« Sous le signe d’Orphée : vie et œuvre de Salomon Reinach »

par Rafael Benthien

Universidade Federal do Paraná, Brésil


2017

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Pour citer cet article

Benthien, Rafael, 2017. « Sous le signe d’Orphée : vie et œuvre de Salomon Reinach » in Bérose, Encyclopédie en ligne sur l’histoire de l’anthropologie et des savoirs ethnographiques, Paris, IIAC-LAHIC, UMR 8177.

Mots-clés

Évolutionnisme | Archéologue | Seconde moitié du XIXe | Première moitié du XXe | Antiquité classique et orientale

Salomon Reinach (1858-1932) est un personnage-clé du paysage anthropologique européen de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Tenu pour un « vulgarisateur » de cette science, voire pour un « éclectique », il n’a pas toujours été apprécié à sa juste valeur. En effet, il n’y a pas que l’intervalle temporel qui joue ici, en rendant désuète une partie des outils et des questions de sa génération, mais aussi l’exceptionnalité de sa trajectoire professionnelle et de son origine sociale. De son vivant, Il était déjà considéré comme l’auteur d’une œuvre multiple et controversée.

Né à Saint-Germain-en-Laye au sein d’une famille juive plutôt cultivée et riche, il est le deuxième de trois enfants. Son aîné, Joseph (1856-1921), débute sa carrière en tant que secrétaire de Gambetta et se fait connaître par ses engagements lors de l’affaire Dreyfus. Il mène une vie politique assez réussie, cumulant des mandats de député et de sénateur. Théodore (1860-1928), son cadet, alterne des rôles scientifiques et politiques. Élu deux fois député, il s’occupe également de la direction de revues scientifiques et se fait reconnaître en tant que spécialiste de la musique et de la numismatique anciennes. Des trois « Frères Je-Sais-Tout », comme on les appelait alors, Salomon est celui qui investit le plus dans une trajectoire, à proprement parler et exclusivement, « scientifique ». Normalien (promotion 1876), agrégé de grammaire (1879, 1er), intéressé d’abord par la philologie et par la philosophie, il se réoriente vers l’archéologie après être nommé membre de l’École française d’Athènes (1880-1882). La suite de sa carrière est marquée par cette expérience. Il obtient d’abord une mission en Afrique du Nord (1883-1885), pour ensuite devenir attaché libre du musée des Antiquités nationales (1886). Reinach y restera toute sa vie, devenant plus tard conservateur adjoint (1893) et directeur de l’établissement (1902). Au-delà de son travail au musée, Reinach enseigne l’archéologie « nationale » à l’École du Louvre, et exerce la direction de la Revue archéologique (1902). C’est aussi largement à l’archéologie qu’il doit son élection, en tant que membre permanent, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1896).

Il s’agit, donc, d’une carrière scientifique réussie. Et pourtant, attribuer à Reinach la seule étiquette d’archéologue s’avère une grossière simplification. En effet, il exerce aussi le métier d’historien de l’art, professant à l’École du Louvre des cours sur cette thématique. En outre, il produit des manuels et fait traduire des ouvrages philosophiques et historiques. Dans tous ces domaines il obtient une considérable reconnaissance, surtout du public non spécialiste. En combinant l’érudition et un effort pédagogique remarquable, ses livres deviennent des best-sellers et cumulent de nombreuses réimpressions et éditions.

Le « Reinach anthropologue » se retrouve au juste milieu entre l’archéologue professionnel et le vulgarisateur de l’histoire de l’art et de la philosophie. Dans un moment où l’anthropologie combine à la fois l’anthropologie physique et l’étude des mœurs, Reinach s’engage surtout dans l’explication des mythes, des rites et des religions. C’est comme cela, d’ailleurs, qu’il parle avec succès aux publics universitaires et non universitaires. Ses livres sur ce sujet se vendent bien, ce que ne les empêche pas d’être recensés et discutés dans les revues scientifiques. C’est particulièrement le cas d’Orpheus, son histoire générale des religions (1909) [1] ; mais aussi celui de la série de recueils d’articles Cultes, mythes et religions, publiée en cinq volumes entre 1905 et 1923 [2].

On ne peut expliquer l’attachement de Reinach à l’anthropologie si on ne prend pas en compte l’importance qu’il a donnée à l’étude de sujets relevant de ce champ disciplinaire, notamment les mythes et les rites magico-religieux. Il faut en effet tout d’abord considérer la conjoncture politique et religieuse générale, liée aux luttes autour de la laïcisation et au rôle que les chercheurs universitaires y ont joué. On doit également prendre en compte ses origines familiales, qui le rendent sensible à la thématique de l’assimilation républicaine. Mais, parallèlement à ces explications par le contexte, il faut souligner le caractère original de son œuvre. Dans un dialogue actif avec entre autres l’anthropologie anglaise (William Robertson Smith, James Frazer), des auteurs allemands (Max Müller, Wilhelm Mannhardt) et quelques-uns de ses compatriotes (Ernest Renan, Émile Durkheim), il théorise l’origine et le développement des religions. Si Reinach n’a pas fait école, son influence ne peut pas être négligée, au motif qu’il s’agirait d’une œuvre simpliste ou d’apostolat, comme l’affirment certains de ses contradicteurs et de ses commentateurs [3].

Âme, tabou, magie et totémisme : vers une explication de l’origine et du développement des religions

{{}}L’étude des pratiques et croyances magico-religieuses accompagne Reinach dès sa jeunesse. En tant qu’écolier, dans les cercles de ses parents, il entre en contact avec l’œuvre et la personnalité de Renan (1823-1892), très concerné par ces questions. Dans les salles de l’École normale supérieure, il suit attentivement les cours de Fustel de Coulanges (1830-1889), lui aussi un spécialiste réputé des religions anciennes. En « athénien », il participe avec Edmond Pottier aux fouilles de la nécropole de Myrina, où les conceptions de la vie, de la mort et des dieux se concrétisent matériellement [4]. Mais, pour que ce champ d’intérêt gagne en profondeur et soit l’objet d’une vraie théorie, il faut attendre la première décennie du XXe siècle.

C’est dans les premières pages de son Orpheus que Reinach présente son inventive définition de la religion : « un ensemble de scrupules qui font obstacle au libre exercice de nos facultés [5] ». Ces scrupules, ou encore ces « tabous », réclament néanmoins deux principes préalables pour être constitués. D’un côté, en suivant les considérations de l’école « animiste » (d’Edward Tylor et ses disciples), on retrouve la notion « d’âme ». À travers l’expérience du rêve, l’homme a toujours su que sa vie était double et que, au-delà du corps mortel, on partage avec tout ce qui existe quelque chose d’immortel. De l’autre côté, Reinach insiste sur l’existence d’un tabou fondamental chez les « animaux supérieurs », celui du « sang ». Or, ces principes, que Reinach localise dans la psyché humaine, rendent compréhensible la nécessité de la religion, née pour régler les relations entre les « âmes » à partir des tabous liés à leur principe vital, « le sang ».

Mais comment expliquer le fonctionnement et le développement des différentes religions qu’on découvre grâce à l’histoire et à l’ethnographie ? Reinach fait intervenir ici deux autres notions, permettant de rendre sa théorie dynamique. La première est bien celle de « magie », définie comme le fondement psychologique de l’attribution des rapports de cause à effet. En suivant la « loi des similitudes », les hommes observent constamment le monde autour d’eux, en essayant d’y repérer des régularités. Il s’agit donc d’une pratique intuitive, souvent fausse, mais qui a néanmoins le rôle majeur d’ouvrir, avec le temps et par suite d’erreurs, la route aux « vrais » savoirs. La deuxième notion à laquelle Reinach fait appel est celle de « totémisme [6] ». Pour lui, ce phénomène renvoie à un principe clanique de division des individus d’une tribu. Chaque clan se retrouve associé à un totem, qui peut être un animal, une plante, ou plus rarement des êtres inorganiques (des pierres, des étoiles). Ses membres sont ainsi supposés avoir un rapport de consanguinité avec leurs totems, chose reconnue par toute la tribu et qui leur impose une série de tabous de tous ordres, dans le domaine de l’alimentation, de la chasse et du mariage. Or, dans ce schéma explicatif, le « totémisme », du fait de sa grande diffusion parmi les peuples dits « primitifs », occupe la place de la religion originelle. C’est à elle de fournir un cadre de base à la vie sociale en systématisant les tabous.

En dépit du nombre élevé de variations au sein des sociétés dites totémiques, Reinach croit y trouver un seul et même principe. Le fond psychologique ne varie pas et les changements s’expliquent par les vicissitudes de la vie. En effet, les rapports de cause à effet supposés par la magie et systématisés par le totémisme sont quotidiennement éprouvés. Les catastrophes naturelles, aussi bien que les contacts avec de nouveaux groupes ou avec des êtres jusque-là inconnus peuvent soit renforcer, soit mettre en question la religion en place. Mais le cadre du totémisme n’est abandonné que quand l’agriculture et la domestication des animaux sont découvertes, deux événements majeurs et corrélés dans l’histoire de l’humanité. C’est dans la suite de l’histoire, selon Reinach, que les anciens totems perdent leurs places et sont remplacés par d’autres entités, tout en subsistant sous forme de traces. S’ouvre alors une nouvelle phase de l’évolution, liée à un processus de « laïcisation », où l’anthropomorphisme rend possible l’émergence de nouvelles personnalités religieuses plus indépendantes des rapports claniques. Les tabous subsistent, mais ils sont réorganisés autrement.

Le déroulement des étapes est très clair et a une dimension universelle. Le seul problème concerne sa validité : historiquement, on ne l’a observé nulle part. Conscient de la fragilité de son hypothèse, Reinach se lance méthodiquement dans la chasse aux « survivances » du totémisme chez les civilisés, anciens ou modernes. Ainsi, les rapports entre Zeus et le cygne renvoient à un « groupe de tribus qui possédaient le cygne comme totem [7] ». De la même manière, la vénération d’Orpheus est expliquée par le supposé culte totémique du renard dans un ancien clan thrace [8]. Les exemples pourraient être multipliés.

La prédilection de Reinach pour les survivances du totémisme en tant qu’objet d’étude et son explication de l’origine et du développement des religions sont singulières. James Frazer (1854-1941), une autre figure éminente de l’époque, abandonne au début du XXe siècle sa thèse d’une religion totémique première. Convaincu par les ethnographies des peuples australiens publiées par Spencer et Gillen montrant l’absence de relations entre la vie sociale et le culte des totems, il réduit le totémisme à la « magie sympathique », à une simple application par la psyché humaine de la loi des similitudes [9]. Émile Durkheim, par contre, reste non seulement convaincu des effets sociaux du totémisme, mais retrouve, grâce à ce phénomène, les formes élémentaires de la vie religieuse [10]. Pour le sociologue, le totémisme n’est pas seulement la plus primitive des religions connues, c’est une clé fondamentale pour saisir les bases de la vie en société, en dépassant l’expression de la vie psychique de l’individu. Dans un compte rendu des Formes élémentaires de la vie religieuse, Reinach explicite ces différences entre les deux auteurs : « Durkheim ne s’intéresse pas à la question du totémisme européen et de ses survivances possibles ; il l’étudie là où il existe encore, comme l’a fait Frazer. Mais alors que Frazer finit par un ’Que sais-je ?’, M. D[urkheim] n’est pas loin d’aboutir à un ’Je sais tout’ [11]. » Reinach, qui se dédie à l’élucidation des survivances, semble vouloir occuper une position intermédiaire.

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Les réactions

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La position de Reinach envers les religions connaît deux sortes de critiques majeures. La première, très répandue chez les historiens, met en question la validité d’un stade totémique obligatoire. Les preuves manquent. Cette position est remarquablement illustrée par Jules Toutain (1865-1961), spécialiste des religions gréco-romaines et le traducteur français du Rameau d’or de Frazer. Dans un article paru en 1908 dans la Revue d’histoire des religions, ce dernier soutient que le totémisme ne doit être étudié que là où il a effectivement existé ou existe encore [12]. Inutile, donc, de parler de totémisme en Grèce ou dans la Rome antique.

La deuxième critique vient des sociologues durkheimiens, Henri Hubert (1872-1927) en particulier. Très sensibles à l’absence de preuves, ils ajoutent à cette critique une dimension théorique. Reinach explique l’origine des religions en parlant exclusivement des lois psychologiques et biologiques, liées aux sujets individuels et aux « animaux supérieurs ». Les sociologues, au contraire, pensent en termes de relations collectives, elles aussi ancrées dans la psychologie humaine, mais ayant pour fondement les échanges entre les hommes et entre leurs représentations [13]. Voilà pourquoi Durkheim, dans une lettre envoyée à Reinach, observe la différence entre les notions de « tabou » et de « scrupule », et celle « d’interdiction » ; si les premières relèvent de l’expression d’un instinct, la troisième renvoie à un fait social et à la notion de sacré [14].

En dépit de ces deux arguments, les travaux de Reinach emportent une certaine adhésion, mais sans qu’on puisse pour autant caractériser l’émergence d’une école. Les commentateurs de Reinach ont déjà évoqué les allusions que Sigmund Freud (1856-1939) fait à son œuvre anthropologique [15]. On y ajoutera volontiers le nom de Marc Bloch (1886-1944), qui cite les études de Reinach et de Frazer dans son livre Les Rois thaumaturges [16]. Mais dans ces deux cas, les références sont ponctuelles. Elles relèvent surtout des ressemblances soit théoriques (l’explication psychologique), soit dans les faits rapportés (dont la logique qui les sous-tend permet, par comparaison, d’en éclaircir d’autres). Par contre, un archéologue du poids de Joseph Déchelette (1862-1914) se rallie avec beaucoup plus de profondeur aux thèses de Reinach, dans l’espoir de les compléter. En 1909, dans un de ses articles les plus ambitieux, « Le Culte du soleil dans les temps préhistoriques », il compare une grande série d’objets qui proviennent de l’âge du bronze et du premier âge du fer en Europe, dans laquelle il identifie un seul et même héliocentrisme [17]. En proposant une généalogie des symboles solaires, il soutient que son homogénéité en Europe oblige à considérer une étape antérieure commune, le totémisme. C’est grâce à la domestication des animaux et à l’émergence de l’agriculture, comme le soutenait Reinach, que les totems ont été remplacé par le culte du Soleil.

Son rôle institutionnel

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Le rôle institutionnel que Reinach a joué dans le champ de l’anthropologie est, lui aussi, considérable. Il a, tout d’abord, permis des échanges entre une multiplicité de mondes. Dans celui de la science, il a été un peu partout l’introducteur de toute une série de thèmes. Il a notamment importé chez les archéologues et les historiens les problématiques et les concepts des nouvelles sciences sociales [18]. Mais son influence va au-delà du monde savant. Par ses conférences au musée Guimet et au Louvre, ou par ses livres, Reinach fait découvrir au grand public non spécialiste le monde de la magie et des religions primitives et modernes.

Sur le plan strictement institutionnel, il participe en 1911 à la création de l’Institut français d’anthropologie (IFA), dont il est le premier président. Cette institution rassemble au début du siècle toutes les avant-gardes scientifiques dans le domaine des sciences humaines, de la sociologie et de l’anthropologie (au sens de l’école anglaise et au sens de l’anthropologie physique) [19]. Les liens qui y seront noués se feront sentir dans les années qui suivent la Première Guerre mondiale, quand d’autres initiatives élargiront les cadres de l’anthropologie et de l’ethnographie, en les amenant au travail de terrain [20].

Bibliographie

Principales publications de Salomon Reinach en anthropologie

1905-1923. Cultes, mythes et religions, Paris, Leroux.

1996. Cultes, mythes et religions, Paris, Robert Laffont (édition établie, présentée et annotée par Hervé Duchêne).

Orpheus, histoire générale des religions, Paris, Picard, 1909 (réédité chez L’Harmattan en 2002).

Bibliographie critique sélective (sur Salomon Reinach et l’anthropologie de son époque)

Ackerman, Robert, The Myth and Ritual School, Londres, Garland, 1991.

Basch, Sophie, Michel Espagne et Jean Leclant (dir.), Les Frères Reinach, Paris, AIBL, 2008.

Benthien, Rafael Faraco et Christine Lorre, « Entre sociologues et anthropologues, la position d’Henri Hubert envers le totémisme », in Jean-François Bert (dir.), Rafael Faraco Benthien, Christine Lorre et Nicolas Meylan, Henri Hubert et la sociologie des religions, Liège, Presses universitaires de Liège, 2015, p. 249-259

Christine Laurière, « L’Institut français d’anthropologie (1910-1958), un long fleuve tranquille ? Vie et mort d’une société savante au service de l’ethnologie », in Christine Laurière (dir.), 1913. La recomposition de la science de l’Homme, Les Carnets de Bérose, n°. 7, Paris, IIAC-Lahic, 2015, p. 89-110 (en ligne : www.berose.fr).

De Ricci, Seymor, « La méthode comparative dans l’histoire des religions et l’œuvre de Salomon Reinach », Revue d’histoire des religions, 55, 1934, p. 62-80.

Duchêne, Hervé, « Préface », in Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Paris, Robert Laffont, 1996, p. i-lxxxi.

— « Salomon Reinach », in Philippe Sénéchal et Claire Barbillon (dir.), Dictionnaire critique des historiens de l’art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale (mise en ligne en 2009).

Durkheim, Émile. Œuvres, Tome I - Les Formes élémentaires de la vie religieuse (éditée par Myron Achimastos), Paris, Garnier, 2015.

Karady, Victor, « Le problème de la légitimité dans l’organisation historique de l’ethnologie française », Revue française de sociologie, XXIII, 1982, p. 17-35.

— « Durkheim et les débuts de l’ethnologie disciplinaire », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 75, n° 1, p. 23-32 .

Pottier, Edmond, « Salomon Reinach », Revue archéologique, t. XXXVI, juillet-décembre 1932, p. 137-154.

Rosa, Frederico, L’Âge d’or du totémisme, histoire d’un débat anthropologique (1887-1929). Paris, CNRS, 2003.

Strenski, Ivan, « Reinach’s Modernism, Durkheim’s Symbolisme, and the birth of the sacré », in Ivan Strenski, Durkheim and the Jew of France, Chicago, University of Chicago Press, 1997, p. 53-81

Toutain, Jules, « L’histoire des religions et le totémisme ». in Id. Études de mythologie et d’histoire des religions antiques, Paris, Hachette, 1909, p. 56-80.

Wartelle, Jean-Claude, « La Société d’anthropologie de Paris de 1859 à 1920 », Revue d’histoire des sciences humaines, n. 10, 2004, p. 125-171.

Zerelli, Filippo, Il lato oscuro dell’etnologia. Il contributo dell’antropologia naturalista al processo di instituzionalizzazione degli studi etnologici in Francia, Roma, CISU, 1998.




Notes

[1Selon la Bibliothèque nationale de France, la première édition du livre date de 1907, ce qui est en contradiction avec les premiers comptes rendus de l’ouvrage. Je n’ai pas pu vérifier sur place cette information. Dans la même institution, on retrouve sept éditions françaises entre 1909 et 1911, ce qui atteste l’incroyable vitalité de l’ouvrage. Le livre a été aussi traduit en anglais en 1933.

[2Quatre des cinq tomes sont déjà numérisés et disponibles sur Gallica. Une nouvelle édition a paru en 2002. Voir la bibliographie.

[3Je parlerai rapidement plus loin de ces contradicteurs. Alexandre Farnoux, un de ses commentateurs modernes, assimile Reinach à Frazer et ne voit pas le caractère systématique et l’originalité de sa théorie. Je pense, notamment, à son article, « Salomon Reinach anthropologue : l’homme récapitulé », in Sophie Basch, Michel Espagne et Jean Leclant (dir.), Les Frères Reinach, Paris, AIBL, 2008, p. 21-39. Hervé Duchêne, quant à lui, présente une lecture beaucoup plus complexe et juste dans la préface qu’il a consacrée à Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Paris, Robert Laffont, 2002, p. I-lxxxi (et plus particulièrement, p. lxiv-lxxvi).

[4Les résultats de ces recherches seront publiés par Salomon Reinach et Edmond Pottier, La nécropole de Myrina, Paris, Thorin, 1887 (en deux tomes).

[5Salomon Reinach, Orpheus, histoire générale des religions, Paris, Picard, 1909, p. 4.

[6L’histoire de cette notion, très en vogue au début du XXe siécle, est trés complexe et je ne peux ici l’exposer en détail. Voir, à ce sujet, Frederico Rosa, L’Âge d’or du totémisme, histoire d’un débat anthropologique (1887-1929). Paris, CNRS, 2003.

[7Salomon Reinach, Orpheus, histoire générale des religions, Paris, Picard, 1909, p. 117.

[8Salomon Reinach, « La Mort d’Orphée », in : id., Cultes, mythes et religions, Paris, Robert Laffont, 2002, p. 527-554.

[9Voir James Frazer, “Observations on Central Australia totemism”, Journal of the Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland, nouvelle série, vol. 1, p. 281-287.

[10Émile Durkheim, Œuvres, t. 1 - Les Formes élémentaires de la vie religieuse (édition par Myron Achimastos), Paris, Garnier, 2015.

[11Salomon Reinach, « Émile Durkheim – Les Formes élémentaires de la vie religieuse », Revue archéologique, t. XX, juillet-décembre 1912, p. 182.

[12Jules Toutain, « L’histoire des religions et le totémisme », in Id., Études de mythologie et d’histoire des religions antiques, Paris, Hachette, 1909, p. 56-80.

[13Pour une étude des critiques d’Henri Hubert à Reinach et à Durkheim, voir Rafael Faraco Benthien et Christine Lorre, « Entre sociologues et anthropologues, la position d’Henri Hubert envers le totémisme », in : Jean-François Bert (dir.), Rafael Faraco Benthien, Christine Lorre et Nicolas Meylan, Henri Hubert et la sociologie des religions, Liège, Presses universitaires de Liège, 2015, p. 249-259.

[14Émile Durkheim, « Lettres d’Émile Durkheim à Salomon Reinach » (éditées par Rafael Benthien), Durkheimian Studies, vol. 16, 2010, p. 1-35 (et, en particulier, la lettre datée de 26 octobre 1912).

[15Jacques Le Rider, « Freud, lecteur de Salomon Reinach – Reinach, juge du ‘freudisme’ », in Sophie Basch, Michel Espagne et Jean Leclant (dir), Les Frères Reinach, Paris, AIBL, 2008, p. 339-346 ; et aussi Hervé Duchêne, qui, quant à lui, présente une lecture beaucoup plus complète dans la préface qu’il a consacrée à Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Paris, Robert Laffont, 2002, p.lxxvi-lxxxi.

[16Marc Bloch, Les Rois thaumaturges, Paris, A. Colin, 1961 [1924] (notamment, le chapitre II, sur l’origine du pouvoir guérisseur des rois).

[17Joseph Déchelette, « Le culte du soleil aux temps préhistoriques », Revue archéologique, t. XIV, juillet-décembre 1909, p. 306-357.

[18Il nous manque une analyse approfondie de la morphologie de la Revue archéologique et du rôle qu’y a joué Reinach en matière de recrutement et de programme. Et pourtant, il y a recensé et discuté presque tout ce qui était en rapport avec la sociologie et l’anthropologie anglaise, en faisant aussi paraître des notices nécrologiques de Durkheim, de Robert Hertz, d’Henri Hubert, entre autres. Pour un texte qui touche à ces questions, mais plutôt centré sur la personnalité scientifique d’Henri Hubert, voir Rafael Faraco Benthien, « Sociologue et archéologue, Henri Hubert à la lumière de ses compte rendus », in : Laurence Dahan-Gaida (dir.), Circulation des savoirs et reconfiguration des idées. Perspectives croisées : France-Brésil, Lillie, Presses universitaires du Septentrion, 2016, p. 281-297.

[19Voir, à ce sujet, les comptes rendus des scéances de l’IFA, sur Gallica (1911-1913 ; 1914)

[20Sur l’IFA, cf. Christine Laurière, « L’Institut français d’anthropologie (1910-1958), un long fleuve tranquille ? Vie et mort d’une société savante au service de l’ethnologie », in Christine Laurière (dir.), 1913. La recomposition de la science de l’Homme, Les Carnets de Bérose, n°. 7, Paris, IIAC-Lahic, 2015, p. 89-110 (en ligne : http://www.berose.fr/IMG/pdf/1913_30_04.pdf) et Filippo Zerelli, Il lato oscuro dell’etnologia. Il contributo dell’antropologia naturalista al processo di instituzionalizzazione degli studi etnologici in Francia, Roma, CISU, 1998, spécialement p. 91-100 (concernant l’IFA et Paul Rivet). Voir aussi, sur un plan général, Victor Karady, « Le problème de la légitimité dans l’organisation historique de l’ethnologie française », Revue française de sociologie, XXIII, 1982, p. 17-35 et, du même auteur, « Durkheim et les débuts de l’ethnologie disciplinaire », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 75, n° 1, p. 23-32 .