« Le Jason de l’anthropologie : vie, œuvre et legs de Bronislaw Malinowski »

par Michael W. Young

The Australian National University


2018

Pour citer cet article

Young Michael W., 2018. « Le Jason de l’anthropologie : vie, œuvre et legs de Bronislaw Malinowski » in Bérose, Encyclopédie en ligne sur l’histoire de l’anthropologie et des savoirs ethnographiques, Paris, Lahic-iiac, UMR 8177.

Personnalité charismatique, d’humeur inégale, parfois mordante, Malinowski avait le don de susciter des controverses autour de lui [1]. Père fondateur de l’anthropologie sociale britannique, il fut un pionnier des méthodes de terrain modernes, réinventa l’ethnographie en tant que genre littéraire, promut l’anthropologie appliquée en Afrique et contribua à de nombreux débats, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’académie. Son corpus bibliographique sur les Trobriandais représente sa réussite la plus durable et compte parmi les récits ethnographiques les plus exhaustifs et les plus connus à l’échelle mondiale. Ses directives sur le travail de terrain sont devenues un axiome, une « charte » pour tous ceux qui, dans les générations suivantes, devaient passer par ce rite de passage astreignant et souvent traumatique. L’œuvre de Malinowski continue de stimuler, de provoquer, d’inviter à des relectures. Et tant que les anthropologues continueront de vivre parmi les communautés qu’ils étudient, ils continueront aussi d’être guidés, ne serait-ce que tacitement, par ses idées concernant l’interdépendance fonctionnelle des phénomènes socioculturels qu’ils observent. C’est sous le label du fonctionnalisme, dans l’interprétation que Malinowski lui a donné, que ses méthodes pionnières, ses écrits phare et son enseignement très inspirant ont révolutionné la discipline.

De Cracovie à Londres

Fils unique, Bronislaw Kasper Malinowski naît en 1884 à Cracovie, capitale de la Galicie, région polonaise appartenant à l’empire austro-hongrois. Ses parents sont des membres de la noblesse polonaise appauvrie, de confession catholique, une affiliation religieuse à laquelle renoncera le jeune Bronislaw. Son père, distingué professeur de philologie slave dans la très ancienne université Jaguellonne de Cracovie, meurt quand son fils a quatorze ans. La scolarité de Malinowski est interrompue par des problèmes de santé récurrents ; et sa mère, qu’il vénère, se charge alors de son instruction. Ensemble, ils partent dans plusieurs pays méditerranéens à la recherche d’un climat plus favorable à sa constitution fragile. À l’âge de seize ans, Malinowski parle plusieurs langues et arbore une allure cosmopolite qui révèle déjà son goût pour l’ailleurs. À l’exemple de son compatriote Józef Korzeniowski, alias Joseph Conrad (1857-1924) – le célèbre romancier qui avait quitté sa terre natale pour s’engager dans la marine marchande française, puis britannique – Malinowski expliquera son attrait enthousiaste pour l’exotique en évoquant son expérience précoce des différences culturelles.

C’est à l’université Jaguellonne qu’il étudie la philosophie, la physique et les mathématiques, obtenant en 1908 son doctorat avec la mention la plus honorable. La Cracovie du début du siècle est un épicentre de la vie intellectuelle et artistique, accueillant le mouvement moderniste Jeune Pologne (Mloda Polska), qui promeut l’érotisme et la « folie sensuelle ». Parmi les figures d’avant-garde les plus influentes pendant cette période de la vie de Malinowski, on se doit d’évoquer l’artiste-peintre surréaliste, dramaturge et romancier, Stanislaw Ignacy Witkiewicz (1885-1939), qui signe Witkacy. Ils développent une relation à la fois intime, passionnée et compétitive, tout en partageant leurs exploits sexuels. Surpassé par le génie artistique de son ami, Malinowski dirige ses propres ambitions créatives vers la science. Sa brillante thèse sur le positivisme d’Ernst Mach (1838-1916), intitulée « Sur le principe d’économie de pensée », contient les germes de sa doctrine fonctionnaliste. Marchant sur les pas de son père, il passe une année à l’université de Leipzig, où il renonce à la physico-chimie pour se consacrer à la Völkerpsychologie de Wilhelm Wundt (1832-1920) et à l’histoire économique de Karl Bücher (1847-1930). Si la lecture du célèbre Rameau d’or de James Frazer (1854-1941) est l’étincelle qui avait enflammé, dès sa jeunesse, son intérêt pour l’anthropologie, il sait dorénavant qu’il doit lui-même devenir anthropologue.

En mars 1910, Malinowski part à Londres afin de poursuivre ses études à la London School of Economics dans les domaines de l’ethnologie et de la « sociologie primitive », sous la direction de Charles G. Seligman (1873-1940) et d’Edward Westermarck (1862-1939). Anglophile avoué, il arrive à gagner l’amitié de Frazer en personne, mais aussi celle d’Alfred C. Haddon (1855-1940) et de W. H. R. Rivers (1864-1922), qui sont, comme Seligman, des vétérans de l’expédition organisée par l’université de Cambridge dans le détroit de Torres (1898-1899). Chacun de ces hommes joue un rôle dans l’avancement de la carrière de Malinowski à ses débuts. En fait, son arrivée en Angleterre a lieu à un moment opportun, prometteur dans l’histoire de l’anthropologie britannique. Ses mentors venaient à peine de professionnaliser la discipline, en faisant appel à des enquêtes ethnographiques plus systématiques. Quoiqu’avec des divergences, ils professaient tous le « culte » du terrain. Haddon et Seligman menaient une ethnographie de sauvetage encore marquée par l’esprit des « questionnaires » du XIXe voulant glaner rapidement un maximum de détails, ce qui engendrait des monographies volumineuses, certes, mais de faible profondeur analytique. Malinowski, quant à lui coupe net avec le siècle précédent, avant même de faire du terrain. En 1913, il publie un ouvrage qu’il avait commencé à rédiger alors qu’il était à Leipzig, The Family among the Australian Aborigines, dont son futur rival, A. R. Radcliffe-Brown (1881-1955), fait l’éloge, le considérant comme un modèle de scientificité. À partir d’une évaluation critique de la littérature ethnographique, cette étude aborde les controverses sur l’origine du mariage et de la famille et cherche à donner le coup de grâce aux dogmes évolutionnistes sur l’existence d’un mariage de groupe chez les aborigènes et sur l’inexistence de la famille nucléaire. La métamorphose de Malinowski sur le terrain sera, par contre, plus graduelle.

La Colchide mélanésienne

En août 1914, quand la guerre éclate, Malinowski se trouve en Australie, d’où il doit partir pour la colonie australienne qu’est alors la Papouasie (ex-Nouvelle-Guinée britannique). Malgré son statut d’étranger ennemi (sujet de l’empire austro-hongrois), on lui permet, avec quelques restrictions, de mener ses recherches. Sous une surveillance assez légère de la part des autorités locales, il finit par y passer un temps de guerre assez pacifique, même s’il est hanté par les nouvelles des terribles évènements qui surviennent en Europe et anéanti par celle, tardivement reçue, de la mort de sa mère en Pologne.

Son premier terrain, auprès de communautés de la côte sud de la Papouasie, dure seulement trois mois et s’éloigne à peine de la méthode ethnographique de Haddon et de Seligman. Avec l’aide des missionnaires locaux et faisant appel à une lingua franca, il se rend compte des limites de ce genre d’enquête. De retour en Australie pour quelques mois, il écrit très vite « The Natives of Mailu  » (1915), un récit structuré de manière conventionnelle, selon les catégories, toujours en vigueur alors, des Notes and Queries in Anthropology. Bien que cette monographie lui assure un financement supplémentaire de la part du gouvernement australien et l’aide à obtenir le titre de docteur de l’université de Londres, il en amoindrit lui-même la valeur, en en parlant comme d’une simple « brochure ».

Malinowski retourne en Papouasie en juin 1915. Et tandis qu’il attend l’arrivée d’un bateau à destination de la côte nord, il décide de faire un saut aux îles Trobriand, dans la partie nord de Massim, une région insulaire que Seligman avait étudiée une décennie plus tôt. Cette décision changera sa vie. Bien qu’il soit circonspect à l’idée de marcher sur les plates-bandes ethnographiques de son mentor, Malinowski se sent intellectuellement captivé par la culture vibrante des Trobriandais. Seligman, de toute façon, ne s’oppose pas à cette initiative. Malinowski mène deux expéditions de deux ans sur ces îles, la première en 1915-1916 et la deuxième en 1917-1918. Cela lui donne l’occasion de mettre en place les règles méthodologiques de son autre maître, son « saint patron du travail de terrain », W. H. R. Rivers. À Kiriwina, l’île principale, il finit par cueillir les fruits d’une enquête à la fois intensive et minutieuse, marquée cette fois par le fait de « vivre vraiment avec les autochtones » jusqu’à maîtriser leur langue.

Il évite le contact avec les colons européens en plantant sa tente dans le village d’un chef local et se rend vite compte que l’observation attentive des activités et des interactions quotidiennes permet d’avoir un aperçu tout à fait inattendu de la vie des gens. Le temps et l’effort consacrés à l’apprentissage de la langue de Kiriwina lui seront rendus sous forme de cadeaux ethnographiques. L’enregistrement de situations concrètes devient une pierre angulaire de sa méthode ethnographique. Il rassemble de vastes données, des généalogies, des cartes esquissées à la main, des plans, des photos, des mensurations, et, surtout, des discours vernaculaires qu’il transcrit directement, à propos de tous les sujets concevables. Il construit aussi des tableaux synoptiques qui lui permettent d’abréger l’information pour mieux en repérer les lacunes, mais aussi les connexions entre les différentes institutions sociales et culturelles. S’il est pour sa part plus enclin à observer qu’à participer aux activités des autochtones, l’« observation participante » sera le mot d’ordre pour les anthropologues qui viendront après lui.

L’ethnographie, immersion dans une culture autre, a un lourd prix psychologique. Le journal que Malinowski tient à Kiriwina (il ne sera publié qu’à titre posthume) révèle de façon poignante les difficultés de cette épreuve solitaire. Une dimension importante de ces cahiers intimes concerne la sexualité. Il s’en dégage une certaine pruderie, ce qui contredit sa réputation de coureur de jupons. En effet, il dépense beaucoup d’énergie émotionnelle à contenir ses pulsions sexuelles sur le terrain. L’angoisse de la souillure lui permet le plus souvent de les freiner ; et s’il succombe occasionnellement à la tentation de « peloter » de séduisantes « sirènes » trobriandaises, ce n’est jamais sans éprouver des remords ni sans se flageller. Les scrupules moraux de Malinowski lui viennent en partie d’une croyance sincère dans la dimension spirituelle du rapport sexuel et de son adhésion à l’idée défendue par l’anthropologue évolutionniste Ernest Crawley (1867-1924) pour lequel « le sexe est dangereux ».

Dans son journal intime, Malinowski enregistre chaque jour ses dilemmes moraux et ses échecs, mais également ses réussites. Et surtout, il prend conscience qu’un tel exercice est le pendant indispensable de son ethnographie, qu’il l’aide à aiguiser sa compréhension de la vie des autochtones, le rapprochant de l’objectif final de l’ethnographe : saisir leur point de vue, leur Weltanschauung.

Malinowski interrompt son terrain et fait une longue pause de vingt mois à Melbourne. C’est alors qu’il fait la cour à Elsie Rosaline Masson (1890-1935), fille d’un éminent professeur de chimie écossais. Il finira par l’épouser et ils auront trois filles. Bien qu’il souffre de problèmes de santé récurrents, cet épisode australien s’avère productif. Malinowski y rédige « Baloma : the Spirits of the Dead in the Trobriand Islands », qu’il publie en 1916. Méthodologiquement sophistiqué, ce traité sur la sociologie de la religion trobriandaise est consacré aux fondements idéologiques de la parenté matrilinéaire et de la négation de la paternité physiologique.

Pendant sa deuxième expédition dans les Trobriand, entre 1917 et 1918, Malinowski se concentre sur la vérification, la validation et l’élargissement des données qu’il a collectées pendant son précédent séjour. Il transcrit des pièces de littérature orale et consolide sa maîtrise de la langue vernaculaire.

La toison d’or moderne

Quand la guerre touche à son terme, Malinowski retourne en Australie « chargé de matériaux comme un chameau ». Au début de 1920, il reprend le chemin de l’Europe avec sa fiancée – et avec son trésor ethnographique. Après de brefs séjours en Écosse et en Pologne, où Malinowski décline l’offre d’un poste d’enseignant à l’université Jaguellonne, le couple s’installe pour quelques mois à Tenerife, la plus grande île de l’archipel des Canaries. C’est là qu’il achève sa monographie classique, Argonauts of the Western Pacific (1922). S’il a d’abord envisagé de transformer ses notes de terrain en un volume exhaustif, il abandonne ce projet gigantesque et décide de produire une série de monographies thématiques. La première est un récit riche de détails sur les voyages en canoë reliant les Trobriand à d’autres archipels de Massim à travers le circuit kula, marqué par les échanges cérémoniels de colliers et de bracelets en coquillage. Il invite le vénérable James Frazer à écrire la préface, ce qui contribue au lancement réussi des Argonautes. L’ouvrage ne sera pas un best-seller comparable au Rameau d’or, mais sera constamment réédité – jusqu’à aujourd’hui.

Dans cette monographie « trobriandaise » (comme dans les suivantes), Malinowski s’efforce à l’honnêteté scientifique à travers une séparation de principe entre ce qui est de l’ordre des faits et ce qui est de l’ordre de l’opinion. Il se fait le plus souvent un devoir de dire à ses lecteurs de quels événements il a été témoin ou non, faisant du sens de sa vision un argument d’autorité. L’ouvrage est sans précédent. L’intention explicite de Malinowski est d’élever l’ethnographie au rang d’un art professionnel. Son ouvrage, Argonauts of the Western Pacific, qui compte parmi ses plus beaux écrits ethnographiques, est une savante combinaison de descriptions coloriées, d’anecdotes réflexives, de commentaires autochtones, enrichis de remarques théoriques. Lui qui rêvait d’être le Joseph Conrad de l’anthropologie, aura plutôt été son Émile Zola.

Les Argonautes sont aussi un texte fondateur de l’anthropologie économique et peuvent être lus comme une critique théorique des visions courantes sur l’homo œconomicus primitif, une « créature imaginaire, factice », mue par un intérêt personnel bien compris. Malinowski y introduit une dimension morale ; il veut que son récit du kula (qu’il voit comme la plus haute expression de la notion de valeur des Trobriandais) déconstruise cet épouvantail et dissipe les conceptions rationalistes de l’humanité primitive. Bien qu’il ait conçu les Argonautes avant de développer ses thèses fonctionnalistes à proprement parler, la stratégie méthodologique de Malinowski consiste à lier la magie au mythe et tous les deux à l’activité économique pour démontrer l’interdépendance des institutions sociales. Et en ce sens on peut dire que l’ouvrage est fonctionnaliste. Du point de vue théorique, sa stratégie consiste, non seulement à dévoiler la Weltanschauung des Trobriandais, mais aussi à faire le pont entre leur culture et le reste de l’humanité.

En tout cas, les Argonautes marquent, à côté de The Andaman Islanders, de Radcliffe-Brown, également publié en 1922, un changement de paradigme décisif pour l’anthropologie britannique, par le biais duquel les spéculations évolutionnistes et diffusionnistes sur le passé de l’humanité cèdent la place à une anthropologie sociale du présent, axée sur des monographies articulant d’une façon ou d’une autre les données ethnographiques et la réflexion théorique. La révolution qu’envisage Malinowski passe par une attaque frontale contre les vieux « antiquaires » : le travail de terrain intensif devait transformer la collection désuète d’« us et coutumes » en analyse sociologique des institutions. Chaque domaine ethnographique – la magie et la religion, la mythologie, la langue, la loi, la sexualité, la parenté, le mariage et la famille – entre dans la visée de cette tactique consistant à présenter les données de première main dans toute leur complexité, dans toute leur profondeur, ce qui ne peut que désarmer les anthropologues vieux jeu que vise Malinowski.

Les fonctions du maître

L’ascension de Malinowski à l’université de Londres est rapide. Dès 1922 il est nommé maître de conférences à la London School of Economics, et il sera titulaire de la chaire de « Social Anthropology » en 1927. Professeur stimulant, il forme toute une génération d’anthropologues à travers son séminaire parfaitement socratique. Ses cours sont électrisants et attirent des étudiants, de formations diverses, venus de tous les continents, qui contribuent à l’effervescence des idées. Malinowski emploie ce que son disciple, puis collègue Raymond Firth (1901-2002) appellera une « thérapie de choc intellectuelle », poussant les étudiants à penser par eux-mêmes. Sa passion, son charisme, et même ses états d’âme inspirent la loyauté inébranlable des uns ou suscitent l’antipathie des autres – aucun de ses étudiants ne reste indifférent à sa personnalité. Les plus talentueux d’entre eux, une fois établis, à leur tour, dans des postes clés en Grande-Bretagne ou dans l’empire, donneront à l’anthropologie sociale sa physionomie intellectuelle distinctive. On peut donc dire que Malinowski a créé une école d’anthropologie sociale cohérente, qui rayonnera pendant toute une génération.

L’une de ses leçons consiste à montrer que la description des « réalités invisibles » d’une culture dépend de la compréhension de l’interdépendance de ses institutions. C’est dans les séminaires de la London School of Economics, et plus exactement à partir de 1926, qu’il développe le fonctionnalisme en tant qu’il sera sa « marque déposée ». Pour effectuer une démonstration théorique à partir de cas empiriques, il utilise des tableaux synoptiques. Sa thèse ne décrète pas seulement que tous les éléments culturels, comme la famille, la sexualité, la loi, l’économie, ou la politique, sont intégralement liés entre eux ; elle dévoile que leur but ultime est de satisfaire des besoins biologiques, concluant en fin de compte que l’homme est un animal culturel qui fait de la culture un outil propre à répondre à cette nécessité. En tout cas, l’objectif déclaré de Malinowski en élaborant sa théorie fonctionnaliste est de découvrir des lois et des régularités sous-jacentes à la vie sociale, ce qui suppose l’existence d’universaux culturels.

Son fonctionnalisme a aussi une dimension méthodologique, dans le sens où c’est une théorie qui, tout en étant inspirée du travail de terrain, façonne à son tour la praxis ethnographique. C’est une approche, soutient Malinowski, « qui ne commence sur le terrain que pour y retourner ». L’observation empirique, dit-il à ses disciples, est la principale activité scientifique de l’anthropologie, encore une fois en contraste avec les courants précédents. C’est à travers l’observation sur le terrain que le chercheur peut vérifier comment « marche » une coutume ou une institution, ce qui permet de saisir à quoi elle sert. Là réside, selon lui, la voie d’accès à leur sens et à leur raison d’être. Il apprend à ses élèves que les faits ne sont pas indépendants de la théorie, et que c’est notamment la théorie fonctionnaliste qui fournit les critères de ce qui est pertinent à observer, à sélectionner et à enregistrer. Elle permet aussi de diriger l’ethnographe vers de nouvelles enquêtes qui, à leur tour, susciteront de nouvelles questions. En tout cas, le fonctionnalisme en tant que doctrine ethnographique exige que toutes les données soient pleinement mises en contexte, c’est-à-dire qu’elles soient traitées selon une perspective holiste. La théorie de Malinowski devient un antidote contre les méthodes comparatives héritées du XIXe, qui dissociaient souvent les coutumes de leurs contextes respectifs, sous prétexte de procéder à la reconstitution d’un passé lointain. Il met en définitive l’accent sur les recherches synchroniques, car l’anthropologue doit étudier la fonction d’une institution dans le contexte social présent et vivant. Dans son enthousiasme, Malinowski se voit lui-même comme un prophète, et s’autoproclame « parrain et porte-drapeau de l’école fonctionnaliste », inventeur d’une nouvelle méthode en vue de refondre la science anthropologique.

Le fonctionnalisme de Malinowski fait ses preuves en tant qu’outil ou prescription méthodologique pour collecter les données, comme en témoignent ses propres monographies « trobriandaises ». Chacune d’entre elles est consacrée à un complexe institutionnel : l’échange cérémoniel du kula (Argonauts of the Western Pacific, 1922) ; la cour, le mariage et la famille (The Sexual Life of Savages, 1929) ; l’horticulture, la propriété foncière et l’idiome de la magie (Coral Gardens and their Magic, 1935). Après les Argonautes, Malinowski publie Crime and Custom in Savage Society (1926), un petit livre pionnier qui décrit les rouages des mécanismes quasi légaux des îles Trobriand. Son aperçu analytique de la « force contraignante de la réciprocité » dans les échanges quotidiens et son utilisation innovante de la méthode des cas posent les fondements de ce qui deviendra l’anthropologie juridique et exercent une influence durable. Sa contribution conceptuelle à l’anthropologie est donc repérable dans les domaines de la parenté et du mariage, de la magie et de la religion, de l’économie, de la pragmatique linguistique et du droit comparé, en particulier dans les sociétés « sans codes, sans tribunaux et sans gendarmes ». Dans Crime and Custom in Savage Society, Malinowski met en effet l’accent sur la fonction, non sur la forme, de la loi, sans cacher « le côté sordide de la loi sauvage ».

La dimension théorique du fonctionnalisme de Malinowski est rendue plus explicite dans un ouvrage publié à titre posthume, A Scientific Theory of Culture (1944). L’anthropologie, véritablement la science de l’Homme, ne pouvait qu’être la science de la culture, cherchant à développer les mesures appropriées pour comparer les cultures entre elles. Tout en reconnaissant que la diversité culturelle demeurait la raison d’être de l’anthropologie, l’intérêt scientifique de Malinowski penche ici vers la recherche de ce qu’il appelle « l’identité sous-jacente » (« underlying sameness ») des cultures. Une culture est un dispositif complexe pour répondre aux besoins humains, individuels et sociaux. À partir de la satisfaction des besoins primaires (tels que la nourriture, la sexualité et l’abri), elle produit des besoins culturels dérivés, qui à leur tour produisent des besoins de troisième ordre. Les critiques n’épargneront guère ce « système » formaliste et instrumental, dans la construction duquel Malinowski s’est pourtant beaucoup investi [2]. Si son fonctionnalisme survit en tant méthode, sa réputation en tant que théorie ambitieuse est largement discréditée.

Aux antipodes du complexe d’Œdipe

Malinowski publie deux ouvrages au sujet de la sexualité, extrêmement influents et largement inspirés de ses lectures de Freud (1856-1939) et de Havelock Ellis (1859-1939). Sex and Repression in Savage Society (1927) est un travail polémique, qui applique les idées psychanalytiques à ses propres découvertes, qu’il utilise pour contester le dogme freudien de l’universalité du complexe d’Œdipe. Malinowski soutient que, en raison des règles de filiation matrilinéaire, la configuration émotionnelle de la famille trobriandaise assure que c’est le frère de la mère, et non pas le père, qui devient la figure d’autorité mal supportée, haïe ; et que c’est la sœur, et non pas la mère, qui fait l’objet du désir incestueux du garçon. Ernest Jones (1879-1958), épigone britannique de Freud, conteste cette vision des choses en arguant que le complexe de la famille nucléaire trobriandaise n’est qu’un écran défensif contre la reconnaissance de tendances œdipiennes primordiales. Malinowski rejette poliment cette notion de « répression réprimée » comme n’étant que de la « métaphysique » et poursuit son chemin. Il reprend l’écriture de The Sexual Life of Savages (1929), un récit culturel de la sexualité trobriandaise, conçu sous l’influence de Havelock Ellis, qu’il rencontre à travers Westermarck. Ellis suggère que Malinowski, en tant que Polonais, n’est pas soumis aux « traditions du puritanisme anglo-saxon », et il accepte d’en écrire la préface, alors que Westermarck décline l’invitation à en faire la postface.

Avec son titre provocateur, c’est encore un ouvrage controversé, autour d’une minutieuse ethnographie de la cour, du mariage et de la vie domestique chez les Trobriandais. Tout en évitant la pornographie, il contient suffisamment d’ingrédients érotiques et émoustillants pour que les libraires l’enveloppent dans du cellophane avant de le présenter en vitrine. Malinowski y démontre comment une sexualité culturellement codée « fonctionne » dans une société matrilinéaire. Il utilise ses données trobriandaises pour discuter un certain nombre de questions, telles que la régularité des rapports sexuels, la stérilité chez les adolescents, l’ignorance de la paternité physiologique ou encore l’inceste, ce qui lui permet de mettre en échec aussi bien les débats évolutionnistes récurrents, focalisés sur les origines, que l’ethnocentrisme de la psychanalyse. Il démontre que la prétendue sexualité licencieuse des adolescents trobriandais (tout comme celle attribuée à d’autres « primitifs ») ne donne pas lieu à une promiscuité débridée, mais qu’elle est plutôt circonscrite et soumise à des règles, et ceci pour conclure que la culture l’emporte sur la biologie en assurant que la sexualité est assujettie à un contrôle social. En passant, l’ouvrage est une attaque voilée, mais subversive, dirigée contre l’hypocrisie et la pruderie sexuelles euro-américaines. Dans l’ambiance post-victorienne, aux mœurs en pleine évolution, il a un effet libérateur et ouvre la voie à d’autres anthropologues, qui publieront des monographies sexuellement explicites, comme Raymond Firth, Isaac Schapera (1905-2003), et l’ex-missionnaire et indianiste Verrier Elwin (1902-1964).

Il faut aussi dire que Malinowski collabore avec le British Social Hygiene Council, un organisme d’État qui lutte contre la transmission des maladies sexuellement transmissibles. Mais vers 1932, faisant son mea culpa pour avoir publié trop d’ouvrages sur ce sujet, Malinowski déclare qu’il y a « trop de sexe » dans l’anthropologie. Alors que le manuscrit de Coral Gardens and their Magic est presque achevé, il annonce, peut-être pour sa propre convenance, que la préoccupation centrale des Trobriandais est la nourriture, et non la sexualité. Il est vrai que, après cette date, il n’écrit plus que très peu sur ce sujet, ou encore sur la parenté, le mariage et famille, et qu’il refuse qu’on lui colle l’étiquette de « sexologue » [3]. Coral Gardens and their Magic (1935) traite de manière exhaustive des pratiques horticoles et des rites qui les accompagnent, des bases mythologiques et politiques de la propriété foncière, et de l’idiome poétique de la magie. L’ouvrage est dédié à sa femme. Et c’est justement en 1935, au bout d’une longue et débilitante maladie, que meurt Elsie, juste avant la sortie de cette dernière monographie « trobriandaise ». Anéanti, Malinowski demeure seul avec la charge de leurs trois filles.

« L’autochtone a encore besoin d’aide » : un humaniste en Afrique

Pendant ses années à Londres, assez prolifiques, Malinowski diffuse ses théories dans de nombreux essais, des comptes rendus, des articles d’encyclopédie, tout comme dans de longues préfaces aux ouvrages de ses étudiants. Il travaille très dur, en donnant des cours, en écrivant, en exprimant ses opinions sur de multiples sujets sociaux contemporains : le mariage et la famille, le divorce, la moralité sexuelle, le contrôle de la natalité, la religion, la race et la guerre. Il collabore avec le Mass Observation, qui cherche à produire une base de données sur les mœurs quotidiennes en Grande-Bretagne, à travers des questionnaires et des enregistrements anonymes. Cette organisation fondée en 1937 adopte un mot d’ordre fabriqué par Malinowski : « anthropology begins at home » (l’anthropologie commence chez nous). Il gagne une notoriété populaire en tant qu’essayiste controversé, expert plein d’esprit et distrayant, qui marque sa présence dans des émissions radiophoniques. Il obtient la nationalité britannique en 1931.

Parmi ses étudiants à la London School of Economics, on compte des missionnaires et des fonctionnaires de l’administration coloniale qui, travaillant en Afrique, en Asie ou en Océanie, désirent se consacrer à l’étude des systèmes traditionnels du mariage, de l’initiation masculine ou féminine, de la sexualité exotique. Il collabore par ailleurs avec l’Institut international des langues et civilisations africaines et devient l’une des figures les plus influentes au sein de cette institution fondée à Londres en 1926 sous la direction tripartite de l’administrateur colonial Frederick Lugard (1858-1945), du linguiste allemand Diedrich Hermann Westermann (1875-1956) et de Maurice Delafosse (1870-1926). Outre qu’il publie la prestigieuse revue Africa, l’Institut promeut des recherches sur les cultures et les langues africaines dans un but éminemment pratique, à la fois d’amélioration du sort des populations colonisées et de justification de la présence européenne. Malinowski emprunte lui-même cette voie et contribue à son développement. Sous les auspices de cet Institut, il arrive à obtenir le soutien de la Rockefeller Foundation pour concrétiser sa conception d’une science appliquée et sa défense d’une anthropologie du « changing native », d’un « indigène » qui est en train de changer de façon inouïe. Il conçoit un programme d’action sur le terrain qui assure des bourses à ses étudiants. Une cohorte talentueuse de boursiers part en Afrique, tels qu’Audrey Richards (1899-1984), Lucy Mair (1901-1986), Hilda Kuper (1911-1992), Meyer Fortes (1906-1983) et Siegfried Nadel (1903-1956).

Dans la mesure où il concerne les politiques coloniales en Afrique, le travail de Malinowski dans ce domaine représente une deuxième révolution anthropologique. Il exerce son influence, en outre, sur le ministère des affaires coloniales britannique (British Colonial Office) et sur le Conseil missionnaire international (International Missionary Council), fondé en 1921 en vue d’un rapprochement entre les églises chrétiennes engagées dans les colonies. En 1934, Malinowski se rend lui-même en Afrique, notamment en Afrique du Sud et dans l’Afrique orientale britannique. Il rejoint à un moment donné ses étudiants travaillant chez les Bemba et les Swazi, et va jusqu’à faire de brèves enquêtes ethnographiques, entre autres chez les Arusha et les Chagga. Ses écrits « africains », dans une veine d’anthropologie appliquée soucieuse d’atténuer l’impact du colonialisme sur les communautés autochtones, seront soigneusement compilés après sa mort par sa disciple fidèle, Phyllis Kaberry (1910-1977), sous le titre The Dynamics of Cultural Change. An Inquiry into Race Relations in Africa (1945).

Liberté et civilisation

Malinowski s’était déjà rendu aux États-Unis en 1926 : un voyage marqué par l’enthousiasme et financé par la Fondation Rockefeller. Si quelques membres de la puissante école boasienne ne sont pas réceptifs à son message, il en est aussi qui répondent positivement à ses offensives de charme. En tout cas, il est invité à deux reprises à prononcer des cycles de conférences ; et lors de son séjour de 1936, l’université Harvard lui accorde le titre de docteur honoris causa. Il retourne aux États-Unis en 1938, cette fois-ci pour un congé sabbatique à Tucson, décidé principalement pour des raisons de santé. À cette occasion, il se rend dans des réserves indiennes, donne un séminaire à l’université de l’Arizona et encore un cours d’été au Smith College, dans le Massachusetts.

Quand la Deuxième Guerre mondiale éclate, la direction de la London School of Economics lui conseille de rester en Amérique. À la fin de 1939, ses trois filles le rejoignent. Entre 1940 et 1942, afin de compléter ses maigres revenus, il donne des cours du soir à la New School for Social Research, à New York, et accepte un poste de maître de conférences invité à l’université de Yale. Étant lui-même un tenant du réalisme juridique, il y développe des relations constructives avec les membres de la faculté de droit.

En 1940, il se remarie avec la peintre anglaise Valetta Swann (1904-1973), sa compagne depuis quelques années. En 1940 et à nouveau en 1941, ils passent l’été au Mexique, où Malinowski, assisté par le jeune anthropologue mexicain, Julio de la Fuente (1905-1970), fait du travail de terrain sur le système de marché zapotèque de la vallée d’Oaxaca. Bien que la version espagnole de leur rapport pionnier exerce une influence considérable sur les recherches postérieures au sujet des systèmes de marché, The Economics of a Mexican Market System (1982) n’est pas publié du vivant de Malinowski.

Dès l’invasion hitlérienne de la Pologne en septembre 1939, Malinowski participe au grand débat sur le rôle des États-Unis dans la guerre et, à travers des conférences et des articles, mène une campagne pour inciter instamment les Américains à renoncer à leur neutralité et à combattre la machine de guerre allemande. La conflagration ranime le patriotisme polonais qui sommeillait en lui, et il écrit avec passion sur le fléau du totalitarisme et sur la menace du nationalisme endémique dans une série d’essais d’anthropologie de la guerre, qui culmineront avec la publication, à titre posthume, de Freedom and Civilization (1944). Il fait tout ce qu’il peut pour aider de nombreux amis et collègues juifs à échapper à la persécution nazie, mais peine à leur trouver des emplois. En effet, son poste à Yale reste provisoire et ce n’est que tardivement qu’on lui attribue une chaire permanente.

Malgré son immense énergie intellectuelle, les problèmes de santé le hanteront toute sa vie. Un mois après sa nomination définitive à Yale, il meurt d’une crise cardiaque. Le jour précédent, le 16 mai 1942, il prononce le discours inaugural de l’Institut polonais des arts et des sciences en Amérique, dont il avait été élu président. Au moment de sa mort, à l’âge de 58 ans, il est une sommité de la science, un humaniste d’envergure internationale engagé dans le combat contre le totalitarisme.

L’homme et le mythe

Si pendant l’entre-deux-guerres Malinowski domine l’anthropologie sociale en tant qu’étude comparative des sociétés dites « primitives », son départ aux États-Unis contribue à éclipser, du moins temporairement, son influence en Grande-Bretagne. Le structuro-fonctionnalisme durkheimien de Radcliffe-Brown y attire désormais de nombreux ex-disciples de Malinowski. La réputation de l’ancien maître est ravivée à la fin des années 1950, à l’occasion de la publication d’un volume à sa mémoire, Man and Culture (1957), sous la direction de son disciple et successeur, Raymond Firth. La plupart des contributeurs à cet hommage posthume louent les vertus de l’ethnographe incomparable, tout en minimisant le penseur inconsistant et imparfait, que son fonctionnalisme psychologisant avait empêché de saisir la priorité analytique des structures et des systèmes sociaux. Mais même ses disciples les plus critiques reconnaissent ses apports théoriques à des champs aussi divers que la parenté, la psychanalyse, la mythologie, le droit, l’anthropologie économique et l’anthropologie appliquée. Ses contributions dans le domaine de l’anthropologie linguistique, de la sémantique et de l’ethnographie de la parole ont également été novatrices et demeurent une référence, à travers des concepts tels que « communion phatique » et « contexte de situation ».

La publication, en 1967, de son journal intime, du temps des Trobriand, lui a valu un regain de notoriété, mais a aussi relancé la controverse autour de son nom, en ébranlant le mythe qu’il avait créé lui-même, selon lequel il aurait développé des rapports amicaux et décontractés avec les autochtones. A Diary in the Strict Sense of the Term (1967) contribue énormément à la crise morale et épistémologique de l’anthropologie dans le tournant des années 1970, à un moment où les derniers processus de décolonisation attiraient l’attention sur le passé colonial et sur le rôle de « servante de l’impérialisme » qu’avait joué, disait-on, la discipline. Mais si les expressions racistes et les fantasmes sexuels de Malinowski scandalisent beaucoup de lecteurs de son journal, celui-ci demeure un document impitoyablement honnête, profondément introspectif et, en même temps, thérapeutique. Aux États-Unis d’Amérique, cependant, les anthropologues postmodernes parviennent à le mettre au service de leur propres objectifs rhétoriques de déconstruction de l’autorité ethnographique et de dénonciation du positivisme. Il est ironique de constater que Malinowski avait lui-même anticipé, avec un demi-siècle d’avance, la critique postmoderne de l’exotisme, lorsqu’il déplorait, dans son chef-d’œuvre de 1922, l’engouement romantique des anthropologues vis-à-vis du « bizarre » [4]. Quoi qu’il en soit, son « Introduction » aux Argonautes reste incontournable – ce sont sans doute les vingt-cinq pages les plus influentes de toute l’histoire de la discipline. Aussi au XXIe siècle, Malinowski demeure-t-il un ancêtre vénérable et un anthropologue à toute épreuve.

Lectures suggérées :

Conley, John and William M. O’Barr (2002) ‘Back to the Trobriands : The Enduring Influence of Malinowski’s Crime and Custom in Savage Society.’ Law & Social Inquiry 27(4) : 847-874.

Ellen, R., Gellner, E., Kubica, G., & Mucha, J. (Eds.). (1988). Malinowski between two worlds : the Polish roots of an anthropological tradition. Cambridge : Cambridge University Press.

Firth, R. (Ed.). (1957). Man and culture : an evaluation of the work of Bronislaw Malinowski. London : Routledge & Kegan Paul.

Firth, Raymond. 1981. “Bronislaw Malinowski.” In Totems and Teachers : Perspectives on the History of Anthropology, edited by S. Silverman, 101–104. New York : Colombia University Press.

Lyons, Andrew P., and Harriet D. Lyons. 2004. Irregular Connections : A History of Anthropology and Sexuality. Lincoln : University of Nebraska Press.

Stocking, G. W. Jr. (1996). After Tylor : British social anthropology. Wisconsin : University of Wisconsin Press.

Thornton, R.J. & Skalnik, P. (1993). The early writings of Bronislaw Malinowski. Cambridge : Cambridge University Press.

Tuzin, Donald. 1994. “The Forgotten Passion : Sexuality and Anthropology in the Ages of Victoria and Bronislaw.” Journal of the History of the Behavioural Sciences, 30 : 114–137.

Wayne, Helena. 1985. “Bronislaw Malinowski : The Influence of Various Women on his Life and Works.” American Ethnologist, 12 : 529–540.

Young, M. W. (Ed.). (1979). The ethnography of Malinowski : the Trobriand Islands, 1915-18. London : Routledge.

Young, M.W. (Ed.) (1988). Malinowski among the Magi : ‘The natives of Mailu.’ London : Routledge.

Young, M.W. (2004). Malinowski. Odyssey of an anthropologist, 1884-1920. New Haven : Yale University Press.




Notes

[1Traduit de l’Anglais par Frederico Delgado Rosa et révisé par Annick Armaud.

[2Aux États-Unis (voir ci-dessous), sous l’influence du behaviorisme de ses collègues de l’université de Yale, Malinowski essaye de perfectionner sa théorie, mais ne fait que la rendre plus compliquée, peu maniable, voire vide de sens.

[3Toutefois, il reste en contact avec plusieurs réformateurs sexuels dont il est devenu l’ami, comme Marie Stopes et Margaret Sanger, Dora et Bertrand Russell, Aldous Huxley, et Wilhelm Reich, tout comme Havelock Ellis.

[4En 1984, le centenaire de la naissance de Malinowski suscite encore un réexamen de son legs, surtout, cette fois-ci, de la part de savants polonais cherchant à réhabiliter son nom dans son pays d’origine, où il s’est vu accoler par le régime communiste l’étiquette infamante d’anthropologue bourgeois, réactionnaire et occidentalisé.