconi et le fit publier en Grande-Bretagne vers 1825, révélant ainsi en Europe l’existence de cette cité grandiose. Quelques années plus tard deux Français présents au Mexique (Baradère et Latour-Allard) firent l’acquisition – chacun de manière indépendante – d’une copie des enquêtes archéologiques réalisées par Guillermo Dupaix entre 1800 et 1805 : ce qui donna lieu à la publication entre 1834 et 1836 d’un somptueux ouvrage : Antiquités mexicaines, la première grande publication mexicaniste française. Dans le même temps Amédée Chaumette des Fossés, premier consul de France nommé au Pérou, réunissait une formidable collection de manuscrits coloniaux, dont de rares vocabulaires compilés par des missionnaires en Amazonie péruvienne (Riviale 2016). Enfin, Henri Ternaux-Compans, après avoir effectué une mission diplomatique en Colombie, se passionna pour l’Amérique indigène et réunit une des plus célèbres collections de manuscrits, qu’il publia à partir de 1837 sous le titre général de Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l’histoire de la découverte de l’Amérique (Chassin 2001, Pino Díaz 2019). Quant à Alcide d’Orbigny, il était lui aussi parvenu à se procurer durant son voyage un nombre important de manuscrits anciens (notamment des vocabulaires de populations indigènes du Paraguay, d’Argentine et de Bolivie), qu’il exploita notamment pour son ouvrage intitulé L’Homme américain. On retrouve nombre de ces manuscrits dans l’inventaire réalisé en 1857, par exemple : « Vocabulario de la lengua chiquita » ; « Arte de la lengua chiquita » ; plusieurs autres volumes dénommés « Vocabulaires de diverses langues de sauvages ». Les titres donnés dans l’inventaire réalisé par Ballière sont souvent approximatifs. Cette bibliothèque fut dispersée lors d’une vente publique effectuée au Jardin des Plantes même le 6 janvier 1858 ; le catalogue publié à cette occasion permet d’avoir une idée plus précise des titres vendus (Sibire 1858). C’est probablement à l’occasion de cette vente que la Bibliothèque royale fit l’acquisition de quelques-uns de ces manuscrits [27], enrichissant ainsi le fonds américaniste initial de cette institution.

À la suite de la bibliothèque, on décrivait dans l’inventaire les exemplaires imprimés de diverses publications de d’Orbigny demeurés en sa possession, ainsi que des séries de planches gravées et lithographiées, prisées selon leur valeur marchande. Il convient de relever ici que l’on n’y mentionnait quasiment pas les manuscrits scientifiques rédigés par d’Orbigny (hormis le « Manuscrit du voyage dans l’Amérique méridionale, quatre volumes in quarto reliés, prisés 4 francs »), ni les dessins produits, commandités ou acquis par lui. Le fait n’est apparemment pas étonnant, dans la mesure où l’on ne considérait ces papiers que comme de simples documents de travail sans valeur marchande (donc inutiles à estimer, puisque l’objectif premier de l’inventaire après décès était pour les héritiers de faire évaluer le montant de la succession).

Les manuscrits recueillis ou produits par le naturaliste furent dispersés lors de cette même vente aux enchères organisée au Jardin des plantes le 6 janvier 1858 (Sibire 1858) ; il est intéressant de noter ici que l’on peut suivre leur vie ultérieure. Une partie importante des manuscrits scientifiques d’Alcide d’Orbigny fit l’objet d’une nouvelle vente en 1935 lors de la dispersion de la bibliothèque d’un certain « Monsieur C.H. » [28]. Puis, plus récemment, une partie de ces papiers firent de nouveau surface à la fin des années 1990. À cette occasion le Muséum fit l’acquisition en 1998 ou 1999 d’une partie de ces manuscrits, relatifs à la partie historique, géographique, géologique et paléontologique du voyage [29].

Les dessins réalisés par d’Orbigny lui-même ou bien commandités par lui seraient, quant à eux, apparemment restés dans la famille ; sept volumes de dessins reliés furent légués en 1923 par la belle-fille du naturaliste, Mme Bedel (Legré-Zaïdline 2002). Ils sont très intéressants, même s’ils demeurent très intrigants quant à leur contexte de production. Ces dessins, plus ou moins aboutis, ont pour partie servi de modèle de base pour les gravures et les lithographies incluses dans les publications du naturaliste (d’Orbigny 1836 et 1835-1847). Si un grand nombre d’entre eux peuvent effectivement être de la main de d’Orbigny, d’autres ne le sont sûrement pas : il avait pu les acquérir au cours de son voyage (tel un dessin représentant une toldería de Patagons par Pellegrini), ou après son retour en France [30]. D’autres dessins, peut-être de la main de d’Orbigny, représentent des habitants de lieux où il ne s’était pas personnellement rendu [31] : s’était-il inspiré d’autres dessins vus ou achetés au cours du voyage ? L’interrogation, non résolue à ce jour, mérite néanmoins d’être soulignée, dans la mesure où il nous semble que ce genre de pratique était assez fréquente parmi les voyageurs qui parcouraient l’Amérique du Sud au xixsiècle ; non seulement les personnes que l’on pourrait assimiler aux « touristes » de l’époque, mais aussi les individus chargés d’une mission tout à fait officielle (Riviale 2016).

Papiers personnels

Vient enfin dans le document analysé présentement l’inventaire des papiers personnels du naturaliste. Cette partie des inventaires après décès est souvent utile lorsque l’on veut pénétrer plus en profondeur dans la biographie d’un défunt. On y recense en premier lieu tous les actes notariés déterminants de la vie de la personne étudiée : contrats, testaments, etc. À cet égard il est intéressant de relever que parmi les papiers décrits par le commissaire-priseur, le contrat de mariage avec Marie Gaudry établi le 13 novembre 1843, incluait ses collections scientifiques parmi ses actifs :

M. d’Orbigny a apporté au mariage 1° les meubles meublant, effets mobiliers, linge…, bijoux et argenterie, sa bibliothèque, diverses collections d’histoire naturelle, manuscrits, antiquités par lui recueillis dans ses voyages, le tout d’une valeur estimative de 40.000 francs.

Lors de l’établissement d’un inventaire après décès, le commissaire-priseur doit détailler tous les documents susceptibles d’aider à évaluer les actifs et les passifs du foyer. Dans le cas présent il dénombrait par exemple : « 50 pièces qui sont autant d’actions de la Société de l’Amérique méridionale pour l’exploitation de terrains aurifères en Bolivie » ; puis un peu plus loin : « 630 pièces qui sont notes, renseignements et correspondance, copies de lettres relatives à l’exploitation de ces mines et terrains aurifères situés en Bolivie, Venezuela, dans le Pérou, la Nouvelle-Grenade et autres parties de l’Amérique méridionale » [32]. On apprend ainsi qu’Alcide d’Orbigny était mandataire de plusieurs propriétaires de mines et sociétés aurifères ; il était intervenu en diverses occasions dans la formation de sociétés formées pour exploiter ces terrains aurifères et ces mines, notamment dans la province de Carabaya, au Pérou, au sujet de laquelle il avait rédigé un Guide du chercheur d’or à Carabaya. Dans les années qui suivirent la ruée vers l’or en Californie (entamée en 1849), diverses régions aurifères du monde tentèrent elles aussi d’attirer les entrepreneurs. Parmi elles, plusieurs pays andins s’efforcèrent de raviver la renommée qui avait fait rêver tant d’aventuriers. Ainsi, le gouvernement péruvien lança des opérations de communication auprès des investisseurs potentiels en rappelant son passé glorieux et la richesse de zones minières jusqu’ici sous-exploitées (Monaghan 1973 : 226). L’exploitation des mines du Pérou était déjà largement entre les mains d’entrepreneurs européens ou nord-américains depuis l’Indépendance ; ces compagnies s’appuyaient sur des investisseurs disposant d’importants moyens financiers, ou bien sur des actionnaires se répartissant la charge de l’investissement. Pour convaincre ces actionnaires du bien-fondé de l’entreprise et de sa rentabilité, quoi de mieux que de faire appel à un « homme de science » qui servirait de garant du sérieux du projet ? Si en 1825 le Muséum avait décidé d’envoyer l’un de ses jeunes naturalistes sur le terrain en Amérique du Sud, c’était justement à l’invitation d’une compagnie minière britannique récemment établie en Bolivie. Bien que paléontologue de formation, d’Orbigny était sans doute considéré comme un expert fiable dans l’évaluation des terrains potentiellement riches en minerai (notamment par l’observation de leur formation géologique). Et, de fait, d’Orbigny fut semble-t-il sollicité à diverses reprises pour « parrainer » des projets d’exploitation minière. Rappelons que ce n’est qu’en 1853 qu’il obtint la chaire de paléontologie du mnhn ; on peut supposer que jusqu’à ce moment-là, il dut trouver divers moyens pour subvenir aux besoins de sa famille.

C’est donc dans ce contexte de frénésie médiatique autour de la recherche de minerais d’or que diverses compagnies furent établies en France (et probablement ailleurs en Europe).

C’est ainsi qu’à Paris le 27 décembre 1850 la « Société de l’Amérique méridionale » fut constituée par Jean-Baptiste Cosseret, « propriétaire » et Martial de Herrypon, ingénieur, associés à vingt-deux autres investisseurs ; les statuts de la société par actions furent déposés devant Maître Esnée, notaire à Paris, le 28 janvier 1851. L’origine de cette société était ainsi décrit :

M. le Docteur Weddell, pendant le cours de l’expédition scientifique de M. de Castelnau dont il faisait partie, eut l’occasion de reconnaître l’existence de riches gisements de sables aurifères, sur lesquels il recueillit des documents et des échantillons qu’il apporta en Europe. M. de Herrypon ayant eu connaissance de ce fait et l’ayant fait approfondir sur son point de vue industriel, conçut l’idée de créer la société dont les statuts suivent […]. La société a pour objet : la reconnaissance et la constatation de sables et terrains aurifères dans l’Amérique méridionale ; l’obtention de la concession de terrain et sables qui seront jugés nécessaires, et s’il y a lieu leur exploitation. L’exploitation pourra même s’étendre à des mines de cuivre et d’argent qui paraîtraient avantageuses au gérant [33].

Bien qu’il ne soit pas explicitement cerné, le champ d’action de cette entreprise semble avoir été la Bolivie, le Chili et le Pérou [34]. Alcide d’Orbigny ne fit pas tout de suite son entrée dans cette société ; il apparaît parmi les actionnaires (ainsi que Hugh Algernon Weddell) dans un acte notarié en date du 13 janvier 1852, venant modifier les statuts de la société. En 1851 le Muséum d’histoire naturelle confia à Weddell une nouvelle mission scientifique en Bolivie, ce qui lui permit d’entreprendre l’expédition pour laquelle il avait été vraisemblablement sollicité par les représentants de la société minière évoquée plus haut :

Sur le revers oriental de l’un des plus hauts pics des Andes, naît un cours d’eau dont les sables scintillent de paillettes d’or pur : on l’appelle Tipuani […]. Ces sables précieux, dont la richesse ne le laisse en rien à celle des alluvions les plus vantés du Sacramento ou de l’Australie, furent l’objet du voyage dont on va lire la narration […]. La beauté de ces paillettes attira l’attention, et vers la fin de l’année 1851, quelques personnes me proposèrent de retourner en Bolivie pour y guider une expédition. J’hésitais, lorsque l’administration du Jardin des plantes voulut bien me confier une nouvelle mission, et le voyage fut décidé (Weddell 1853 : I-II).

Celui-ci entreprit en effet ce voyage en compagnie de Martial de Herrypon et de Charles Borniche (autre actionnaire de la société). Weddell indique dans le récit publié de ce nouveau voyage que Herrypon demeura sur place, dans la région de Tipuani, en Bolivie, pour y diriger des travaux d’exploitation aurifère (Weddell 1853 : III). On ignore ce qu’il advint de cette société, mais il est possible qu’elle ait été dissoute assez vite, puisque M. Gaudry, le beau-père d’Alcide d’Orbigny précisait en 1857, lors de l’inventaire, que ces actions n’avaient plus aucune valeur.

D’Orbigny fut lié à au moins une autre compagnie d’exploitation minière. En 1853 était publiée à Paris une brochure intitulée Société franco-péruvienne des mines d’or de la province de Carabaya (Pérou), cosignée par le marquis de Villiers de l’Isle-Adam et Edmond de Ginoux. Le premier était une sorte d’illuminé qui courait après les chimères, organisant des fouilles en Bretagne – où il résidait – pour y découvrir de supposés trésors cachés ; le second était un mélange de publiciste et d’aventurier : en 1849 il avait été expulsé de Polynésie, où il dirigeait un journal, et avait parcouru le Pérou avant de rentrer en France où il tenta désespérément de vendre la collection archéologique et ethnographique qu’il avait formée au cours de ses pérégrinations [35]. Cette brochure commençait, sans surprise, par une évocation des richesses fabuleuses découvertes par les Espagnols et celles demeurées cachées par les Incas, puis on y vantait les possibilités extraordinaires de cette région :

La province de Carabaya n’est pas seulement le point du globe le plus riche en or, elle jouit en outre de toutes les températures possibles et, par suite, de tous les produits des tropiques et de tous les fruits d’Europe (Le Pérou... : 21).

On soulignait cependant le fait que si la région n’avait pas encore pu se développer comme elle le devrait, c’était par manque de main-d’œuvre « intelligente » (autrement dit d’origine européenne, selon un préjugé courant à l’époque). C’est pourquoi les pouvoirs publics péruviens se déclaraient prêts à soutenir l’accueil de colons :

Grâce à cette puissante assistance, les lavanderos, les avantaderos et les filons aurifères de Carabaya rendront des quantités incalculables d’or. Et si les travailleurs européens veulent se fixer dans le pays, il leur sera donné des terrains choisis dans la belle vallée de Sangaran [San Gaban ?] où, à côté de la colonie française déjà existante de Versailles, ils pourront vivre dans l’abondance et la prospérité (ibid.).

Les auteurs de cette brochure y avaient alors inséré une lettre d’Alcide d’Orbigny adressée au général Andrés Santa-Cruz, ministre plénipotentiaire de Bolivie en France, ainsi que la réponse de ce dernier, par laquelle il confirmait le contexte extrêmement favorable dans lequel s’inscrivait cette entreprise :

Monsieur,
Après avoir lu avec attention la lettre que vous avez eu l’obligeance de m’adresser, je m’empresse de vous donner, en réponse aux différentes questions qui y sont contenues, les renseignements les plus exacts que j’aie été à même d’acquérir sur cette matière.
La province de Carabaya, qui fait partie du département de Puno au Pérou, jouit d’une réputation traditionnelle pour ses mines d’or. Dès le temps des Incas, on en extrayait de très grandes richesses, et aujourd’hui même il y a de nombreuses exploitations très productives, malgré les moyens imparfaits qui sont employés par elles. Il n’y a donc pas le moindre doute qu’une compagnie européenne, pourvue des ressources de la science moderne, ne puisse exploiter les lavages d’or avec d’immenses avantages (ibid. : 24).

Ces correspondances étaient bien entendu destinées à convaincre les candidats-actionnaires du bien-fondé de l’investissement. Pourtant, avec le recul du temps, on entrevoit les ficelles utilisées : c’était, il nous semble, un jeu de dupes mené conjointement par les deux épistoliers. Il convient en effet de signaler que d’Orbigny avait connu Santa-Cruz lorsque ce dernier était président de la Bolivie ; il avait d’ailleurs invité le naturaliste à séjourner durablement en Bolivie en vue d’y effectuer diverses recherches, ce qu’il fit effectivement entre 1830 et 1833. Bien entendu, tout ce qui était avancé dans cette brochure n’était que pure théorie et il est hautement probable qu’en vérité rien n’attendait les hypothétiques exploitants ou colons qui auraient risqué le voyage jusque-là [36]. Seuls son nom et sa réputation scientifique permettaient à d’Orbigny de garantir le sérieux de l’entreprise. Ces documents mentionnés par le commissaire-priseur illustrent une autre facette de la vie d’Alcide d’Orbigny : il est probable qu’en attendant de trouver une situation professionnelle stable, le naturaliste dut courir après les contrats et les expédients. C’est sans doute déjà ce qui l’avait poussé à accepter dès son retour en France la direction d’un ouvrage de vulgarisation, Voyage pittoresque dans les deux Amériques (d’Orbigny 1836). C’est une réalité dont l’on ne tient pas toujours compte lorsque l’on aborde la carrière d’un savant ; il convient en effet d’en évoquer également tous les « à-côtés » susceptibles d’avoir « parasité » ou freiné » ses activités strictement scientifiques.

Conclusion

Les inventaires après décès sont des documents d’archives qui peuvent se révéler d’une grande richesse documentaire et d’un grand soutien pour la recherche historique. Ils ne sont pas toujours aisés à exploiter : tantôt trop arides, tantôt d’une telle profusion de détails que la lecture peut en être fastidieuse, risquant d’égarer le chercheur. Toutefois, la ténacité peut permettre de découvrir des informations majeures et inédites. En outre, l’on y perçoit des aspects plus intimes d’une personnalité difficiles à appréhender autrement qu’avec ce type de source [37].

On voit dans l’exemple présent comment Alcide d’Orbigny constitua au cours de son voyage des collections très diverses, parfois très éloignées de ses compétences scientifiques initiales, et qu’il conserva pour certaines toute sa vie. On peut ainsi être surpris que tel fut le cas des objets archéologiques et ethnographiques sud-américains et mexicains qui, s’ils ne lui étaient sans doute plus d’aucune utilité scientifique ou éditoriale, devaient peut-être lui rappeler avec nostalgie une période épique de sa jeunesse et un voyage fondateur pour lui. Si, dans l’inventaire de 1857, on note que seules ces dernières collections se trouvaient dans l’appartement familial (le reste étant dans le laboratoire alloué au professeur de paléontologie par le Muséum), l’inventaire établi en 1842 dresse un tout autre tableau, avec des collections ethnographiques et naturalistes vraisemblablement entassées dans quelques pièces du logement. On peut imaginer l’effet que pouvait produire auprès du visiteur cet appartement orné d’objets et d’ustensiles aussi exotiques que spectaculaires. Manuel Charpy a montré comment s’est développée au xixe siècle une passion croissante pour les collections les plus variées, entraînant l’installation dans les intérieurs bourgeois des objets d’art, d’histoire ou de curiosité les plus divers et parfois les plus incongrus (Charpy 2007 et 2012). On peut cependant se demander si les deux épouses successives d’Alcide d’Orbigny (Paméla Martignon et Marie Gaudry) furent vraiment sensibles au charme « sauvage » de leur logement… L’autre grande surprise de cette collection archéologique, c’est la présence de nombreuses pièces mexicaines, que l’on comprend si l’on remonte à l’origine de la collection constituée par l’archevêque de La Plata – et auparavant évêque de Michoacan (Riviale 2019). Cela nous amène une fois de plus à questionner les pratiques de collectes ethnographiques et archéologiques au xixe siècle.

La bibliothèque constituée par Alcide d’Orbigny illustre également la grande curiosité scientifique du voyageur naturaliste : loin de ne contenir que des ouvrages relevant de ses seuls domaines de compétence scientifique, elle comprenait également de nombreux récits de voyage, divers volumes de géographie générale, ainsi qu’une collection très respectable d’ouvrages à vocation historique ou ethnographique relatifs à l’Amérique espagnole, rédigés du temps de la colonie. Un certain nombre de ces volumes furent d’ailleurs collectés par d’Orbigny au cours de son voyage – parfois sous une forme manuscrite (comme les vocabulaires de langues indigènes ou des répertoires de chants indiens), témoignage de l’intérêt croissant pour l’étude des cultures amérindiennes qu’il développa au cours de son voyage. Là aussi, on aurait pu supposer que par souci de faire de la place dans son logement, le paléontologue se séparerait au fil du temps des ouvrages dont il n’avait plus une utilité courante, or ces deux inventaires démontrent qu’il n’en fut rien.

Enfin, l’examen des papiers personnels d’Alcide d’Orbigny révèle une activité parallèle à laquelle il fut associé au moins quelques années durant : son rôle d’expert auprès de sociétés d’exploitation aurifère. La relation parfois étroite entre expéditions scientifiques et objectifs économiques est bien connue. Dans le cas présent, elle se manifestait différemment, dans la mesure où, ici, c’était la réputation scientifique d’une personnalité qui était mise en avant afin de garantir la fiabilité de projets d’exploitation des richesses minérales de diverses régions d’Amérique du Sud. On comprend bien que, n’ayant toujours pas de situation professionnelle stable, d’Orbigny ait été sensible aux propositions financières qui pouvaient lui être faites par divers entrepreneurs afin d’assurer les revenus lui permettant d’entretenir son foyer. C’est une réalité qui n’est que rarement prise en compte lorsque l’on analyse la carrière d’un savant ou d’un explorateur.

Les documents tels que les inventaires après décès autorisent, on le voit dans le cas présent, une telle introspection. Toutefois, d’un point de vue méthodologique, il convient aussi d’en souligner les difficultés d’exploitation, dans la mesure où ce type de document d’archive ne prétend pas à l’exhaustivité (seuls les éléments permettant d’évaluer la succession y sont pris en compte), par conséquent une part des témoignages matériels des activités scientifiques de d’Orbigny (ses propres manuscrits de travail, ses dessins, etc.) n’y apparaissent pas. En outre, le laconisme du commissaire-priseur se constate dans le flou de certaines de ses descriptions, que l’historien doit alors interpréter comme il peut. En dépit de ces réserves, les inventaires après décès sont des documents d’archives d’une grande utilité historiographique comme ici, pour révéler des facettes méconnues de la vie et de l’œuvre d’Alcide d’Orbigny, paléontologue mais aussi pionnier des études américanistes.

Références bibliographiques

Charpy, Manuel, 2007. « L’ordre des choses. Sur quelques traits de la culture matérielle bourgeoise parisienne, 1830-1914 », Revue d’histoire du XIXe siècle, n° 34, p. 105-128.

Charpy, Manuel, 2012. « 
Tréfonds et lointains à demeure. Collections de coquillages et souvenirs dans les appartements au xixe siècle », Techniques et culture, n° 59 (« Itinéraires de coquillages »), p. 44-61.

Chassin, Joëlle, 2001. «  Ternaux Compans collectionneur des premiers récits sur le Nouveau Monde  », Alma, n° 2, avril-juin, p. 37-40.

Dumont, Cécile, 2005. « Alfred de Liesville. Un érudit aux multiples visages ». Mémoire d’étude de l’École du Louvre, sous la direction de Chantal Georgel et Philippe Sorel Paris.

Jacquemin, Sylviane, 1991. « Histoire des collections océaniennes dans les musées et établissements parisiens. XVIIIe-XXe siècles ». Mémoire de recherche de l’École du Louvre, sous la direction de Jean Guiart.

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[1Archives nationales, MC/ET/LXV/772 : inventaire après décès de Pamela Martignon, établi par Jacques Lazare Jean Fabien, notaire à Paris, le 20 octobre 1842. Le logement des époux se situait 5, rue Louis-Le-Grand à Paris.

[2Archives nationales, MC/ET/LXV/860 : inventaire après décès d’Alcide d’Orbigny, établi par Bertrand Maillefer, notaire à Paris, le 29 juillet 1857 et jours suivants.

[3Archives nationales, F/17/3976 : Note du Muséum au ministre de l’Intérieur l’informant du choix d’Alcide d’Orbigny pour cette mission (25 novembre 1825). Sur le choix de d’Orbigny et la préparation de son voyage, voir Riviale 1996 : 27-29.

[4 Archives nationales, F/17/13566 : Note pour le ministre de l’Instruction publique concernant les desiderata d’Alcide d’Orbigny formulés dans sa lettre du 22 août 1853.

[5 Les cultures préhispaniques du Mexique, hormis quelques exceptions, ne sont pas particulièrement réputées pour la production de statuettes en argent ; peut-être faudrait-il supposer qu’il s’agit en réalité de figurines incas, nettement plus courantes dans les collections privées et publiques existant au xixe siècle ? La confusion semble d’autant plus plausible que ce commissaire-priseur n’était sans doute pas un grand spécialiste des cultures précolombiennes.

[6 S’agit-il de ces petites figurines en étoffe que l’on trouvait – et trouve encore – fréquemment dans les tombes préhispaniques de la côte centrale du Pérou ?

[7 Ces vêtements patagons étaient assez difficiles à se procurer et vraisemblablement très appréciés des collectionneurs européens (Paz Nuñez Regueiro 2018).

[8 Archives nationales, O/3/887 : Note du baron de Férussac au duc de Doudeauville (avant le 1er mai 1826).

[9Archives nationales, O/3/887 : Lettre d’Alcide d’Orbigny au duc de Doudeauville, ministre de la Maison du Roi (Buenos Aires, 31 octobre 1828).

[10C’est ce dernier qui devait finalement voir le jour. Fondé officiellement en 1827, ce musée n’ouvrira ses portes qu’après 1830. Sur ce musée voir Jacquemin 1991 : 17-113.

[11Où elles furent rejointes en 1834 par une partie des céramiques précolombiennes rapportées par d’Orbigny et sélectionnées par Alexandre Brongniart. Archives nationales, O/4/1523 : Brongniart, « Mémoire des objets en poterie livrés à la Manufacture de porcelaine de Sèvres pour la collection céramique par M. Dessaline d’Orbigny, naturaliste voyageur » (Sèvres, 29 mai 1834).

[12La présence de ces objets est attestée dans l’inventaire dit « Duhamel du Monceau » du musée naval (par exemple les items n° 660 et 670), puis dans l’inventaire « Morel Fatio » de ce même musée (n° 2959/1933 à 2962/1936).

[13 Revue d’ethnographie, volume 3, 1883. La déclaration de Hamy laisse entendre que cette collection n’avait donc pas été touchée en totalité par l’obus versaillais tombé sur la maison de Liesville en 1871, qui aurait détruit les deux tiers de ses autres collections.

[14Archives nationales, MC/ET/XC/914 : inventaire après décès Liesville dressé par Me d’Hardiviller le 30 mars 1885 et jours suivants. Les descriptions données dans cet acte notarié ne permettent cependant pas d’y reconnaître précisément les divers objets inventoriés : les artefacts ethnographiques et précolombiens se trouvaient vraisemblablement « noyés » parmi les centaines de céramiques françaises et autres pièces diverses composant sa collection.

[15Je remercie Anne Zazzo, conservatrice au musée Carnavalet, des recherches qu’elle a bien voulu effectuer dans les réserves du musée et de son bon accueil afin de me montrer le résultat de ses trouvailles. Voir « Une partie de la collection….. » (Riviale 2019). Le récolement du musée des beaux-arts et de la dentelle d’Alençon étant en cours, nous ne savons pas si peuvent s’y trouver d’autres vestiges des collections d’Alcide d’Orbigny–V.

[16Outre les objets provenant de d’Orbigny, l’on devrait pouvoir retrouver dans l’une de ces institutions la trace des « 33 vases mexicains » achetés par Liesville aux antiquaires-numismates Rollin et Feuardent le 29 décembre 1877, comme l’atteste la facture récapitulative envoyée par ces marchands au collectionneur en 1880 – preuve que les curiosités américanistes continuèrent de l’intéresser jusqu’à la fin de sa vie. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, papiers Liesville, MS 2120 (Paris, 27 décembre 1880).

[17Ce bâtiment a été détruit à la fin du xixe siècle. De nouvelles galeries de paléontologie et d’anatomie comparée furent construites par Ferdinand Dutert dans une autre partie du Jardin des plantes ; elles furent achevées en 1898.

[18 Archives nationales, F/17/3980 : « Rapport sur la collection de feu M. d’Orbigny considérée comme base d’une grande collection de paléontologie à créer au Muséum d’Histoire naturelle », par Hébert (Paris, 24 décembre 1857.

[19Archives nationales, C/1506 : dossier « Projet de loi pour acquisition de la collection d’Orbigny (loi du 21 mai 1858) ». Toutefois, en dépit des rapports très enthousiastes de Hébert et de Beaumont qui aboutirent à l’acquisition de cette collection par l’État, le ministère de l’Instruction publique semble avoir été réticent à financer également la rédaction du catalogue des spécimens la constituant. André Gaudry, beau-frère de d’Orbigny et futur titulaire de la chaire de paléontologie du Muséum, écrivit à son collègue Hébert pour l’alerter sur cet écueil (lettre de Gaudry du 5 août 1858, citée par Pacaud 2007 : 23).

[20Archives nationales, MC/ET/LXV/772 : inventaire après décès de Pamela Martignon, établi par Jacques Lazare Jean Fabien, notaire à Paris, le 20 octobre 1842.

[21D’après l’acte notarié on comprend qu’Alcide d’Orbigny et sa famille occupaient un appartement dans un immeuble où son beau-père, Claude Jean-Baptiste Martignon, était propriétaire : peut-être est-ce lui qui avait mis ce logement à disposition du couple après leur mariage en 1835. On pourrait peut-être avoir une vision plus précise de ce logement en consultant le « sommier foncier », conservé aux Archives de Paris. Ces registres détaillent rue par rue, chaque édifice parisien, avec l’historique de ses propriétés et les différents logements ou locaux commerciaux qui s’y trouvent. Avec un peu de chance l’on pourrait espérer trouver une mention du logement au moment de son occupation par les d’Orbigny. Je remercie chaleureusement Christian de Muizon et Jean-Michel Pacaud (du laboratoire de paléontologie dumnhn) pour la visite qu’ils ont bien voulu me faire de la « galerie d’Orbigny » en avril 2019.

[22Cette collection de coquilles était estimée à elle seule 24 685 francs.

[23 List of the shells of South America in the collection of the British Museum : collected and described by M. Alcide d’Orbigny in the Voyage dans l’Amérique méridionale. London : Printed by order of the Trustees, 1854. Le British Museum conserve également les séries de coquilles de Cuba et des Canaries, collectées par d’autres (respectivement Ramon de La Sagra pour la première, P. Barker-Webb et Sabin Berthelot pour la seconde) mais dont d’Orbigny avait lui-même assuré le classement et la publication.,

[24L’adresse indiquée dans l’acte est rue Hautefeuille n° 19, à Paris.

[25Archives nationales, F/17/3980 : « Rapport sur la collection de feu M. d’Orbigny... » (24 décembre 1857).

[26 Alexandre Lenoir. « Antiquités mexicaines », Journal des Artistes et des Amateurs, 12 février 1832, p. 129, cité dans Riviale 1996 : 271.

[27Ceux-ci sont décrits sous les numéros 24 à 31 dans un catalogue thématique de la Bibliothèque nationale (Omont 1925).

[28 Vente après décès de la bibliothèque de Monsieur C. H. Importants ouvrages manuscrits d’Alcide et Charles d’Orbigny...

[29Voir le texte de Pascale Heurtel sur les manuscrits d’Alcide d’Orbigny dans Taquet 2002 : 121-123. C’est aussi à cette même période que la librairie Chamonal, à Paris, proposait à la vente le manuscrit de « L’Homme américain ». Le catalogue spécifiait d’ailleurs que ce manuscrit provenait bien de la vente de la bibliothèque de « M. C. H. » (Rodolphe Chamonal, Livres anciens. Voyage, géographie, marine. Paris, [2001], n° 326, p. 112). Nous ignorons malheureusement la localisation actuelle de ce manuscrit.

[30Nous pensons notamment à une aquarelle équatorienne (« Aguatero - India de Anaco (Équateur ») utilisée comme modèle pour une des gravures illustrant le Voyage pittoresque dans les deux Amériques publié en 1836 (Riviale 2012).

[31Notamment « Indiens et métis de la côte de Trujillo » ; « Les Indiens et le curé de Pasco » ; « Indiens des montagnes de Quito ; « Métis d’Iquique et de Tarapaca ».

[32À signaler qu’une partie de ces manuscrits a été acquise par la médiathèque Michel Crépeau de la Rochelle aux environs de l’année 2000.

[33 Archives nationales, MC/ET/LXXXIX/1033 : « Statuts de la société de l’Amérique méridionale » (28, 29, 30 janvier et 2 février 1851) ; « Constitution définitive » (5 février 1851). Sur l’expédition de Castelnau voir Riviale 1996 : 100-109.

[34C’est ce que l’on peut comprendre de l’article 5 où il est stipulé que M. de Herrypon s’interdit toute participation à quelque autre société d’exploitation minière dans ces trois pays.

[35Ginoux (connu aussi sous le nom de Ginoux de la Coche) rédigea un mémoire relatant ses aventures et voyages en Polynésie et en Amérique du Sud et incluant la description et son interprétation des objets composant sa collection ethnographique ; ce manuscrit a été publié par La Grandville (2001). Après son décès sa compagne, Adèle Garreau-Dombasle, vendit cette collection au baron de Lyclama, qui la légua au musée de la Castre à Cannes, où elle se trouve toujours.

[36Il est fort probable que cette « colonie » baptisée pompeusement « Versailles » n’était au mieux qu’un campement établi par quelques aventuriers français ; une telle installation n’a semble-t-il laissé aucune trace tangible sur place.

[37Sauf à se trouver face à un journal intime, chance que nous avons eue dans le cas d’un autre personnage (Théodore Ber), sur lequel nous avons travaillé (Riviale et Galinon 2014).