> Les Carnets de Bérose 

Le folklore espagnol, entre ambition fédératrice et utopie républicaine

Mercedes GARCÍA PLATA-GÓMEZ

Les Carnets de Bérose, n° 10, Lahic / DPRPS-Direction générale des patrimoines, 2018

En 1881, Antonio Machado y Álvarez (1846-1893) s’inspire des modèles européens, en particulier des postulats théoriques et de l’organisation institutionnelle de la Folk-Lore Society, pour promouvoir l’institutionnalisation des savoirs ethnographiques en Espagne. Élevé au sein d’une famille marquée par le patriotisme libéral, l’engagement progressiste et scientifique ‒ il est le fils de l’introducteur de Darwin en Espagne ‒, ce double héritage façonne sa conception de la discipline folklorique et de son approche. Ses convictions républicaines de teinte fédéraliste l’incitent non pas à choisir le modèle de société centralisée des Britanniques, mais à constituer un réseau fédéral de sociétés régionales de folklore, mieux adapté, selon lui, à la réalité culturelle et territoriale espagnole. Son amour du peuple ‒ son premier nom de plume était Demófilo (l’ami du peuple) ‒ imprègne également sa démarche méthodologique. Son outil emblématique est la constitution de cartes topographiques traditionnelles qui présentent, à ses yeux, un double avantage : rechercher dans la mémoire traditionnelle les sources d’une histoire plus démocratique, mettre en relation territoire et histoire afin de faire émerger la diversité culturelle territoriale, entendue comme source de cohésion et de régénération. Son ambition fédératrice se traduit aussi sur le front européen, puisqu’il propose à ses condisciples Giuseppe Pitrè, Teófilo Braga et Paul Sébillot le projet de fonder une confédération des sociétés folkloriques des pays latins, envisagée comme contrepoids progressiste et démocratique à la conception de la discipline des Britanniques.
Cet ouvrage replace ainsi l’homme, sa trajectoire intellectuelle et son modèle folklorique populaire et idéaliste, tant dans l’histoire culturelle de l’Espagne du XIXe que dans l’histoire des savoirs ethnographiques en Europe.

Cet ouvrage est le dixième volume des Carnets de Bérose, une collection éditée électroniquement par le Lahic et le département du Pilotage de la recherche et de la politique scientifique de la Direction générale des patrimoines (ministère de la Culture).

En 1881, Antonio Machado y Álvarez (1846-1893) se inspira en los modelos europeos, en particular en los supuestos teóricos y la organización institucional de la Folk-Lore Society, para promover la institucionalización del folklore como disciplina en España. Sin embargo, su herencia familial, marcada por el patriotismo liberal, el compromiso progresista y científico ‒ es hijo del introductor de Darwin en España ‒, determina su concepción y su planteamiento folcloristas. Su republicanismo de corte federalista lo conduce a no elegir el modelo británico de sociedad centralizada, sino a crear una red federal de sociedades folklóricas regionales, más adaptada, en su opinión, a la realidad cultural y territorial española. La simpatía por el pueblo del que eligió como seudónimo Demófilo también impregna su enfoque metodológico : su herramienta emblemática es la creación de mapas topográficos tradicionales que, según él, presentan la doble ventaja de buscar en la memoria tradicional las fuentes de una historia más democrática, conectando territorio e historia, y de poner de realce la diversidad cultural territorial, entendida como fuente de cohesión y regeneración. Su ambición unificadora también se refleja en el proyecto que propone a sus condiscípulos Giuseppe Pitrè, Teófilo Braga y Paul Sébillot para fundar una confederación de sociedades folclóricas de los países latinos, concebida como un contrapeso progresista y democrático al concepto británico de la disciplina.
Este libro sitúa así al hombre, su trayectoria intelectual y su modelo popular e idealista tanto en la historia cultural de la España del siglo XIX como en la historia del conocimiento etnográfico en Europa.


Hispaniste, Mercedes GARCÍA PLATA-GÓMEZ est maître de conférences habilitée à diriger des recherches à l’Université de la Sorbonne Nouvelle (USPC) et membre du Centre de recherche sur l’Espagne contemporaine (EA 2292). Elle participe aussi activement à l’encyclopédie en ligne Bérose depuis 2015. Ses derniers travaux portent sur la circulation des idées scientifiques et leur adaptation à de nouveaux contextes, en Espagne au XIXe siècle, en s’intéressant plus particulièrement aux questions de l’institutionnalisation des savoirs ethnographiques et de leur mobilisation au service de la construction d’un imaginaire national, ainsi qu’aux débats et aux enjeux liés à l’introduction du paradigme évolutionniste.

Mercedes GARCÍA PLATA-GÓMEZ es hispanista, profesora titular de la Universidad de la Sorbonne Nouvelle (USPC) y miembro del Centre de recherche sur l’Espagne contemporaine (EA 2292). También ha participado activamente en la enciclopedia virtual Bérose desde 2015. Sus últimos trabajos se centran en la circulación de las ideas científicas y su adaptación a nuevos contextos en la España del siglo XIX, prestando especial atención a la institucionalización del folclore como disciplina y a su movilización para influir en la construcción de un imaginario nacional, así como a los debates y retos relacionados con la introducción del paradigma evolucionista.