Présentation

Bérose est une encyclopédie en ligne, en construction permanente, sur l’histoire de l’anthropologie et des savoirs ethnographiques (depuis le XVIIIe siècle jusqu’aux années 1990) en France, en Europe et dans les mondes plus lointains comme l’Afrique, les Amériques, l’Asie et l’Océanie qui ont longtemps constitué les terres de mission ethnographique privilégiées par les anthropologues.

Un programme de recherche interdisciplinaire et collectif

Il fédère des scientifiques dont l’une des ambitions est de produire une généalogie fine d’une science sensible, dès ses origines, aux différentes figures de l’altérité : le « sauvage » et le « primitif », le païen, le paysan, le pauvre, l’homme du peuple, les premiers hommes et les « derniers » (ces individus-monde, témoins d’une culture en train de disparaître). Le propos est d’être attentif à la très grande diversité des moments, des discours et des lieux de curiosité, d’émergence des savoirs ethnographiques – pensés comme savoirs des différences – et d’explicitation de ce qui constitue la singularité de chaque culture alors que s’affirment, aux XVIIIe et XIXe siècles, la construction des États-Nations et la consolidation des puissances impériales, coloniales, qui laminent la diversité humaine et culturelle, favorisent des recompositions sociales et culturelles inédites, des métissages et des syncrétismes mettant au défi les obsessions savantes pour la pureté culturelle, les aspirations à l’authenticité et les revendications identitaires, interrogeant la notion même de tradition. Plusieurs temporalités s’affrontent et s’entrechoquent – travailler sur l’histoire de l’anthropologie, c’est bien réfléchir à une anthropologie de l’histoire et des mémoires culturelles différenciées qui se construisent à la faveur de ces changements d’époques et de ces bouleversements.

Le corpus

Ces savoirs qui pensent et raisonnent les différences se déploient sur plusieurs fronts : de la curiosité érudite aux sciences de gouvernement (y compris colonial) en passant par les entreprises de réforme missionnaire et religieuse ; de la description des débats qui agitent les milieux littéraires, artistiques et scientifiques découvrant les arts préhistoriques, populaires, primitifs, aux disciplines naissantes que sont l’histoire, la philologie, la linguistique, la psychologie, la sociologie, l’archéologie, le droit, les sciences des religions, ébranlées dans leurs assises épistémologiques par la prise en compte des matériaux ethnographiques.

Bérose rassemble les travaux de chercheurs s’intéressant à la fabrication des savoirs ethnographiques en situation, aux différents moments de légitimation et d’institutionnalisation de la discipline, aux acteurs (qu’ils soient observateurs sur le terrain, amateurs, théoriciens, missionnaires, chercheurs professionnels, etc.), aux institutions et outils de diffusion des connaissances (comme les revues) qui incarnent l’anthropologie dans toute sa diversité. L’intérêt se porte également sur toutes les frontières disciplinaires qui interrogent l’identité même de l’anthropologie ; sur les courants et débats théoriques, épistémologiques animant, structurant la recherche ; sur la diffusion, la réception de ces savoirs au sein des autres sciences sociales et humaines mais aussi au-delà, vers les mondes artistiques et littéraires, de la création.
Conscients que l’anthropologie et l’histoire de l’anthropologie sont infiniment plurielles, que celle-ci ne saurait se réduire à une seule histoire disciplinaire canonique, téléologique, focalisée sur quelques grandes traditions nationales, courants théoriques, figures de pères fondateurs et théoriciens ayant les honneurs des manuels, les chercheurs engagés dans Bérose revendiquent une pratique et une écriture d’une histoire de l’anthropologie envisagée à la fois depuis les centres et les marges des lieux de production de savoir, depuis les spécialisations en aires culturelles, géographiques ou thématiques, qui laisse toute sa place à des entreprises, des personnalités, des ambitions et projets anthropologiques concurrents ou contemporains, certains oubliés, certains méconnus, certains reconnus.

Le site Web

Le site web de Bérose présente les sources et les résultats des travaux du groupe de chercheurs qu’il fédère. Originellement centré sur l’histoire de l’ethnologie de la France (depuis les projets de savoir portés par la pensée encyclopédique des Lumières, en passant par l’avènement du folklore) et de l’ethnologie française, avec une dimension comparatiste européenne, le projet continuera à approfondir ces domaines de recherche longtemps délaissés par l’historiographie. L’ambition actuelle est d’élargir graduellement ses horizons de connaissance à l’ensemble des histoires de l’anthropologie avec, notamment, les figures célèbres des « grandes » traditions nationales, mais aussi de faire entendre les voix et les singularités des ancêtres exclus, marginaux ou périphériques, des interlocuteurs des ethnographes sur le terrain, des ethnographes indigènes, des passeurs entre deux mondes. Bérose se veut un pôle fédérant des chercheurs et étudiants travaillant dans le domaine de l’histoire de l’anthropologie. Il repose sur un réseau en expansion de collaborateurs appartenant à des institutions françaises et internationales.
En accès ouvert, Bérose (dont l’acronyme signifie : « Base d’Études et de Recherches sur l’Organisation des Savoirs Ethnographiques ») repose sur trois piliers : des dossiers documentaires ; une collection inédite de livres électroniques ; des rencontres scientifiques dans le cadre du projet.

Fondateurs et direction

Fondé en 2006 par Claudie Voisenat et Jean-Christophe Monferran dans le cadre d’un programme de recherche porté par le Lahic (Laboratoire d’anthropologie et d’institution de la culture, Institut interdisciplinaire de l’anthropologie du contemporain – CNRS, EHESS), et dirigée à partir de 2008 par Daniel Fabre et Claudie Voisenat, Bérose a bénéficié entre 2008 et 2012 du soutien de l’ANR, accélérant ainsi son développement. Celui-ci se poursuit depuis grâce au partenariat avec le Ministère de la culture et de la communication, la BNF, le CRBC, Le Mucem, l’ethnopôle GARAE, et s’appuie sur un réseau de centres documentaires et de musées. Le partenariat avec la Bibliothèque nationale de France a permis la numérisation de nombreuses revues françaises (Revue celtique, Annuaire des traditions populaires, Revue d’ethnographie, Revue de folklore français, Revue des traditions populaires, La Tradition, Mélusine, Kryptadia, etc.).

Bérose est actuellement dirigé par Christine Laurière (CNRS, IIAC-LAHIC) et Frederico Delgado Rosa (CRIA-FCSH/NOVA).

Portraits (de gauche à droite) : Gaston Vuilliers, Leo Frobenius, Cora Dubois, David Unaipon, Robert Hertz, Zora Neale Hurston, Andrew Lang.