Emmanuel Cosquin à Giuseppe Pitrè. Correspondance

Transcrite par Christelle Ventura

La correspondance d’Emmanuel Cosquin à Giuseppe Pitrè, le folkloriste palermitain directeur de la revue Archivio per lo studio delle tradizioni popolari comprend 7 lettres, de 1886 à 1914, concernant essentiellement la parution d’un compte rendu des Contes populaires de Lorraine dans l’Archivio.

Lettre 1

Vitry-le-François, 3 novembre 1886

Monsieur,

Notre ami commun, Monsieur Gaston Paris, m’engage à vous faire hommage d’un livre que je viens de publier sur la littérature populaire, et notamment sur l’origine des contes populaires européens.
Je serais très heureux, Monsieur, si mes deux volumes de Contes populaires de Lorraine, pouvaient vous intéresser, et je vous serais extrêmement reconnaissant si vous aviez la bonté d’en dire un mot dans votre Archivio.
Veuillez agréer, Monsieur, avec mes remerciements anticipés, l’expression de mes sentiments les plus respectueux.
Emm. Cosquin
À Vitry-le-François
Marne
France

Lettre 2

Vitry-le-François (Marne)
9 mai 1888

Monsieur,
Le 11 novembre 1886, vous m’avez fait l’honneur de m’écrire que vous aviez l’intention de publier dans l’Archivio della tradizioni popolari, un compte-rendu de mes Contes populaires de Lorraine.
Jusqu’à présent, vos nombreuses occupations vous ont, et cela n’a rien d’étonnant, empêché de donner suite à ce projet. Du moins, je n’ai rien reçu de vous, comme vous me l’aviez dit, aucun numéro de l’Archivio contenant un compte-rendu.
Une occasion se présente aujourd’hui pour annoncer l’ouvrage, si vous le voulez bien. Il vient d’être mis en vente un second tirage de mon livre, extrêmement semblable au premier, mais d’un prix plus accessible au grand public. Je vous serais très reconnaissant si vous aviez la bonté de le faire connaître à vos lecteurs.
Veuillez agréer, Monsieur, avec mes remerciements anticipés, l’expression de mes sentiments distingués et dévoués.
Emm. Cosquin

Lettre 3

Vitry-le-François, 28 juin 1888

Cher Monsieur,
J’ai reçu hier soir votre carte postale. Agréez, je vous prie, toutes mes excuses et tous mes remerciements pour le long et excellent compte-rendu que l’Archivio avait si vite publié.
Je vous serais très obligé si vous pouviez faire parvenir à Monsieur Las Via le petit mot ci-inclus. J’ignore son adresse.
Je vous suis très reconnaissant d’avoir bien voulu mentionner dans l’Archivio mon prix de l’Académie, et je vous remercie d’avance de l’annonce du nouveau tirage des Contes de Lorraine.
Veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments bien cordialement dévoués.
Emm. Cosquin

Lettre 4

Mille remerciements, cher Monsieur, pour votre curieux article, que je reçois à l’instant.
Emm. Cosquin
Vitry-le-François, 6 juillet 1888

Lettre 5

Vitry-le-François, 15 juin 1895

Cher Monsieur,
Les relations si bonnes que j’ai eu le plaisir d’avoir avec vous m’encouragent à vous demander un service.
Est-ce que vous pourriez me dire, vous qui connaissez si bien tout ce qui est sicilien :
1° : S’il y a, à Palerme, une église dédiée à St Josaphat
2° : Si elle existe depuis longtemps
3° : Si elle a porté ce nom depuis son origine
Excusez-moi, cher Monsieur, si j’en use si familièrement avec vous et veuillez agréer, avec tous mes remerciements, l’expression de mes sentiments bien cordialement dévoués.
Emm. Cosquin

Lettre 6

Je vous félicite bien sincèrement, cher Monsieur, de votre nomination à une chaire qu’on n’aurait certainement pas créée, si vous n’aviez été là pour l’occuper.
Acceptez aussi, je vous prie, mes plus vifs remerciements pour tout ce que votre lettre me dit d’aimable et pour autant d’excellents comptes rendus de mes travaux.
Bien cordialement à vous.
Emm. Cosquin
Vitry-le-François, 4 juillet 1910

Lettre 7

Vitry-le-François, 4 octobre 1914

Bien cher Monsieur,
Je suis extrêmement touché de votre carte du 20 septembre, qui me parvient aujourd’hui seulement (la poste ne faisant encore que se réorganiser). Merci mille fois de l’intérêt que vous voulez bien me porter.
Je suis, grâce à Dieu, sain et sauf, ainsi que les miens, et la maison paternelle est intacte et inviolée. Nous étions restés ici, moi, ma sœur Mlle Cosquin, confidente et conseillère de tous mes travaux, notre excellent beau-frère et aussi un vieux et fidèle domestique avec ses deux filles… Combien en est-il resté d’autres ? Peu de centaines, sur un population de 8 à 9 000 âmes.
La bataille a ravagé nos environs pendant une semaine ; mais elle s’est arrêtée aux portes mêmes de la ville : entourée d’un cercle de feu, Vitry, par un bonheur providentiel, n’a été ni bombardé, ni incendié. Mais beaucoup des fugitifs ont trouvé ou trouveront, en rentrant ici, leurs maisons pillées ; ce qu’ils auraient évité en restant chez eux.
La municipalité radicale, le maire et ses deux adjoints, avaient déserté leur poste, avec cette aggravation pour le maire qu’il est médecin et que sa fuite laissait la ville sans aucun secours médical, les autres médecins étant mobilisés. Le conseil municipal avait également disparu. L’initiative de quelques habitants a réussi à constituer une commission qui, en traitant avec un général allemand, a épargné à la ville les plus grands malheurs. Notre curé-archiprêtre, aussi courageux qu’intelligent, a rendu en cette occasion des services inestimables. Et je vois, dans les journaux qui nous sont arrivés après une longue interruption, qu’il en a été de même dans un grand nombre de pays, abandonnés par les habitants. « Il reste les curés » ; cela se lit dans le Matin, journal non suspect de « cléricalisme ».
Notre hôpital, dont les suppôts du régime républicain avaient chassé les Sœurs, il y a plusieurs années, pour le ruiner et en faire une maison de débauche, où les malades étaient de trop – a vu s’enfuir, dès l’approche du danger, son personnel laïque avec certain professeur de philosophie, devenu seigneur et maitre de l’établissement. Heureusement les religieuses de deux autres Ordres, non encore expulsées, sont venues librement soigner les blessés, les centaines et centaines de blessés.
Le danger passé, les drôlesses qualifiées d’infirmières ont eu l’impudence de vouloir reprendre leur place à l’hôpital, ainsi que leur protecteur. Mais l’hôpital – légalement ou non – leur a été fermé ; car les Sœurs et les Dames de la Croix Rouge, qui les secondent, n’auraient pas supporté un pareil contact.
On ne saura jamais tout le mal que la République a fait à notre France. Et (dans un autre domaine), si, Dieu aidant, nous avons la victoire finale, il faudra se souvenir que l’instrument du salut, notre État Major Général, a travaillé, pendant des années, sous une grêle d’outrages et que, pendant des années, la République a prodigué les millions, non pas pour la défense nationale, mais pour la fameuse « défense laïque ».
Je m’arrête, mais un royaliste – royaliste, non de conviction familiale, mais de conviction acquise – ne peut s’empêcher de dire un mot de ces choses qui, je le crois, sont complètement inconnues à l’étranger.
Merci encore. Je vous serre bien affectueusement la main.
Emm. Cosquin


Ressources associées

La correspondance adressée à Giuseppe Pitrè est déposée à la Biblioteca Giuseppe Pitrè, partenaire de Bérose, qui a accepté qu’elle soit transcrite et mise en ligne.

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Palazzo Tarallo, Via delle Pergole, 74
90139 Palermo.
Ouvert de 9h à 13h30

Direttore : Mme Eliana Calandra
Mail : archivispazietno@comune.palermo.it
Tél : 091 6161076.

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