Histoire de l’anthropologie japonaise » (Bérose), dirigé par Alice Berthon (CRJ/EHESS et CEJ/INALCO) et Damien Kunik (Musée national d’ethnologie du Japon, Université de Genève, FNS).

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« Avant la naissance du Musée national d’ethnologie 国立民族学博物館 (Kokuritsu minzokugaku hakubutsukan) à Senri, Japon (années 1930-1974) »

par Alice Berthon

CRJ/EHESS et CEJ/INALCO


2018

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Pour citer cet article

Berthon, Alice, 2018. « Avant la naissance du Musée national d’ethnologie 国立民族学博物館 (Kokuritsu minzokugaku hakubutsukan) à Senri, Japon (années 1930-1974) » in Bérose, Encyclopédie en ligne sur l’histoire de l’anthropologie et des savoirs ethnographiques, Paris, IIAC-LAHIC, UMR 8177.

Publié dans le cadre du thème de recherche « Histoire de l’anthropologie japonaise » (Bérose), dirigé par Alice Berthon (CRJ/EHESS et CEJ/INALCO) et Damien Kunik (Musée national d’ethnologie du Japon, Université de Genève, FNS).

La science ethnographique au Japon se développe à la fin du XIXe siècle sans institution muséale ni scientifique centrale. Le musée en tant que lieu de production du savoir et de centralisation d’objets ethnographiques ne voit le jour qu’en 1974 : il s’agit du Musée national d’ethnologie国立民族学博物館 (Kokuritsu minzokugaku hakubutsukan), plus connu sous le nom de Minpaku.

La genèse de ce musée se situe au carrefour de plusieurs histoires : une politique patrimoniale prenant en compte le patrimoine folklorique, un réaménagement du paysage muséal et scientifique après la guerre et surtout, une prospérité économique permettant d’assumer le coût financier de la construction et la gestion d’une telle institution.

L’anthropologie émerge au Japon à la faculté des sciences du département de biologie de l’université impériale de Tokyo grâce au naturaliste américain Edward Sylvester Morse (1838-1925), invité par le gouvernement de Meiji dans un Japon en plein processus de modernisation de ses institutions. La Société d’anthropologie de Tokyo 東京人類学会 (Tōkyō jinrui gakkai) est créée en 1886, la Société de l’Attic museum アチック・ミューゼアム・ソサエティ (Attic museum society) en 1921, la Société japonaise d’ethnologie 日本民族学会 (Nihon minzoku gakkai) en 1934, et enfin, la Société des traditions populaires 民間伝承の会 (Minkan denshō no kai), en 1935. Au sein de ces différentes sociétés savantes qui montrent le foisonnement du savoir ethnographique au Japon depuis la toute fin du XIXe siècle, l’intérêt pour la culture matérielle est inégal. Alors que l’université de Tokyo avait commencé à constituer une collection d’objets anthropologiques collectés dans l’archipel, mais également en Asie orientale, elle se tourne peu à peu, à partir des années 1910, vers l’anthropologie physique. Les membres de la Société des traditions populaires ne s’intéressent pas à la production matérielle et c’est essentiellement la Société de l’Attic museum, renommée en 1925 Attic museum, qui lui porte une attention particulière.

Avant d’aborder le contexte qui a présidé à la création du Minpaku, il est utile d’évoquer deux projets antérieurs : l’ethno-musée japonais日本民族博物館 (Nihon minzoku hakubutsukan) et le Musée de la Grande Asie orientale 大東亜博物館 (Daitōa hakubutsukan).

Les projets antérieurs

L’ethno-musée japonais (1936) ou le Musée de la Société japonaise d’ethnologie (1939-1962)

Le projet de l’ethno-musée est soumis en 1936 au Comité préparatoire de l’organisation des commémorations pour le 2600e anniversaire de la fondation du Japon 紀元二千六百年祝福準備委員会 (Kigen nisen roppyaku-nen shukufuku junbi i.inkai) qui doit avoir lieu en 1940. Cette proposition est portée par le Comité pour l’établissement de l’ethno-musée japonais 日本民族博物館設立委員会 (Nihon minzoku hakubutsukan setsuritsu i.inkai), mais ne sera toutefois pas retenue.

Pour mieux comprendre l’émergence d’un tel projet, il faut remonter encore une fois en amont et à l’activité de l’Attic museum. Depuis 1921, cette société savante rassemble des personnes qui se consacrent à la collecte, la mise en série et l’étude de la production matérielle d’objets de la vie quotidienne, autour de la figure charismatique du fondateur, Shibusawa Keizō 渋沢敬三 (1896-1963) (fig 1).

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Fig. 1 : Objets entreposés par l’Attic museum avant le déménagement à l’ouest de Tokyo. KOKURITSU MINZOKUGAKU HAKUBUTSUKAN (éd.) 2013, Yaneura-beya no hakubutsukan : Shibusawa Keizō no botsugo 50 nen : Attic museum (Attic museum : cinquentenaire de la mort de Shibusawa Keizō : le musée du grenier), Kyoto, Tankosha, p. 23. [Catalogue d’exposition]

L’espace venant à manquer pour entreposer ces objets, un terrain est acheté à Hōya 保谷 (à l’ouest de Tokyo) en 1936, l’année même où le projet d’ethno-musée a été soumis. Ce projet d’ethno-musée était bâti sur le noyau originel des collections de l’Attic museum. En effet, le Comité pour l’établissement de l’ethno-musée, composé des membres de l’Attic museum et de personnalités gravitant autour ou faisant partie de la Société japonaise d’ethnologie, proposait de céder ce terrain et leurs collections tandis que l’État se chargerait d’assurer au musée une dotation annuelle garantissant son fonctionnement. Le projet envisageait également une exposition de plein air sur le modèle du musée de Skansen en Suède, cher à Shibusawa et qu’il avait visité lors de son séjour en Europe au début des années 1920 (fig.2-3).

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Fig. 2-3 : Plan du projet pour l’ethno-musée japonais par Kon Wajirō. Plan du musée de Skansen.
YOKOHAMA-SHI REKISHI HAKUBUTSUKAN et KANAGAWA DAIGAKU NIHON JŌMIN BUNKA KENKYŪ-JO (éds.) 2002, Yaneura no hakubutsukan : jitsugyōka Shibusawa Keizō ga sodateta tami no gakumon (Le musée du grenier : la science du peuple ‘tami’ développée par l’homme d’affaire Shibusawa Keizō), Yokohama, Musée d’histoire de la ville de Yokohama, p. 121.

Dans le texte proposé au Comité préparatoire des commémorations du 2600e anniversaire de la fondation du Japon, est soulignée la nécessité pour le Japon de se doter d’infrastructures similaires à celles qu’on trouve en Occident. Le musée est en effet pensé comme un institut de recherche et d’enseignement destiné au peuple, mais également comme une vitrine vis-à-vis de l’étranger.

Bien que le projet n’ait pas été retenu et qu’il ne soit donc pas financé par l’État, en 1937, débutent les aménagements nécessaires à l’exposition et à la conservation des collections de l’Attic museum ainsi qu’aux lieux d’étude sur le terrain de Hōya. La même année, Shibusawa fait don de ce terrain et de ses constructions ainsi que des collections de l’Attic museum à la Société japonaise d’ethnologie créée en 1934, et lui en confie la gestion [1]. Cette dernière installe alors ses bureaux sur le site du musée, qui devient le Musée de la Société japonaise d’ethnologie 日本民族学会附属民族学博物館 (Nihon minzokugakkai fuzoku minzokugaku hakubutsukan). Le champ de la collecte, autrefois concentré sur le Japon, s’élargit ensuite davantage aux territoires asiatiques au fur et à mesure de l’expansion coloniale (Berthon 2015).

Le Musée de la Société japonaise d’ethnologie, qui ouvre ses portes au public en 1939 pour les fermer définitivement en 1952 — après un arrêt momentané pendant la guerre — est en quelque sorte une version réduite du projet d’ethno-musée tel qu’il fut soumis en 1936. Lorsque l’état de l’édifice ne garantit plus la conservation et la sécurité des objets, en 1962, ceux-ci sont transférés dans un entrepôt du ministère de l’Éducation — seuls restent les bâtiments de plein air reconstitués — et à la condition que ces objets soient remis à une future institution ethnographique.

Le Musée de la Grande Asie orientale

Le projet de Musée de la Grande Asie orientale est soumis par l’Association japonaise des musées 日本博物館協会 (Nihon hakubutsukan kyōkai) et confié au ministère de l’Instruction publique en 1942. Il s’inscrit dans le cadre de la mise en place de l’Association de soutien au Trône 大政翼賛会 (Taisei yokusan-kai) en 1940 qui avait entre autres pour mission de réfléchir à des projets concernant le nouvel espace est-asiatique désormais japonais. Le Musée de la Grande Asie orientale qui restera toutefois à l’idée de projet, est la parfaite illustration du musée pensé en tant qu’instrument de la propagande coloniale.

Ce musée devait regrouper plusieurs fonctions : la formation d’administrateurs et autres personnels compétents pour la gestion des territoires annexés, l’étude des ressources matérielles et humaines disponibles dans les nouveaux territoires conquis par le Japon, ainsi que pour remplir un rôle pédagogique pour faire découvrir les territoires de son empire au peuple japonais (Kaneko 2001).

L’objectif est de rassembler des documents relatifs à la nature, la géographie, l’industrie, l’histoire et la culture des régions occupées, sans oublier de dénoncer l’agression des puissances occidentale, russe et chinoise. L’image du Japon mise en avant s’appuyait sur plusieurs valeurs : les mythes fondateurs de l’État-nation, la supériorité du peuple japonais, l’assimilation des cultures étrangères, les victoires militaires face aux agressions extérieures, l’expansion territoriale du Japon en direction du continent et des îles du Pacifique méridional avant la période de fermeture maritime du Japon [2]. Ces différents thèmes qui devaient se retrouver dans l’ensemble de l’espace d’exposition répondaient ainsi aux critères d’un musée colonial, mais également aux fonctions idéologiques d’un musée de folklore et d’un musée d’ethnologie tels qu’on en trouvait dans les empires occidentaux, que ce soit à travers l’exaltation patriotique de la nation ou dans le regard réifiant qu’ils portaient sur les peuples d’Asie. Il va sans dire qu’après la défaite de 1945, le projet est totalement abandonné.

Sans surprise, le Minpaku va tenter de s’inscrire dans la perspective historique et institutionnelle du Musée de la Société japonaise d’ethnologie, qui lui permettait d’obtenir d’importantes collections, plutôt qu’en tant que successeur du projet avorté de Musée de la Grande Asie orientale, dont l’héritage était plus difficile à assumer et dont, par ailleurs, la mention disparaît rapidement des projets de préfiguration. Il en est de même pour le Centre d’étude d’ethnologie 民族研究所 (Minzoku kenkyū-jo) créé en 1942 en tant qu’institution publique ayant pour objectif de contribuer à l’effort colonial, d’une durée très brève (1942-1945), et dont la mention s’éclipse également dès les premières versions du projet du Minpaku soumis dans les années 1960 [3].

Contexte du projet de préfiguration

Après la guerre, aucun musée d’ethnologie ne voit le jour. Il n’existe pas non plus de centre de recherche à l’échelle nationale au Japon. C’est la Société japonaise d’ethnologie qui va s’organiser activement et devenir le principal porteur du projet du Minpaku. Il s’agit de profiter d’un contexte à nouveau favorable pour créer à la fois un musée et un centre de recherche. L’impulsion décisive revient néanmoins à la tenue de la première Exposition universelle au Japon en 1970, à Osaka.

Le contexte patrimonial et muséal

Au lendemain de la capitulation japonaise, la politique culturelle est au cœur des premières réunions de la Diète (Parlement japonais) pour faire du Japon une « Nation de culture », un devoir politique indissociable du pacifisme pour le Japon de l’après-guerre. Le paysage muséal se restructure, et en 1950, la loi sur la protection des biens culturels文化財保護法 (Bunkazai hogo-hō) est promulguée et intègre désormais les biens culturels folkloriques, marquant la reconnaissance officielle de l’importance d’un tel patrimoine en voie de disparition, qu’il s’agit désormais de préserver. Quelques années plus tard, en 1954, la loi est modifiée pour englober également le patrimoine folklorique immatériel.

Rapidement, il est question de la nécessité de doter le Japon d’un musée national consacré à la culture populaire et au folklore pour concrétiser les mesures patrimoniales concernant les objets folkloriques et des demandes sont soumises dans ce sens par les sociétés savantes.

C’est précisément dans ce contexte que la première proposition (1964) de créer un musée d’ethnologie, portée par la Société japonaise d’ethnologie, la Société japonaise d’anthropologie 日本人類学会 (Nihon jinrui gakkai), l’Association japonaise d’archéologie 日本考古学協会 (Nihon kōkogaku kyōkai), la Société japonaise des études folkloriques 日本民俗学会 (Nihon minzoku gakkai) et l’Association japonaise d’ethnologie 日本民族学協会 (Nihon minzokugaku kyōkai), voit le jour [4]. Elle fait valoir que les musées des beaux-arts sont surreprésentés dans les musées nationaux, s’appuie sur la loi sur le patrimoine et l’intégration du patrimoine folklorique, et insiste sur le besoin d’une institution muséale et scientifique pourvue des moyens nécessaires pour collecter, étudier et exposer non seulement la culture traditionnelle de l’archipel mais aussi celle des pays étrangers. Le musée d’ethnologie est également appelé à jouer un rôle pionnier en permettant la compréhension mutuelle des cultures, en référence à la volonté de pacifisme et de coopération internationale du Japon de l’après-guerre.

Les demandes suivantes ne sont signées que par la Société japonaise d’ethnologie qui s’organise en interne sous forme de Comité de promotion pour l’établissement d’un musée (d’ethnologie) 博物館設立促進委員会 (Hakubutsukan setsuritsu sokushin i.inkai), mais continue néanmoins à souligner qu’elle a le soutien des autres sociétés d’études. Deux de ses membres, Umesao Tadao 梅棹忠夫 (1920-2010) et Izumi Sei.ichi 泉靖一 (1915-1970), grandes figures de l’ethnologie, respectivement en poste à l’université de Kyoto et à celle de Tokyo, seront les deux principaux acteurs de la création du Minpaku. Umesao Tadao en sera le directeur charismatique de 1974 à 1993 (Kokuritsu minzokugaku hakubutsukan 1984).

Contexte scientifique

Le projet de musée d’ethnologie est soumis au Conseil national de la recherche scientifique 日本学術会議 (Nihon gakujutsu kaigi) ‒ organisation chargée de représenter le milieu scientifique ‒, et au ministère de l’Éducation 文部省 (Monbushō). Bien que misant sur le contexte patrimonial, le projet insiste fortement sur la dimension scientifique de la future institution. La Société japonaise d’ethnologie appelle de ses vœux un laboratoire national de recherche sur les cultures du monde, qui viendrait conforter une discipline qui commence tout juste à être reconnue à l’université.

En effet, c’est seulement à partir du début des années 1950 que quelques rares universités ‒ à Tokyo et Kyoto, celle, privée, de Nanzan à Nagoya ‒ offrent un cursus à part entière en ethnologie, plutôt désigné sous l’appellation d’« anthropologie sociale » ou d’ « anthropologie culturelle ». S’agissant des centres de recherche affiliés aux universités, c’est en 1963 que sont créés le Centre de recherche de l’Asie du Sud-Est de l’université de Kyoto 京都大学東南アジア研究センター (Kyōto daigaku tōnan Ajia kenkyū sentā) et le Laboratoire de linguistique et des cultures d’Asie et d’Afrique東京外国語大学アジア・アフリカ言語文化研究所 (Tōkyō gaikoku-go daigaku Ajia/Afurica gengo-bunka kenkyūjo) (Nihon minzokugakkai, 1986).

Ce sont alors les seuls lieux d’étude pour une discipline qui subit de grands changements méthodologiques sous l’influence de l’anthropologie culturelle nord-américaine, ce dont témoigne d’ailleurs l’affiliation à l’« anthropologie culturelle » 文化人類学bunka jinruigaku dans les universités japonaises.

Les ethnologues japonais, interdits de séjour à l’étranger durant la période d’occupation américaine (1945-1952), reprennent leurs terrains hors de l’archipel, mais leur financement n’est pas encore suffisant. C’est au Japon, en 1968, que se déroule le 8e Congrès international des sciences anthropologiques et ethnologiques, lequel se tient pour la première fois hors de l’Europe. Au sein de cette nouvelle dynamique, l’existence d’une institution centrale, à savoir un musée-laboratoire d’ethnologie comme il en existe dans la plupart des pays occidentaux, devient une nécessité urgente pour structurer l’avenir de cette discipline.

Le projet du Minpaku comporte deux volets : une activité muséale et une activité de recherche, à l’image du Musée de l’Homme ou du Musée des arts et traditions populaires en France que visitent les responsables de la préfiguration du musée. Cependant, l’étude de la culture matérielle, qui est intimement liée aux musées d’ethnologie, est en perte de vitesse en Occident, face à l’apparition de nouveaux courants de recherche qui s’intéressent notamment à l’organisation sociale ou à la parenté, et qui ont vu les ethnologues délaisser les musées pour les universités. Et de fait, l’étude de la culture matérielle ne s’est que peu développée au Japon ‒ essentiellement autour de l’Attic museum ‒ et ne représente qu’une part très modeste du champ investi par l’ethnologie.

L’argumentaire du projet de création du Minpaku insiste davantage sur ses liens avec l’Attic museum pour le faire adhérer davantage à une histoire muséale, qu’à une histoire disciplinaire encore trop associée à l’époque coloniale. Aussi, la puissante charge symbolique associée à la création d’un musée des cultures du monde pour commémorer la tenue de l’Exposition universelle a favorisé la création du Minpaku, mieux que n’aurait pu le faire une demande émanant seulement du monde scientifique pour un laboratoire de recherche. Le défi à venir du Minpaku sera de réussir à rendre pertinent ces deux volets (scientifique et muséal).

L’Exposition universelle d’Osaka en 1970

L’Exposition universelle d’Osaka, en 1970, sert de tremplin au projet du Minpaku en offrant un terrain sur ce qui devient, après la tenue de la manifestation, le Parc commémoratif de l’Exposition universelle. Si le Minpaku est envisagé sur ce terrain, c’est notamment en raison du pavillon thématique japonais auquel Umeao T. et Izumi S. avaient participé. Ce pavillon, dirigé par l’artiste Okamoto Tarō 岡本太郎 (1911-1996) avait eu pour thématique l’évolution de l’humanité. Il n’en reste aujourd’hui que la bâtisse, « La Tour du Soleil » 太陽の塔 (Taiyō no tō), qui est devenu le symbole du Parc (fig. 4. 5.).

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Fig. 4 : La Tour du soleil, 2010 (photographie de l’auteure).

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Fig. 5 : Le Pavillon thématique sur l’évolution de l’humanité lors de l’exposition universelle de 1970, à Osaka.
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Il n’est pas inutile de préciser que Okamoto avait séjourné en France de 1930 à 1940, suivi les cours de Marcel Mauss et fréquenté le Musée de l’Homme qui venait d’ouvrir ses portes (Akasaka, p. 2). Cet artiste qui possédait une formation d’ethnologue avait décidé d’y exposer, entre autres, le passé de l’humanité à travers des objets ethnographiques dont la collecte avait été confiée à Umesao T. et à Izumi S. (Umesao, 1973). S’il ne s’agit pas exactement d’un pavillon d’exposition d’objets ethnographiques, comme ce fut le cas de celui qui fut à l’origine du Musée d’ethnographie du Trocadéro en France lors de l’exposition universelle de 1878, la similitude peut être soulignée. Le Minpaku sera construit sur ce site et certains objets du Pavillon lui seront légués.

Associé à l’Exposition universelle, incarnation de la réussite économique et du repositionnement du Japon sur le devant de la scène du monde, le Minpaku s’inscrit symboliquement dans la dynamique d’internationalisation du pays. Dès lors, tous les feux sont au vert et la planification du musée s’accélère.

Naissance du Musée national d’ethnologie

En juin 1974, la fondation du musée est officialisée ; le bâtiment accueille les collections à partir de janvier 1977, et le musée ouvre ses portes au public le 17 novembre de la même année (fig. 6).

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Fig. 6 : Photographie du Minpaku, 2011 (photographie de l’auteure).

Le Minpaku a bénéficié d’une modification de la loi sur les écoles nationales 国立学校設置法 (Kokuritsu gakkō setchi-hō) dont dépend la création des établissements scolaires et universitaires en créant une nouvelle catégorie dite « musée de recherche » au sein du groupe des instituts nationaux de recherche interuniversitaires 国立大学共同利用機関 (Kokuritsu daigaku kyōdō riyō kikan). Cette affiliation implique une organisation et une structure très différentes de celles des autres musées nationaux qui dépendent pour la plupart, de l’Agence des affaires culturelles 文化庁 (Bunkachō).

Le Minpaku est le premier musée national relevant du ministère de l’Éducation dont la fondation a été scellée par la loi pour l’établissement des écoles nationales. Par sa structure, l’institution s’apparente à une université. Le personnel n’est pas composé de conservateurs, mais uniquement d’enseignants et d’administratifs. Il sera rapidement rejoint par un second musée : le Musée national d’histoire et de folklore 国立歴史民俗博物館 (Kokuritsu rekishi minzoku hakubutsukan).

Bibliographie

AKASAKA Norio 2007, Okamoto Tarō no mita Nihon Le japon vu par Okamoto Tarō, Tokyo : Iwanami shoten, p. 2.

BERTHON Alice 2015, « L’Attic museum : naissance d’un musée d’ethnologie », in Y. CADOT, D. FUJIWARA, T. OTA, R. SCOCCIMARO (dir.), L’Ère Taishō (1912-1926) : genèse du Japon contemporain ?, [coll. Japon Pluriel], n° 10, Arles, Éditions Philippe Picquier, p. 89-98, en ligne : http://sfej.asso.fr/spip.php?article116.

KANEKO Atsushi 2001, Hakubutsukan no seiji-gaku (La politique des musées), Tokyo : Seikyū-sha, 2001, p. 152-183.

KOKURITSU MINZOKUGAKU HAKUBUTSUKAN (éd.) 1984, Kokuritsu minzokugaku hakubutsukan jūnen shi (Dix ans d’histoire du musée national d’ethnologie), Suita : publié par le Minpaku, 666 p.

NIHON MINZOKUGAKKAI (éd.) 1986, Nihon no minzokugaku : 1964-1983 (L’ethnologie au Japon : 1964-1983), Tokyo : Kōbundō, 1986, p. 317-323.

UMESAO Tadao (dir.) 1973, EEM : Nihon bankoku hakurankai sekai minzoku shiryō chōsa shūshūdan (1968-1969) kiroku (EEM : rapport du groupe d’étude et de collecte d’objets ethnographiques du monde pour l’exposition universelle japonaise, 1968-1969), publié par Nihon bankoku hakurankai kinen kyōkai, 389 p.




Notes

[1La Société japonaise d’ethnologie est financée en grande partie par Shibusawa Keizō et son bureau administratif se trouvait déjà au sein de l’Attic museum. En 1937, l’Attic museum est dissous mais ses activités seront reprises par la Société japonaise d’ethnologie et quelques années plus tard, en 1942, par le Centre d’étude sur la culture du peuple ordinaire japonais 日本常民文化研究所 (Nihon jōmin bunka kenkyū-jo).

[2À partir de la fin des années 1630 jusqu’en 1854, le Japon, sous le règne des Tokugawa, a fermé ses frontières maritimes. Les échanges commerciaux avec l’étranger étaient circonscrits à quelques ports et îlots artificiels, tandis que les Japonais avaient interdiction de quitter le territoire. Les relations diplomatiques sont presque inexistantes et cette période marque ainsi un arrêt de plus de deux siècles des prétentions territoriales japonaises aussi bien sur le continent asiatique, que sur des îles du Pacifique méridional.

[3La dernière mention de ces institutions coloniales se retrouve dans un document de 1969. Passé cette date, les textes retraçant l’historique et les projets antérieurs pour inscrire le Minpaku dans une perspective historique n’en feront plus état.

[4D’autres propositions pour un musée de folklore avaient également été soumises à partir de 1953, mais il s’agit là (1964) de proposer de consacrer un musée d’ethnologie aux cultures étrangères. Le projet de musée de folklore ne se concrétisant pas, le musée d’ethnologie proposait également d’exposer la culture japonaise.